‹ Idées et visionsChapitre 16 sur 59 · LE PETIT PORT BLEU S · texte numérisé non relu

LE PETIT PORT BLEU S

Les barques de pêche rentrent, comme des cygnes. Elles dessinent des courbes molles et gracieuses, avec art. La voile claque. On se bêle. On la. ce deujJiu trois mots. On jette des amarres. On accoste sans hâte. Peu de poisson; quelques belles langoustes. Un bon rire d'enfant retentit, comme un air de danse.

Des enfants bruns comme des grillons, des femmes maigres au geste vif font cercle autour du poisson, dans les paniers. Ils n'abondent pas en paroles ; ils sont plus discrets qu'on ne croit. Mais tout d'un coup, ils éclatent de rire, franchement. Deux petites filles blondes s'enlacent et se tirent, l'une l'autre, la natte dans le dos, en riant. Sur le parapet de la plus belle maison, une chatte grise, mère pour la première fois, fait son doux miaulement qui caresse, après son fou de petit chat : ils se poursuivent sous les fleurs : le chaton noir, comme une mouche dans du lait, court dans un buisson de marguerites, aussi haut qu'un arbre, et d'une éclatante blancheur.

Le ciel est bleu ; la mer est bleue ; le calme est bleu.

Tel était le port du royaume où Nausicaa, jeune fille, reçut le divin Ulysse. Et certes elles étaient pareilles à celle-ci, les rades de guerre, illustres dans la mémoire des hommes, à Ithaque, à Délos, ou dans la sainte lonie.

VILLE, LA ^XIT

A Toulon, en avril.

Au clair de lune, je traverse la ville riche. Il est un peu plus de huit heures.

Le ciel de perle est clair sur les maisons. Les rues fourmillent de passants. On mange tard, ici. Les uns vont dîner ; les autres en \iennent ; tous se promènent : ils flânent, même en se hâtant. Bonnement, ils marchent par bandes. Les jeunes gens et les matelots regardent dans les boutiques, par les portes ouvertes : ils cherchent la femme ou la fille du magasin, qui range les objets, ou se coiffe devant un miroir, avant de partir. Au coin des rues obscures, les amoureux attendent; plus d'une amoureuse est la première au rendez-vous. On surprend des visages penchés qui sourient, le bruit d'un baiser, l'accent d'une brève querelle. On voit dans l'ombre, comme des poissons étranges qui se croiseraient au-dessus d'une eau noire, les mains qui se rappro-

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