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POLITIQUE

L'argent seul ne fait pas les révolutions. Car une bonne moitié des révolutions s'est faite contre l'argent. L'argent Mt les pouvoirs et enchaîne la rébellion.

La justice relève de la logique. Telle est la force de cette idée dans les peuples qui pensent : qui comptent sur leurs doigts. Les bons esprits croient à la justice parce qu'ils pensent selon l'ordre. Illusion nécessaire dans les peuples qui ont l'illusion d'être libres : la justice semble le propre espace de la morale et de l'action.

Les socialistes vont en tout contre la nature : l'égalité, la liberté universelle, la paix, la justice et le reste. De là qu'ils plaisent. Car l'homme n'est pas capable de soutenir la vue et le droit de la nature : c'est en effet pour être sorti de la nature qu'il est homme. Et il rêve d'une nature à son image.

Ainsi la propriété : elle est le signe social de la suite humaine dans le temps, de la fatalité héréditaire, en un mot du sang ; et par là elle paraît ce qu'il y a de plus injuste à ces hommes affamés d'humanité. Certes, l'humanité est bien loin de la nature. Au moins aussi loin que le ciel de la Bible, fait pour éclairer la terre, du ciel des astronomes. Les socialistes ont la naïveté des chrétiens : ils parlent d'une nature faite pour l'homme. Peut-être finiront-ils par une religion. De là vient qu'en tous leurs discours ils plaident; car c'est plaider que de requérir.

94 IBÉES ET VISIONS

Le rôle des femmes est immense dans une société vouée au plaisir. Là, elles sont bien les plus fortes. Le désir des femmes est le fermant des mœurs nouvelles. En ces temps-là, elles parlent de leur âme : le concile leur en reconnaît une, et l'homme leur livre la sienne. Tous y gagnent, et de la place publique l'anarchie entre dans les ménages.

Toute société qui se perd et toute société qui se forme donne beaucoup d'importance aux femmes. Puissante est la matrice, et dans ses misères ou ses fureurs même, hautement vénérable : quoi qu'on fasse, en dépit de tous les fards, la nature est ici. Toutefois, les femmes ne sont dignes de la nature que si elles ne s'en doutent pas.

Le faible n'a pas de droits ; mais les faibles en ont, puisqu'ils les revendiquent. Ceux qu'on appelle avec mépris, en les caressant, les faibles et les humbles, sont insolents et forts. Parce que le nombre a appris sa force, la for^e est dans le nombre.

La violence du nombre ne saurait être maudite : elle est la vie. Il est bon que la foule soit brute : elle est corps. Il est bon que l'élite soit patiente et habile : elle défend sa vie : elle est esprit. Il sera temps pour elle de disparaître, quand sa pensée aura pénétré le corps du nombre.

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