‹ Idees italiennes sur quelques tableaux celebresChapitre 33 sur 100 · MALHEUR DE RAPHAËL · texte numérisé non relu

MALHEUR DE RAPHAËL

vans, ils ne sont pas faits pour comprendre que sans celte draperie en 0 cette figure du Père Eternel paraîtrait horriblement lourde, on la verrait tomber et non pas changer de place dans le profondeur de l'air portée par sa seule volonté. Le mouvement de cette draperie qui n'a pas eu encore le tems d'obéir aux lois de la pesanteur donne aux gens qui ont des yeux , l'idée du mouvement de cet Être qui peut tout

A la longue dans les arts, le public ne répète et n'adopte que les jugemens des gens qui sentent profondément. Les décisions des savans secs d'il y a trente ans, deffrayent d'anecdotes plaisantes les petites dissertations des Académiciens d'aujourd'hui; ne démandez à ceux-ci que des dates, et pensez à autre chose quand ils veulent expliquer pourquoi et comment Raphaël ravit les cœurs. Pour me désennuyer quant ils parlent, , j'étudie sur leurs figures la forme de la pédanterie.

L'aimable Tenerani vient de placer dans S. 1 Pierre (Novembre 1839) une statue de S. 1 Alphonse de Ligori qui l'emporte de bien loin sur toutes les statues de Saints qui remplissent

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ce Temple. Un homme de goût et de grand sens, voulait lui donner la place de quelqu'un des magots gigantesques qui occupent le rang d'en bas des niches, un subalterne sans-doute fort savant n'a pas voulu. Si je parle de ce S/ Alphonse de Ligori placé depuis deux mois seulement, c'est qu'il embarrasse fort les connaisseurs partis de Paris ou de Berlin, avant que les Académies se fussent arrêtés à une opinion sur cette figure colossale. Les connaisseurs n'osent en parler avec leur ton tranchant de peur de se compromettre. Le talent de Tenerani les embarrasse, il ne sont pas fait pour sentir que si S. 1 Alphonse de Ligori parait maigre c'est que les plats imitateurs du Bernin ont fait de l'intérieur de S.' Pierre une collection de rococo. L'Apollon du Belvédère y paraîtrait maigre. 11 faudrait ôter toutes les colombes en marbre blanc le long des piliers en marbre rouge ; ainsi que tous ces médaillons des Saints Pontifes dont la plupart sont vus de face et si peu ressemblans, et terminer par un arc ou demi cercle toutes les fenêtres de S.' Pierre.

A propos de Statues , il faut se figurer que tout était peint parmi les anciens, les façades des temples et les statues. On donnait une cou-

leur bien décidée: rouge vif ou bleu de ciel par exemple à tous les membres de l'architecture, à tous les petits détails ; les anciens aimaient ce qui est gai : un temple de la plaine de Rome entouré de son bois de chênes ou de platanes (bois sacré) apparaissait de loin comme un bouquet de fleurs.

11 ne faut pas se figurer qu'on peignait les ombres des corniches, médaillons, etc., le relief donnait l'ombre; et chaque chose avait une couleur locale.

Le zèle du 16." e siècle a lavé la plupart des statues avec de l'eau forte, et les couleurs ont été enlevées ; toutefois en cherchant bien on trouve encore des vestiges de couleur dans les plis profonds.

Une Minerve dans le style de l'Ecole d'Egine, du Musée de Naples, a encore la broderie du bas de sa robe peinte en rouge. On vient de trouver sur la route du Pyrée à Athènes

(2 lieues) des tombeaux et des bas-reliefs avec leurs couleurs très fraîches. Tous les ans à Rome, des magistrats nommés ad hoc donnaient une belle couleur rouge vif à la statue de Jupiter Capitolin. Le Jupiter de Phidias à Athènes étant composé d'ébène, d'ivoire et d'or, n'avait pas besoin de cette peinture annuelle.

Quand vous voyez les paysans d'Italie habiller les figures de la Madonne et du Christ, dites c'est un usage ancien qui s'est conservé ainsi que beaucoup d'autres.

Les Italiens aiment les couleurs pures et tranchées , cela les égayé ; la timidité d'un peuple brillant par la vanité, n'ose choisir pour ses vêtemens que des couleurs indécises.

Les anciens aimaient les sensations vives.

Figurez-vous le fronton de la Madelaine peint et les vêtemens de chaque personnage distingués par une couleur différente, vous frémissez, mais c'est l'habitude qui frémit chez vous,

avouez cependant que ce fronton serait moins monotone.

L'éducation moderne nous empêche de nous étonner de bien des choses. Ne pourrions nous pas nous guérir de ce ridicule dans ce qui a rapport aux arts ? Qui est-ce qui réfléchit l'habitude disait Mirabeau quand il demandait des réformes ?

Bartolo et Bâldo Jurisconsultes

Deux portraits dam un mime tableau, probablement

de Raphaël.

L'admirable couleur de ces deux tètes approche infiniment de celle du Titien, surtout la couleur de la tête à gauche du spectateur; c'est la manière forte de Raphaël. Le faire de ces deux portraits rappelle ce tableau de la Galerie du Louvre que l'on appelle Raphaël et son maître d'armes, ou Raphaël et le Pontorme.

A la Galerie Doria ces portraits sublimes sont mal placés et mal éclairés.

Le Prince Gabrielli possède un petit tableau de la jeunesse de Raphaël, le Christ au jardin

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des oliviers. Ce que j'en aime le mieux ce sont les figures de soldats dans le fond ; elles sont tout-à-fait Raphaëlesques. On retrouve sur le devant du tableau la figure que l'on voit dans la Résurrection du Christ par le Pérugin , Galerie du Vatican. Les Cicérones prétendent que le Soldat endormi présente le portrait de Raphaël.

Voici un mot de ce grand peintre ; un ami à moi qui habite Ravenne possède un manuscript du 16."* siècle, que depuis vingt ans il est sur le point de publier, je commets donc un abus de confiance en traduisant les six lignes suivantes:

Page 871. Le Cardinal R. disait au fameux Raphaël d'Urbin : — Qu'est-ce donc que la beauté?

— Quelquefois je sais la reproduire (répondit le peintre), mais je déclare que je ne sais pas ce que c'est ; — en ce moment il travaillait à la tète du Pape Urbain, il était sur son échaufaud à 8 pieds de haut , et la Fornarina se promenait dans la salle. Aucun des élèves n'osait adresser la parole à cette capricieuse beauté.

Le Raphaël qui existe dans cette Galerie est de la jeunesse du maître. On réconnait déjà un peu de cette grâce angelique que plus tard il a sû rendre avec plus de hardiesse et de force.

Ce qui ajoute à l'intérêt de ce tableau c'est qu'il est le seul Christ en croix qu'ait peint Raphaël.

Je trouve ici beaucoup de cette timidité qui fut un des grands défauts de son maître Pérugin. Cette timidité est bien singulière chez un contemporain de Michel-Ange et chez le maître de Jules Romain, je hasarderai l'opinion suivante: jamais Raphaël ne pût s'en guérir absolument Ses tyrans ne sont pas cruels. Ils auraient laissé quelque espérance au malheu-

reux amenés devant leur trône; ses figures de soldats ne sont pas militaires, il y a trop de pensée et on ne lit pas assez dans leurs traits l'habitude de l'action. Voir les soldats du Spasimo , et Tarquin dans les soubassemens des chambres.

Après avoir indiqué aux voyageurs les principaux ouvrages de Raphaël à fresque et à l'huile qu'ils doivent chercher dans Rome, je dirai un mot d'une statue représentant Jonas que l'on voit à la chapelle Chigi dans l'Eglise de Santa Maria del Popolo à côté de la porte par laquelle nous autres ultramontains nous entrons dans Rome. Franchement cette figure ne me parait point l'ouvrage de Raphaël. Tout ce que j'y vois c'est que le sculpteur qui l'a faite admirait ce grand homme.

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