TROISIÈME DEGRÉ
Ce n’est point une chose mystique, ce n’est pas non plus une hypothèse, une idée purement
arbitraire de considérer le choléra-morbus sous
trois degrés distincts, c’est l’expérience qui nous a offert ces trois aspects différens. Yoici maintenant les symptômes qui caractérisent ce troisième degré : ils sont effrayai! s, c’est le choléra dans toute sa force; le malade est comme foudroyé ; souvent il n’est que la continuation du premier et du second degré; ce qui arrive toujours, si le traitement physiologique a été négligé ou peu employé; quelquefois il arrive spontanément et frappe en peu d’heures les personnes d’une santé florissante. Vous le reconnaîtrez aux indices suivans : faciès cadavériques , teinte violette ou bronzée; altération profonde des traits; yeux enfoncés dans leurs orbites, mornes, abattus; pupilles dilatées ou contractées ; cercle bleuâtre ou plombé autour des paupières; nez effilé et froid, souvent noir ou d’une couleur lie de vin; lèvres béantes, pâles ou violettes; langue blanche au milieu et offrant ses papilles
en forme de râpe , rougeur au pourtour et à sa pointe , le plus souvent froide et légèrement rosée , intérieur de la bouche sec , voix strangulée ou cholérique , hoquet , air expiré froid et inodore, soif inextinguible , désirs des boissons froides, proslalion extrême, sentiment de suffocation, le stéthoscope fait entendre une respiration rare, imperceptible, tantôt précipitée, irrégulière; tantôt pénible, suspireuse, quelquefois un bruit semblable aux cris de la scie des scieurs de long ; chaleur brûlante à l’épigastre; sensibilité tres-vive en touchant cette région, envies de vomir, vomissemens et déjections blanchâtres; quelquefois ces selles et vomissemens sont continuels, d’autres fois il n’y en a pas du tout ; borborygmcs, douleur très- prononcée lorsqu’on touche le trajet du duodénum, du colon; pouls radial, chez la plupart imperceptible, nul; les battemens du coeur , de l’aorte , des corotides se font sentir avec fréquence, mais mollement; c’est absolument les mêmes pulsations que donne l’asphircie. La peau est froide , d’une couleur cyanique, noirâtre ou livide, d’un rouge de rouille, recouverte d’une sueur visqueuse, i idée sur les mains et les pieds , faisant éprou-
ver au médecin le même effet que s’il touchait un cadavre ; l’amaigrissement est aussi général et presque instantané. 11 y a suppression des urines pendant presque tout le temsjde cette cruelle maladie -contractions spasmodiques ou tétaniques des extrémités avec ou sans crampes ; ces diverses contractions suspendent la respiration, influent d’une manière positive sur le cœur et les artères en enrayant leur mécanisme 5 quelquefois la malheureuse victime a les membres rétractés , les doigts crochus, les ongles d’un bleu livide, s’agite, se pelotonne et succombe , la tête renversée , les yeux entr’ouverts , et toujours avec la jouissance de ses facultés intellectuelles. Telle est en peu de mots l’histoire fîdelle des trois degrés du terrible fléau qui désole nos contrées.