MARCHE ET TERMINAISON
Le choléra-morbus n’offre pas toujours une marche régulière, il débute tantôt par des symptômes précurseurs, d’autres fois il est spontané et bientôt il arrive en peu d’heures à son summum d’intensité, ce qui rend en général la durée de la maladie assez peu longue; car le malade est comme foudroyé j elle peut
dépendre aussi de la mauvaise constitution du sujet, ou de fâcheuses dispositions inhérentes aux malades, ou enfin, d’une méthode vicieuse de traitement qui contrarierait la tendance naturelle à la résolution.
Ainsi la durée de cette affection n’est pas soumise à des règles assez fixes pour qu’on puisse lui assigner des périodes bien déterminées. Cependant, il est bon de dire que cette terrible maladie, abandonnée à elle -même, est constamment mortelle, tandis qu’on peut la guérir parvenue meme au dernier degré , en suivant la médication employée.
Quant à sa terminaison , la plus désirable de toutes est , sans contredit , la résolution : c’est vers ce but que le praticien doit diriger tous ses efforts. Elle s’annonce par la diminution progressive des symptômes, et par leur disparition : elle est, jusqu’à un certain point, dépendante des circonstances , au milieu desquelles cette maladie s’est déclarée. Elle se rattache aussi , nous aimons à le répéter, à l’état plus ou moins délabré des forces avant la maladie, àla constitution particulière du sujet, à son âge , et surtout au traitement auquel était soumis le malade 5 ce qui donne la plus grande part à la préférence que cette affection paraît
prendre pour se terminer d’une manière plutôt que d’une autre. C’est pour cela que sa terminaison par gangrène se remarque plus souvent chez les sujets cacochymes , mal constitués, dont les forces ont été ruinées, ou chez lesquels l’àge ou un traitement mal entendu ont contrarie l’ordre des mouvemens qui pouvaient tendre à la résolution de l’inflammation. Outre les causes de ce genre, il en est une autre que l’on ne saurait oublier, je veux parler de la puissance dont paraît jouir le génie épidémique, quel qu’il soit dans sa nature; car il peut faire prédominer telle terminaison dans le choléra plutôt que telle autre. Quoiqu’il en soit, et de quelque manière qu’on explique la chose, elle n’en est pas moins vraie, et digue de la plus grande attention des praticiens qui sont fondés à présumer plus ou moins de leurs efforts , suivant la direction que le mode épidémique a fait prendre à la maladie, et à redoubler de zèle dès le principe pour chercher à prévenir des conséquences fâcheuses, immi-j nentes. Les caractères symptomatiques qui précèdent, ne sont pas les seuls que l’on doive étudier; pour avoir une idée complète du choléra , il faut y joindre encore ceux dont les
divers organes offrent les traces. Nous nous en occuperons plus tard , avec les détails nécessaires, en parcourant successivement l’état dans lequel on trouve ces différens organes.