‹ Idées et plans pour la méditation et pour la prédicationChapitre 6 sur 17 · LA CONNAISSANCE DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

LA CONNAISSANCE DE JÉSUS-CHRIST

dans les ténèbres, mais il aura en lui la lumière de la TÎe (Joan., vin, 12).

Là est sa méthode divine pour conduire de la terre au ciel, du temps à l'éternité, de la sphère étroite de l'égoïsme humain à Puniversalité de l'amour infini.

Il fraye la route en y marchant le premier ; il ne se contente pas d'inditjuer par où il faut passer, il y passe d'abord lui-même à travers toutes les douleurs, et il invite les hommes à le suivre.

Il est donc la Toie puisqu'il la trace, et il la trace en rouvrant, c'est-à-dire en commençant par faire . tout ce qu'il enseigne. Cœpit faccrc.

11 expose la vérité en la réalisant dans sa conduite, en sorte que les hommes n'ont besoin que de le regarder faire pour la connaître.

C'est la meilleure démonstration, parce qu'elle n'est pas en paroles niais en actes, point en spéculation maia en pratique, et que tous sont convaincus de la possibilité de ce qu'on leur demande, quand ils en ont la réalisation devant les yeux.

Et dans la vérité pratiquée ou appliquée est la vie véritable, c'est-à-dire la vie humaine bien ordonnée par sa conformité à la loi de Dieu, et dans cette conformité, qui unit Tâme à Dieu par la grâce, la participation à la vie divine. Qui sequitur me hdbdnt lummi vitas.

Voilà ce qui distingue ce maître do tous les autres. Il commence parfaire, puis il enseigne; et son enseignement est fortifié, animé par sa pratique. Quelle

lumière, quelle confiance, quel encouragement pour ceux qui le suivent! 11 est toujours devant eux.

Les maîtres des écoles humaines enseignent souvent avec beaucoup d'éclat, ils démontrent parfois

CINQUIËHE SÉRIE.

admirablement ce qu'il faut faire, mais ils ne le font pas, ou le font peu, ou le font mal.

Remarquables par leur pensée et leur talent de parole, ils «ont presque toujours au niveau commun dos hommes par leur conduite. Ils donnent des lettons brillantes, ils font de beaux livres, et s'inquiètent peu du reste.

Cependant l'exemple est ce qu'il y a de plus puissant sur les âmes dans le bien comme dans le mal.

Or, noire divin Maître donne des exemples à tous :

Aux pauvres, par son indigence.

Aux riches, par ses bienfaits.

Aux petits, par son humilité.

Aux grands, j)ar sa bonté.

Aux ignorants, par sa soumission a la parole de son Père.

Aux savants par le respect de Tautorité,

A ceux qui servent |)ar son obéissance, A ceux qui connnandeut par son désintéressement, A tous ceux qui souffrent, dans toutes les conditions et tous les âges, par sa charité.

Il a des paroles et des exemples pour tous. Et c'est pourquoi Dieu a dit de lui du haut du ciel : Hic est Filim meus, in quo mihibene complacui; ipsumaudite (Matth. xvn, S).

Quel bonheur, mes frères, d'avoir devant soi un tel maître, dont la parole est pleine de vertu, et qui est le modèle achevé de tout ce (ju'il enseigne ! Oh! oui, il suilit de le regarder pour reprendre courage dans les peines de la vie ; car on le voit toujours en avant dans toutes les douleurs, nous a])[)elant à le suivre pour avoir la lumière de la vie.

L'imitation de Jésus-Clirist, c'est la voie royale du

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ciel ; mais rimitation, non pas seulement lue et méditée, mais effective et appliquée dans toutes les circonstances, et à la manière dont saint Paul l'entend par ces paroles : Imitalores mei estoiCy sicut et ego Chrisli (I Cor. xi, 1).

SemclipHum c.iinauivil formam 6crvi aeeipiens {Vhiïin. 11,1).

- U »*est anéaali lui-mAnie en preiitBt la forme da senriteur.

. Jésus -Christ est notre modèle en toutes choses depuis sa naissance jusqu'à sa mort; et en effet, dès ^ son berceau, qui est une crèche, et par son apparition

même dans ce inonde, il nous olïie l'exeni|)le de la plus profonde humilité. C'est le sujet de cette méditation.

1® Jésus s'humilie profondément en prenant la nature et la forme humaine, en unissant sa divinité à riiumanité, en s'incarnant. Et Verbum caro factum est (Joan. 1, 14).

Le Verbe est la splendeur de la gloire de Dieu. et le caractère de sa substance (Heb. i, 5). Il est le Fils unique de Dieu Unigenitus^ lumen de hmine, Deus verm de Deo vero.

D est infini, étemel et tout-puissant comme son

ISO

GUiUUiiME SERIE.

Père ; par lui tout a élé fait, et rien de ce qui existe n'existerait sans lui (loan. i, 3). C'est donc le Maître du ciel el de la terre qui s'esl fait bonnne, Ei kamo

foetus est.

Et cela pour racheter les hommes et par amour pour eux. C'est pourquoi saint Paul dit qu'4 s* est comme anéanti* eximnivU semet tfmim, en acceptant la forme de Thomme, fùrmam servi acdpiens.

En effet il s'est fait chair, c'est-à-dire matière, et s'est soumis à toutes les ialluenceS de ce monde par sa naissance, par sa vie, et par sa mort.

Et en revêtant la chair humaine, il en a assumé aussi l'àme el l'esprit, en sorte qu'il s'est réduit à vouloir, à sentir, à penser et à agir à la manière des hommes.

Est-il possible d'abaisser davantage la Divinité et de s'humilier plus profondément pour venir au secours

des hommes?

2° Son humiliation, comiiiencée par son incarnation, se continue par sa naissance. Le Fils unique de Dieu, engendré de toute éternité et tout-puissant comme son Père, consent à naître plus humblement que la plupart des enfants des hommes. Il naît d'une mère pauvre, dans une famille d^artisans, et ce qui n'arrive pas aux plus pauvres, son berceau est la crèche des animaux; il commence par reposer sur la paille.

5° Ces deux huinihalions de son incarnation et de sa naissance, il les renouvelle tous les jours, à toute heure, pour le salut des hommes, sur l'autel^ au saint sacrifice ou il s'incarne de nouveau plus misérable''

ment encore sous des espèces chétives et pour se duuucr en nourriture.

LA CONNAISSANCE DE iÉSUS-GHRIST. 131

Ëi enfin il habite dans le tabernacle du plus pauvre village, où il repose obscurément comme dans la crè- / che, et trop souvent dans Tabaiidoa et la sdUtude.

Quel exemple pour nous, qui voulons toujours être,

devenir, ou paraître plus que nous ne sommes, d'une manière ou de T autre !

Jésus-Christ s'anéantit, et nous nous exaltons sans • cesse I

Nous tachons de revêtir une nature, une perfection

fantastique que nous nous faisons à nous-mêmes dans notre imagination par la bonne opinion que nous avons de nous.

Nous posons devant le monde avec celte forme d'emprunt [)oui: attirer son admiration.

Et nous en jouons le rôle, comme des acteurs, avec un sot orgueil si nous sommes, de bonne foi, avec hypocrisie si nous ne sommes pas les dupes de notre mensonf^^e.

Et si les autres ne nous admirent pas, ou cherchent à nous dépouiller de notre grandeur usurpée, de notre excellence tictive, ou seulement à en diminuer l'éclat, nous nous indignons contre eux et le§ traitons en ennemis.

De là la guerre incessante des vanités au sein de la société.

D'où vient donc cette illusion, qu'on retrouve dans le plus misérable, dans le dernier des hommes?

De l'orgueil^ dont la racine était dans le premier homme, que la tentation a excitée^ développée^ et dont

132 CINQUIÊMË SÉRIE.

la génération transmet le triste fniit à la postérité

d'Adam.

Ce qui s'est passé dans Adam se renouvelle eu chacun de ses descendants.

Tous entendent cette parole de la séduction : Eritis sicut dity vous serez comme des dieux, si vous désobéissez à la loi de Dieu ; car par là vous vous mettez au-dessus d'elle.

Voilà pourquoi nous sommes naturellement portés à nous mettre au-dessus de tout, à nous croire capables de tout, à nous préférer à tous.

L'rnfant dès le l)erceau pose naïvoinont son moi * comme la règle et la fin de tout ce qui l'entoure. ^

Plus tard, il cherche à échapper de tous les côtés à la discipline de l'éducation qui le gêne.

Et (piand il entre dans la société, si la sévc de la loi chrétienne n'a pas dompté sa nature sauvage, il se met en guerre avec les hommes et les choses.

. Il est dévoré par le désir de s'élever au-dessus des autres, quand il n-cst pas absorbé jiar la jouissance de la chair; et ce qu'il redoute le plus, c'est l'Iuimiliation, si petite qu elle soit. 11 ne craint rien tant que d'être abaissé dans sa propre opinion et dans celle des autres.

Et cependant, s'il persévère dans cette illusion, il reste dans le mensonge, dans la fausseté, et par conséquent dans le mal et le malheur.

Il faut donc qu'une parole de vérité nous dessille . les yeux, et en nous présentant un miroir fidèle, qui nous montre à nous-mêmes tels que nous sommes, nous ramène a l'humilité.

Pour que cette parole soit efficace, elle a du venir du ciel. C'est la parole de Jésus-Christ, qui sait ce

U CONNAISSANCE DB iÈSUS-CURIST. 133

qu'il y a dans riiommc ; c'est la voix de son Église, à laquelle il a confié les paroles de la vie éternelle (Joan. vv69).

C'est pourquoi la confession sacramentelle est imposée au moins une l'ois dans l'année à tous les lidtV les, parce que, par l'examen sérieux de soi qu'elle provoque, par Taveu sincère et complet de ses fautes et de ses faiblesses qu'elle exige, et enfin ))ar les représentations et les jugements du saint tribunal auquel le pécheur est soumis, il apprend à se connaître tel qu'il est dans la vérité, et à ne pas s estimer au. delà de ce qu'il vaut.

On a dit avec raison que TÉglise est la plus grande école de respect qui soit au monde ; nous ajouterons que la confession est la meilleure école d'humilité.

Or, l'humiliation chrétienne est uli immense bienfait ; car Phomme ne peut rentrer en grâce auprès de Dieu qu'en renonçant à son misérable orgueil, qu'en s'anéantissant pour ainsi dire dans son esi)rit propre ; et c'est pourquoi le Fils de Dieu, tout Dieu qu'il est, a vpulu, pour nous sauver et nous montrer le chemin du salut, naître dans l'abaissement, vivre dans Fhumiliation et mourir dans l'ignominie.

FaetuB ckediens usquead mortem, mor-

tm autem crucis (Philip, ii, 8).

U s'esl lait ohéissaiil jusqu'à U morlr et à la mon de la a'oix.

L'humilité produit l'obéissance, car on n'est porté à la révolte, à Topposition à la loi, que par l'orgueil. C'est pourquoi Jésus-Christ est le modèle achevé, de cette seconde vertu, comme de la première, ainsi que

le prouvent sa vie et sa mort.

C^est le suiel de cette méditation.

L'enfance de Jésus s'est passée dans l'obéissance à ses parents. L'Évangile dit : Et erat stAdltus illis (Luc. n, 51).

Il était cependant le maître du ciel et de la terre, et il n'avait (pi'à dire un mot pour faire descendre du ciel une légion d'anges à son service*

Il savait qu'il était le Fils de Dieti, et cependant il est soumis à la fille des hommes qui Ta enl'anté, à Joseph le charpentier qui a été donné Comme protecteur à son enfance.

U se laisse gouverner par eux, malgré leur faiblesse et sa puissance, pour apprendre aux enfants à respecter leurs parents, quelles que soient leurs imperfections et leur misère.

LA GOTtNAISSANGE DE JÊSUS-CURIST. 135

Plus lard il obéit aux lois et au gouvernement du pays. Il accomplit toutes, les observances légales, il paye le tribut. Je ne récuse pas l'autorité du grand prêtre ni celle de Pilate, malgré l'injustice évidente de Tun et le caractère étranger de l'autre.

Il est le modèle des citoyens de tous les pays et de tous les régimes.

Enfin, en toute circonstance il déclare qu'il ne |fit rien de lui-même, qu'il a été envoyé par son Père, et qu'il n'a d'autre volonté que la sienne. Pater ^ fiât voluntas tua sicutincœlo et in terra (Matth. vi, 10), Nonsieui ego volo^sedsieiUtu (Matth. xxvi, 59); In manus tuas eommendo spiritum meum (Luc. xxm, 46).

11 est le moiièle de tous les chrétiens, devenus par .le baptême des enfants de Dieu, et dont la justice et la perfection consistent à se conformer en .toutes choses à la volonté divine, soit par la résignation et la patience dans les peines, soit dans leurs sentiments, leurs j)ensées et leurs actions, pour coopérer à l'établissement de son règne sur la terre.

Mais remarquez la gradation de son obéissance, qui doit aussi être celle de la nôtre.

Le service de son Père, ou l'accomplissement des desseins divins, doit passer avant tout. Ce qui est dû aux hommes vient après dans ses affections comme dans ses actes.

Quand, à l'âge de douze ans, sa mère lui exprime l'inquiétude qu'il leur a causée en restant seul et à leur insu à Jérusalem, il lui répond : « Ne savez-vous pas que je dois faire d'abord ce qui regarde mon Père?»

Donc à cet âge la conscience qu'a l'enfant de ses devoirs envers Dieu peut l'autoriser à agir sans ou

contre la yolonté de ses parents. Un devoir supérieur

prime un devoir inférieur. Dieu avant tout.

Aux aoces de Cana, sa mère, dans sa bonté pour ses hôtes, lui demandait une chose indifférent^ à la gloire de Dieu, il répond sévèrement^ non pas : «Femme, qu^y a-t-il de commun entre vous et moi?» ce qui serait dur et même sans signillcation, puisqu'elle ét^ sa mère ; mais : « Qu'est-ce que cela fait à vous et à moi, que ces hommes ne boivent pas davantage? »

Et cependant, malgré cette réponse, qui est une leçon, il fait le miracle qu'elle demande, pour ne pas la contrister.

Son obéissance vis-à-vis du gouvernement de son pays, qui était cependant un gouvernement étranger et despotique, est subordonnée à celle qu'on doit à Dieu, et il trace à tout jamais la distinction du ]»ouvoir spirituel et du pouvoir temporel par ces mémorables paroles, qui en sont devenues la formule : Reddite sunt CxsariSf Cxsari; et qux mit Dei^ Deo (Matth. XXII, 21).

11 comparaît devant le tribunal du grand prêtre et de Pilate. Il ne les récuse ni ne les méprise ; mais, connaissant leur violence et leur hypocrisie, la fureur de l'un et la Iftcheté de l'autre, il ne répond pas plus à leurs questions qu'à celles d'Hérode.

Il se laisse insulter et condamner sans se défendre.

Telle doit être notre obéissance, et Jésus-Christ en est parfait modèle.

L'obéissance de Tenfant à ses parents est toujours limitée par celle qu^il doit à Dieu ; car ses parents

LA COiNAISSANCE DE JÉSUS-GlIRtST.

n'en 8ont que les mandataires, et son âme, qu'ils ne lui ont point donnée, appartient à celui qui Fa créée

pour le connaître, l'ainier et le servir."

Donc, avant tout, le service de l)ieu, le scinde son salut et la satisfaction de sa conscience.

Donc les parents ne doivent rien demander ou dire à Penfant qui soit contraire aux commandements divins.

Donc ils ne lui commandent légitimement qu'en son nom, et ils abusent de leur autorité et la déj[radent, quand ils cèdent aux mouvements désordonnés ou aux caprices de la nature.

La l'emnie chrétienne doit obéir à son mari, parce qu'il est le chef de la communauté de droit divin, Ftr eaput mulieris (l Cor. xi, 3); mais ce qui fait le droit de l'époux en marque aussi la limite. Le droit divin du mari ne peut pas prescrire contre la source même de ce droit* L'épouse ne doit pas perdre ^ou âme pour plaire à son époux, et c'est pourquoi, en donnant dans le mariage toute son existence de ce monde, elle réserve nécessairement le salut de son Ame, l'intégrité de sa conscience, sa dignité et ce qu'elle doit à Dieu.

Le citoyen doit se soumettre aux lois de son pays et à son gouvernement, mais à la condition que sa foi et sa conscience seront sauvegardées. C'est la liberté des entants de Dieu, contre laquelle aucune loi humaine ne peut légitimement prescrire.

Reddite qum smt Cmam^ Cman; etquxmntDei^ Deo. ■ '

Donc, en définitive, c'est à Dieu seul que nous devons obéir, parce que tout pouvoir vient de lui et ne s'exerce légitimement qu'en son nom.

Le père et la mère, l'époux, le maître, le prince, homme ou peuple, n'ont droit de commander qu'en son nom: Pér me reges régnant (Prov., vm, 15); et c'est ce qui dans toutes les conditions rend l'obéissance honorable et douce : honorable, parce que Dieu est notre unique supérieur, l'homme n'étant que notre égal ; douce^ parce que la puissance de Dieu ou celle exercée en son nom est une paternité.

IPhomme, perdu par la révolte, ne peut donc se sauver que par l'obéissance, c'est-à-dire par la soumission ou la restitution complète de son àme à Celui qui la lui a donnée. C'est pourquoi la première condition de la vie religieuse, la plus parfaite ici-bas, est le vœu (roliéissance.

A l'imitation de Jésus-Christ, qui pour le salut des hommes s'est fait obéissant jusqu'à la mort, à la mort de la croix, et qui consomme sa mission divine en remettant son esprit entre les mains de son Père : PateVy in maiins tuas commendo spirilum meum (Luc. xxiu, 40).

lïeati pauperes (Luc. ti, 20).

Heureux les {Kiuvres!

L'obéissance est la première condition de la vie chrétienne, puisque par elle seulement Thomme rend à Dieu ce qui lui appartient, son âme, sa volonté, son

esprit, toute son existence.

Mais, pour se donner ainsi à Dieu, il faut qu'il se

LA GONNAISSAKG& DE JÊSCS-GURIST. 150

détache des choses do la terre, qui peu vont en détourner son amour; il faut, comme dit le Sauveur, qu'il renonce à lui-même et au monde, au moins par

sa volonté (Luc. ix, 25), donc (pril suive Jc'su.s-Clirist dans sa pauvreté comme dans sou obéissance.

Celui-là seulement est* son véritable disciple. C'est ce que nous allons voir en considérant la pauvreté de Jésus-Christ, et comment nous devons l'imiter.

Jésus-Christ a été pauvre sur la terre. Il est né, a

vécu et est mort dans la panvrotc.

Il n'avait pas, comme il le dit, où reposer sa téte (Matth. viu, 20), et les pieuses femmes qui le suivaient subvenaient à ses besoins. Celui qui est la charité, vivait de la charité.

La plupart de ses apôtres étaient des pauvres, et ceux qui avaient quelque chose quittaient tout pour le suivre.

Il est venu surtout pour évangéliser les pauvres,

et ça été un dos signes do sa divine mission: Pauperes evungelimnlur (Mattb. xi, 5).

Il a été pauvre parce qu'il l'a voulu, lui, le Maître du ciel et de la terre, et c'est pourquoi sa pauvreté est le modèle de tous :

Do ceux qui man(|uont dos bions de la terre, quand ils savent accepter leur indigence ;

De ceux qui en sont pourvus ou des riches, quand ils s'ap[)auvris3ent volontairement.

C'est qu'ij y a doux manières d'être pauvre, et toutes les doux prolitables au salut, et qui gagnent le royaume du cici*

i40 CINQUIÈME SfiRIE.

V On est pauvre matériellement par le manque des bians de ce monde*

C'est un bonheur, suivant la parole du Maître, quand on Test selon l'esprit, spiritUy c'est-à-dire dans l'esprit lie Jésus-Clirist, avec |)atioiicc et résignation.

D'abord les pauvres de cette sorte sont plus près du royaume du ciel, parce qu'ils ne sont pas embarrassés, arrêtés dans leur voie par les séductions et les sollicitudes des biens de la terre.

Ils ont peu de choses à perdro en mourant, et beaucoup à gagner.

11 est dit au mauvais riche, qui envie le sort de Lazare au ciel : Tu as joui sur la terre, et lui n'a fait qu'y souffrir. 11 en est dédommagé umintenant (Luc. XVI, 25).

Ensuite, même humainement parlant, la pauvreté bien supportée discipline le corps, mate ses appétits,

aiguise l'esprit, dompte la volonté et abat l'orgueil.

2" Mais il y a une pauvreté spirituelle, morale, que les riches peuvent pratiquer, et qui a d'autant plus de mérite qu'elle est volontaire.

Les riches en effet peuvent se faire pauvres par l'esj)rit, spiritu^ ù l'exemple de Jésus-Christ; et TEgiiso, dans les pénitences qu'elle leur impose, ou par les conseils qu'elle leur donne, le leur enseigne- comme moyen de justice et d'expiation, ou de purification et de perfectionnement.

1" Pauvres eu tout ce qui concerne le corps, dans leurs vêtements, leur nourriture et leurs plaisirs, par les jeûnes, les abstinences, les privations, les mortifications et surtout les aumônes, qui leur imposent des sacri lices.

2" Pauvres d'esprit propre, par la foi dans les choses

LA GONNAISSANGB DE JfiSUS-GHRIST. . i4t

de Dieu, par la soumissiou à l'autorité dans les choses temporelles.

3*^ Pauvres de yolonié propre et d'orgueil, par la.

modestie, par riuimilité chrétienne, qui, dit l'Apôtre, se soumet à tous pour Dieu et estime les autres plus que soi-même : Abneget semetipsum et sequatur me (Matth. xn, 24).

Donc le modèle de la pauvreté de Jésus-Christ est pour tous; tous peuvent et doivent la pratiquer, c'està-dire se détacher des biens terrestres, au moins par le désir; les uns se résignant à ne point les posséder, et cette perte est un lucre pour eux.

Les autres possédant comme ne possédant pas (I Cor. vu, 50) , et s'appauvrissant volontairement avec Jésus -Christ et à son exemple pour donner à ceux qui n'ont pas.

Ceux-là même lui ressemblent davantage et sont plus véritablement pauvres en espiit, spivUn; car, comme Jésus, ils se dépouillent de leurs richesses et de leur gloire pour le salut de leurs frères.

Tentalui ptr »mia pro aimUHuiine abique peeeêlo (Hébr. iv, 15).

Il a été tenté comme nom en toutes choses, mais sans péché.

Jésus, modèle d'humilité, roi)éissance, de pauvreté volontaire, e^t encore notre modèle dans toutes les

GIHQDiiHE SÉRIE.

situations et surtout dans le combat de la vie, et au milieu des tentations qui nous assaillent de tous côtés. C'est pourquoi il a voulu nous donner l'exemple de la nuinilre de.les supporter et de les vaincre.

Tentahu pèr omnia pro similUudiiiey absque peeeato.

Il a été tenté en toutes choses à cause de sa ressemblance avec l'hpmme, mais sans commettre le péché.

XI estrà-dire que le Fils de Dieu ayant daigné assumer la nature humaine, a été homme en toutes choses, excepté dans le péché.

Il a du subir, puisqu'il s*est fait homme, toutes les misères de L humanité, sauf la plus grande de toutes, le péché, incompatible avec sa nature divine, et qu'il venait détruire dans son principe et dans ses effets.

Il a voulu (Hre tenté, et il a été conduit à cet efl'et par l'Esprit dans le désert:

1^ Pour réparer par sa victoire la défaite du premier homme tenté et séduit par le prince du mal ;

2° Pour nous enseigner par son exemple à soutenir . la tentation et à la surmonter.

Récit de 1 Évangile de saint Matthieu, iv, 1 .

Nous trouvons en action dans cet Évangile et par les trois tentations qui y sont décrites, les trois concupiscences dont parle saint Jean (I, u, 16), sources de toutes les tentations et des péchés où elles nous entraînent :

1** La cimcupiscence de la chair ou la sensualité,

par laquelle le mal nous attaque dans la partie la plus grossière de notre existence, afin de mettre l'homme

LA COMNÂISSAKGË DË JLSUS-CURl.ST. 143

céleste sous le joug de Phaifiine terrestre, c est-à*dire

de bouleverser notre être et de le dégrader. C'est la tentation la plus ignoble et la plus commune. »

Le démon yeut prendre Jésus par la faim, qui est une mauvaise conseillère, et Jésus, qui n*a pas mangé depuis quarante jours, lui répond : Non in solo pane vivit homo^ sed in umni verbo.

Ce qui veut dire qu'il y a deux vies en nous, la vie naturelle et la vie surnaturelle, et que c'est en se nourrissant de la parole de Dieu, de ses sacrements et de ses grâces, qu'on peut vaincre les tentations des seus.

Jésus dit ailleurs à ses disciples, qui s'étonnaient de ne pas le voir manger: «J'ai une autre nourriture; ma nourriture est de faire la volonté de mon Père » (Joan. IV, 5-2, 34).

2'' La concupiscence des yeux, ou vaine curiosité, vanité, présomption, qui va jusqu a tenter Dieu, par la conGance en son propre mérite, dans la confiance qu'il ne peut nous laisser dans le péril ou dans la peine.

a Jette-toi en bas, dit le démon, et les anges te sauveront ; » et Jésus répond : Non tentabis Domiinm Deum imm.

11 nous apj)roiid j)ar là :

r* Qu'on ne doit jamais faire montre de sa vertu, de sa puissance ou de son crédit par ostentation^ oU par audace ;

2* Que s'exposer témérairement au danger ou au péché en se confiant sans raison à la protection divine^ c'est prétendre à un miracle; ce qui est une exaltation présomptueuse qui met Dieu, pour ainsi dire^ au déG: Donc c'est !e tenter et se perdrè.

144 aiNQLlÈilfl SÉUIË.

3^ Orgueil de la vie, àupci'bia vitsSj tentation d'ambition et (le cupidité.

Satan promet à Jésus les troncs et les trésors de la terre, s*il consent à l'adorer.

Ainsi il tente notre Tolonté par le désir de la puissance, (le la domination, jusqu'à la précipiter dans le crime pour les obtenir.

11 tente Tavarice par Tespoir du lucre, par la promesse des richesses^ et la pousse par là à employer tous les moyens de se satisfaire, per fas et nef as.

Mais il met à sa promesse la condition de l'adorer, et en effet l'ambitieux devient idolâtre du pouvoir, l'aTare de son trésor. L'un et l'autre font leur Dieu de l'objet de leur amour, car là où est le cœur, là est le trésor (Matth. vi, 21).

lis adorent Mammon et le veau d'or; ils rendent à la créature T hommage dû uniquement à Dieu. C'est l'idolâtrie du monde.

Mais Jésus répond : « Retire-toi, Satan. Il est écrit : ïu adoreras Dieu seul et tu ne serviras que lui. »

Tel est le véritable moyen de vaincre les ass^iuts de Fambition et de l'avarice.

Savoir reconnaître sa dépendance de Dieu, lui rendre, et à lui seul, l'hommage qui lui est du, c'est-àdire la consécration de notre existence tout entière, àme, corps et biens, à son service et à sa gloire.

Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ton àme, de toute ton intelligence, de toutes tes forces, et tu ne serviras que lui.

Après cette déclaration qui détruit son espoir eu ruinant la dernière et la plus forte de ses tentations, ' le démon le laissa ; et les anges s'approchèrent et le servirent.

U CONKAISSANGE BB JËSUS-CHRIST. Uti

Ainsi en scra-t-il pour nous, quand nous aurons le bonheur de résister avec Jésus-Christ et par son secours à la tentation. Le démon s'enfuira yaincu par'

notre foi en la parole divine, par notre fidélité à a suivre ; et après les angoisses de la lutte, nous éprouverons un immense soulagement, d'abord par la pensée d'avoir échappé à l'ennemi, puis par la conscience d'avoir fait notre devoir, et enfin par rapproche des anges, dont la douce influence, ramenant la paix dans notre cœur, lui doimera un commencement des joies du ciel.

/« tuiore vullui tui tieieeriapaHe {Gcu.

tu, 19).

* Vous mangerez votre piin & la sueur

de votre firooL

Nous avons considéré Jésus Clu'ist dans la tentation, et il nous a appris par son exemple comment on doit la supporter et comment on peut la vaincre.

Aujourd'hui nous allons le contempler dans sa vie laborieuse ou extérieure, alin d'apprendre par son exemple comment nous devons employer notre activité, et à quelle fin.

Jésus a travaillé toute sa vie, jusqu'à la mort, et sa

mort a été le plus grand de ^es travaux et le plus elli-

446 CINQUIÈME SÉUIK.

cace, parce qu'elle a couronné tous les autres en opérant le salut du genre humain.

. C'est pourquoi il a dit avant d'expirer sur la croix : Canmmmatum est,

U a travaillé pendant son enfance et sa jeunesse jusqu'à trente ans de ses propres mains et pour Tivre. Qui, après cela, rougirait de gaj^Mier son pain à la sueur de son front, et quel modèle pour tous ceux que la nécessité y oblige !

Depuis, aGn d'accomplir sa mission, il a travaillé constamment par la prédication de l'Évangile et Faccomplissement de ses miracles, c'est-à-dire en instruisant, en guérissant et eu sauvant les umes.

Par là il. nous apprend deux choses :

1^ Que le travail est nécessaire à tous ;

2» Que tout travail doit contribuer à l'œuvre et à la gloire de Dieu, c'est-à-dire au salut des âmes.

Le travail est nécessaire à tous, car il a été imposé

à tous les enfants d'Adam comme suite du péché : Li sudore vultus tui vesceris pane.

C'est pourquoi le Fils de Dieu fait homme a commencé par là. U a voulu naître dans la famille d'un artisan, et il a été ouvrier lui-même.

Et aussi, en toute occasion, il déclare heureux les pauvres. Ceux qui savent l'être sinritUy selon lesprit, c'est-à-dire tous ceux que la nécessité de vivre maintien! dans la tempérance, dans l'ordre, dans le détachement des biens terrestres, et (jui s'y résignent.

Mais il Y a diverses sortes de travail.

U y a le travail manuel ou physique et le travail

LA CONNAISSANCE DE JÉSUS-CliRiST. 147

intellectuel et moral. Jésus nous a donné l'exemple

de l'un et <lo l'autre dans les deux parties de son existence sur la terre.

Le travail intellectuel et moral fatigue aussi le corps, consume les forces et use les organes.

Ceux qui nV)nt pas besoin de travailler des mains pour vivre, ou f]ue leur faiblesse en rend incapables, doivent travailler pqjir nourrir leur esprit, le développer et le rendre apte à d'autres ceuTres utiles à la société. I

Professions libérales, administratives, judiciaires, politiques, scientiii(j[ues, artistiques, industrielles, commerciales.

Nous devons tous travailler, soit par le corps, soit par Pesprit, et cela non pas seulement pour acquérir le pain du corps, mais surtout pour nourrir l'àme et la préserver des tentations du mal, de l'entraînement des passions.

Car Pâme est essentiellement active; il faut qu'elle fasse, qu'elle produise quelque chose, et si elle n'agit pas pour le bien, elle se laissera aller au mal.

Si la paresse est la mère de tous les vices, le tra- . vail bien dirigé et bien ordonné est le père de toutes les vertus.

Nous disons le travail bien ordonné ou dirigé vers une bonne fin ; car il peut y avoir des travaux funes^ tes, ceux qui tendent à corrompire les hommes, ou

ceux qui se font en dehors de la loi divine.

Tout travail, pour être vraiment utile, doit pour sa part contribuer, comme celui de Jésus-Christ, à PœU-

vrc divine ou au salut des ànies, c est-à-dire qu'il doit être chrétien. «

Ainsi le travail manuel du pauvre y contribue, si en nourrissant ses enrants, il en fait aussi de bons chrétiens ou d'honnêtes gens devant Dieu et devant les hommes par l'instruction qu'il leur procure. Dans ces cas, il l'orme des âmes et les élève en nourrissant des corps, et le pain matériel qi^il leur donne les rend capables de recevoir celui de l'esprit.

Le travail du riche y contribue, s'il le tourne aussi à la véritable utilité de la société, l'employant d'une manière ou de l'autre, par toutes les ressources de l'esprit et du cœur, à éclairer les esprits et à former les âmes à la justice et à la charité, c'est-à-dire à les rapprocher de Dieu et de sou royaume par l'observation de sa loi.

Le riche alors est le bienfoiteur de ses semblables, et par ses aumônes ou l'application de ses biens au soutien physique des |)auvres, et encore plus en leur donnant de son temps, de son esprit et de sa bonnt; volonté pour les retirer de l'ignorance et du mal, et les conduire à la connaissance de la vérité et à la pratique de la justice.

Mais si les occupations du riche ne tendent qu'à satisfaire sa sensualité, sa vanité ou son avarice, elles ne servent trop souvent qu'à pervertir les âmés. Son travail est funeste et maudit ; car il n'a pas pour fin la gloire de Dieu et le bien commun, mais le plaisir ou r intérêt d'une créature, le plus souvent contre la justice et au détriment de ses seniblabies.

C'est pourquoi je m'adresse à tous en ce moment et je leur dis : Contemplez la vie laborieuse du Sauveur et prenez exemple.

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