CINQUIEME OBSERVATION
Mademoiselle Rosalie Négrié, jeune fille de dix-huit ans, d’une belle constitution, habituellement fort bien réglée, est frappée de diarrhée peu de tems après avoir mis imprudemment les mains dans l’eau froide vers la fin de l’écoulement menstruel. Ses idées de jeune fille, son innocente timidité, l’empêchent de prévenir ses parens ; elle conserve son mal sans rien dire; mais bientôt, contrainte par de violentes coliques , elle ose avouer tout à sa mère; à l’instant même on vient me chercher. Je la trouve dans l’état suivant : figure exprimant la peur, yeux cernés, pupille dilatée et immobile; langue blanche au milieu f rosée à la pointe et au pourtour ; soif ardente,
lèvres bleuâtres ; il y a nausées et vomissemens à linstant où elle boit de l’eau sucrée, voix flûtée, respiration gênée, mouvement tumultueux du cœur, de l’aorte et des carotides; pouls sensible , petit; douleur très -vive à l’épigastre et au bas-ventre par la plus petite pression; coliques, ventre météorisé, borborygmes; froid aux pieds, aux bras , aux mains et à la figure ; crampes intolérables aux extrémités ; la malade va fort souvent à la selle , les matières sont absolument comme du lait cailleboté. On entoure cette jeune personne de plusieurs couvertures de laine; on place autour du corps nombreuses bouteilles remplies d’eau bouillante. Je fais boire de l’eau froide , en attendant de la glace. Je pratique une saignée, j’obtiens deux palettes d’un sang noir, très-épais; 20 sangsues sont appliquées à l’épigastre et i5 au bas-ventre; cataplasme à la chute des sangsues; les bras, les mains sont enveloppés de flanelle trempée dans une décoction émolliente.
Quatre heures après la respiration est moins gênée, une moiteur douce existe sur tout le corps; les crampes sont moindres, le pouls
irrégulier, cinq évacuations alvines depuis l’instant où je l’ai quittée ; les piqûres des sangsues donnent abondamment un sang très-noir. Cataplasme bien chaud sur l’abdomen. La malade prend avec avidité et un plaisir extrême la glace qu’on lui donne par petits morceaux ; quart de lavement amylacé.
Elle passe la nuit assez bien ; elle a trois évacuations par bas; les bras et les mains se refroidissent de tems en terns^ on les réchauffe.
Le lendemain deuxième jour, il y a de l’accablement ; l’épigastre, le trajet du colon est toujours douloureux au toucher, chaleur brûlante à l’intérieur; lepouls, quoique petit, batavecfréquence (diète); i5 sangsues sur le bas-ventre , 20 à l’anus; eau froide et glace pour boisson; demi-lavement amylacé à prendre en deux fois dans le courant du jour ; cataplasme sur le ventre à la chute des sangsues. Le soir l’épigastre, le bas-ventre sont moins douloureux. (Mêmes prescriptions, à l’exception des sangsues.)
Le troisième jour la chaleur est parfaitement rétablie ; plus de crampes , faciès un peu moins grippé, sueur répandue sur tout le corps, pouls petit, langue blanchâtre et légèrement
rouge a la pointe , respiration plus facile, élection cl’un peu d’urine- la douleur du bas-ventre reste encore. Elle a eu cinq selles, les matières rendues, de blanchâtres qu’elles étaient, sont devenues verdâtres. i5 sangsues à l’anus, eau de riz gommée , quart de lavement amylacé, cataplasme sur le ventre.
Le quatrième jour les symptômes cholériques diminuent graduellement. (Diète , un peu de gelée de groseille de tems en tems , eau de riz gommée , quart de lavement.)
Les cinq, six et septième jours, disparition de tous les symptômes; la convalescence se confirme. ( Quelques cuillerées de lait coupé; un peu de crème de riz. )
Les huitième et neuvième jours, je trouve notre belle malade levée ; elle demande avec instances qu’on augmente ses alimens. Je lui permets donc un œuf au bain Marie. Le matin, comme elle a un grand désir de manger des asperges, je lui en accorde cinq pour son dîner, et un peu de lait coupé pour le soir; enfin l’alimentation est graduée suivant son état.
Quinze jours après, je suis tout étonné de la rencontrer , présentant tous les attributs
extérieurs de la force et de la santé Munie
d’un caractère de bienfaisance, elle portait des secours aux pauvres filles de sa connaissance.