PAYSAGE ANTIQUE
En avril.
Quiltant la vallée de Saint-Maximin, au delà d'Auriol on tourne le dos, une fois pour toutes, aux pays du Var, et l'on descend bientôt vers la mer phocéenne. On passe d'une campagne agreste et riche en froment à l'aridité de la contrée grecque. Toute verdure s'eiTace. On ne voit plus que des haies poudreuses, des cailloux, les formes sobres des figuiers tors, vieillards très pensifs, les pins en troupeaux qui bondissent, et le feuillage gris des graves oliviers.
La blancheur est éclatante. Sur un buisson poussiéreux, les roses sont une présence d'amour. Le ciel n'est pas plus bleu, mais plus ardent et plus tendre. Les rochers portent témoignage du sculpteur : leurs arêtes et leurs lignes, les ombres vivantes qui les creusent, la beauté d'un arbuste qui les couronne, ou d'un pin au fronton, il semble qu'une main intelligente a laissé son
empreinte dans ces formes, pleines d'une secrète émotion. Une écume parfumée de thyms et de romarins modèle, d'un trait noir, ces belles roches. Et le silence accroît la solitude.
Or, cessant de courir sur l'ouest, si l'on prend la route de Toulon, vers le sud, une joie profonde me saisit, pareille à la majesté heureuse du paysage : le soleil descendant illumine une vision parfaite.
Une immense étendue, une plaine comme un bouclier d'or, ciselé, sur les bords, de quelques collines. Il rayonne une paresse heureuse. De ce point, comme en un lieu de halle, on découvre tous les rivages, depuis la rade de Toulon jusqu'aux îles de Marseille. La mer est d'un bleu presque violet, au listel de l'horizon. Un golfe lointain est ouvert en vasque, où le ciel coule. Çà et là, une fibule de pourpre agrafe un cap à un eap. Sereine splendeur 1 Mais une sérénité vive, répandue plutôt que profonde, légère même, où passe l'âme du vent.
En ce monde, où tout est ombre et apparence, qu'importe si c'est lîotre âme qui prête au paysage tant de grandeur, ou si elle l'emprunte du paysage? Qu'importe, pourvu qu'au-dessus des ombres, ombre soi-même, on se laisse porter par un sentiment sublime?
Sur le pavois d'or, à l'umbo, posée juste au milieu, se dresse une ville ronde comme une tour. Le piédestal d'un rocher, pareil à un donjon, la soulève. Elle est rousse comme l'oignon mûr. Elle brille de toutes les lumières, telle une tiare de métal incrustée de pierres. Elle respire une joie, une fierté plus qu'humaines, une