‹ Idees italiennes sur quelques tableaux celebresChapitre 34 sur 100 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Les Stanze.

Chambre de Constantin.

En sortant des Loges, la vue peut-être un peu fatiguée de tant d'admiration ; nous arrivons en tournant à gauche aux célèbres Stanze ou Chambres du Vatican. Trois seulement, et il y en a quatre, sont peintes par Raphaël; la première en entrant (la Chambre de Constantin) a été peinte par Jules Romain, le Fattore et d'autres de ses élèves, sur les desseins laissés par lui. Le coloris est d'un ton rouge-brique ; les élèves ont outré les défauts du maître. En entrant, au dessus de la porte et un peu sur

UG LES STANZE.

la gauche on voit la Vision de Constantin ; le peintre a choisi le moment où lui apparaît la Croix lumineuse avec ces mots célèbres in hoc Signe rinces.

Sur le premier plan, le nain qui essaye de placer un casque sur sa tête, est le portrait de Gradasso Berrettai de Norcia fou célèbre de la Cour du Pape. Vis-à-vis des fenêtres c'est le fameux tableau de la Victoire remportée par Constantin sur Maxence en 312, la scène se passe près le Ponte Molle à une demi-lieue de Rome ou aux Saxa rttbra. Tous les peintres de batailles ont volé sans scrupule dans cet immense tableau. Les personnages sont trop pressés, ou ne leur a pas laissé l'espace nécessaire pour agir et tuer leur voisin.

A gauche de ce tableau arrêtez vous au portrait en pied du Pape Urbain I ; cette tête magnifique est peinte à l'huile de la main de Raphaël, et ce fut dit-on son dernier ouvrage; il y travaillait pendant le Carême de 1520 et ce fut le Vendredi Saint comme vous savez qu'il quitta la terre.

L'oreille et une partie de la joue ont été repeintes par Sébastien del Piombo, après les dégradations affreuses suites du sac de Rome en 1527. Pendant six mois les soldats Luthériens tuèrent, volèrent, violèrent, cherchèrent à polluer tous les édiûces, la plupart exerçaient des vengeances de religion. Les draperies et les mains d'Urbain 1 furent peintes à fresque par le Fattore. Au côté droit de ce Pape se trouve la figure de la Justice peinte à l'huile ; elle est aussi en entier de la main de Raphaël. Ces essais de peinture à l'huile sur le mur annoncent, dit-on, l'intention du maître qui avait été d'employer l'huile pour la dernière des quatre Chambres.

En face de la Vision qui convertit Constantin c'est le baptême de cet Empereur; l'architecture rappelle celle du baptistère de Constantin à S/ Jean de Latran.

On remarque le portrait du Comte Baltazar Castiglione, l'ami de Raphaël; il est près d'une colonne vêtu de noir, il a sur la tête une tocque avec une fourrure noire. Entre les fenêtres on voit Constantin donnant au Pape Silvestre I la

ville de Rome. L'Empereur est à genoux tenant de la main droite une figurine d'or qui représente Rome, il en fait hommage au souverain Pontife. Les peintures de cette première Salle en entrant se deployent sur des tapisseries tendues contre les murs. Àu plafond la statue de marbre d'un Dieu du paganisme éclate en morceaux devant le Crucifix. 11 y a là beaucoup et trop de vérité : on craint que toute cette architecture ne tombe sur la tête. On attribue le dessin de ce tableau à Tommaso Lauretti de Palerme ; il fut peint par Antonio Salviati de Bologne.

Seconde Chambre, dile «J'Héliodore.

La fresque à gauche en entrant représente le châtiment d'Héliodore Préfet du Roi Séleucus, cet homme fut chassé du temple de Jérusalem à l'intercession du grand Prêtre Onias, que l'on voit en prière au fond du tableau.

Héliodore venait enlever dans le temple les dépôts appartenant aux veuves et aux pu-

piles, il est foulé aux pieds par trois figures armées descendues du Ciel. Cet ouvrage est de 1512 et selon l'usage de la flatterie du 16.- siècle; il fait allusion au Pape Jules II qui chassa d'Italie les ennemis du Saint Siège.

Le groupe de femmes à gauche du spectateur fut peint, dit-on, par Pierre de Crémone élève de Corrège. N'y trouvez vous pas une suavité singulière dans l'Ecole Romaine?

Regardez les figures des porteurs, celle qui est le plus en avant est le portrait de Marc'Antoine Raimondi, le célèbre graveur de Raphaël.

Derrière le Pape le peintre a placé Jean- Pierre de'Foliari, ami du peintre ; ce personnage fut Secrétaire de Jules II; il tient à la main sa tocque et un papier sur lequel son nom est écrit.

Remarquez que les bleus de toutes les fresques de Raphaël ont perdu leurs ombres, ils sont tous au premier plan et ressemblent assez aux bleus des cartes à jouer.

A gauche, au dessus de la fenêtre, la messe de Bolsène.

Un prêtre doutait de la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie, il voit sortir du sang de l'hostie au moment où il vient de la consacrer. Ce sujet était mis à la mode par les paroles séditieuses de Luther.

On conserve encore à Orvieto le corporale teint du sang miraculeux. Le Pape assistant à la messe est Jules II.

Le tableau en face d'Héliodore représente Attila arrêté dans sa marche sur Rome par le Pape S. 1 Léon , allusion flatteuse à Léon X qui par les travaux de sa diplomatie avait préservé les Etats de l'Eglise de l'invasion des ultramontains. Les traits du Pape sont ceux de Léon X. On trouve ici le portrait du Pérugin, il est représenté tenant une masse.

Le quatrième tableau sur la fenêtre à droite en entrant: la Délivrance de S. 1 Pierre, fut le premier ouvrage que fit Raphaël après la mort de Jules II. L'aimable Léon X venait de parvenir au trône : Raphaël guidt par le Bramante choisit un sujet qui pût faire allusion au plus grand événement de la vie du Pape.

LES SÏANZE. 121

Envoyé Légat à Ravenne par Jules II le jeune Cardinal fut fait prisonnier à la bataille de ce nom (Avril 1512) on le conduisit à Milan, d'où il devait être transféré à Paris, mais il parvint à s'échapper au passage du Po. Puis il retomba au pouvoir d'un de ses ennemis Bernardino Malaspina , enfin le Maréchal Trivulce qui commandait pour la France intervint, et lui fit rendre la liberté. Un an juste après cette suite d'accidens Jean Cardinal de Médicis se voyait intronisé sur l'autel de S.' Pierre, sur quoi les courtisans ne manquèrent pas de mettre sa délivrance au nombre des plus grands miracles.

Quant à celui qui rendit la liberté à S.' Pierre on voit dans la prison au travers d'une grille de fer un Ange qui fait tomber ses fers.

A gauche du tableau ce môme Ange avec l'air de fierté de la toute-puissance conduit S.' Pierre au travers de la garde de soldats placée autour de la prison. Ce tableau est de 1514.

Ceux du plafond qui avaient beaucoup souffert, en 1527 ,urent gâtés par Charles Maratta.

122 LES STANZK.

Le premier tableau au dessus d'Héliodore représente le Buisson ardent. Au dessus de la Messe de Bolsène on voit le Sacrifice d'Abraham; la Sortie de l'Arche se trouve prés de l'Attila ; et, enfin, au dessus de la Délivrance de S.' Pierre, le plafond représente l'échelle de Jacob. Rien de plus enluminé que ce plafond que Charles Maratta a rehaussé dé sa couleur bleue si aigre pour l'œil (*)• Ce q u iI f » ut à jamais regretter, c'est que ces peintures du style le plus idéal de Raphaël soyent presqu'entiêrement perdues pour les arts.

A aucune époque le jeune peintre ne rendit mieux la physionomie de ces personnages presque surnaturels de l'ancien Testament. Afin de pouvoir placer dans une voûte des figures qui ne fussent point vues en raccourci, effet peu agréable, Raphaël a supposé que ces divers sujets sont représentés sur des tapisseries que des clous fixent au plafond.

l # ) M. Valéry dit : Les ligures en grisaille de la voûte ont un grand et beau caractère. Itinéraire, êdit. de 1839, loin. Il, page 300.

Malgré la prétendue admiration pour Raphaël ces exemples semblent perdus pour les modernes, grands ennemis de la patiente logique. Aujourd'hui Ton peint sans scrupule un plafond comme Ton peindrait un tableau destiné à être placé dans une position verticale, et les yeux pervertis par le mauvais goût, s'accoutument à voir des figures dans une position si étrange et de l'architecture qui semble prête à écraser le spectateur.

Les cariatides au dessous des grandes fresques de cette seconde chambre font allusion aux encouragemens que les Papes ont voulu donner au commerce, à l'agriculture, etc. Ces figures avaient été mutilées par les soldats Luthériens de 1527, et le dur pinceau de Charles Maratta les a grossièrement repeintes ; c'est assez dire qu'on a beaucoup de peine à y reconnaître quelques traits à demi effacés de leur beauté première. La décadence avait fait des pas de géant .du tems de Charles Maratta (1702), on fesait vite et les artistes rêvaient au grand art de se pousser à la Cour!

Troisième Chambre, dite de /'Ecole d'Athènes.

Cette Chambre est un poème tout entier, destiné à enseigner aux Juges leurs sévères devoirs. Elle devait servir pour le Tribunal dit délia Segnalura (sorte de Cour de Cassation), et Raphaël a voulu représenter toutes les connaissances nécessaires à des Juges suprêmes, il a commencé par la Théologie.

Comme nous l'avons dit le peintre suppose réunis pour raisonner sur le S. 1 Sacrement (alors attaqué par Luther) tous les grands hommes qui ont appartenu à l'Eglise ou ont parlé des choses sacrées; le Dante, par exemple, qui parait couronné de lauriers, et Savonarola brûlé vif à Florence et précurseur de Luther.

Pour expliquer un peu le sujet du tableau, et donner un centre à la réunion de tant de personnages qui ne se sont jamais vus, Raphaël fait intervenir la Trinité. Les Saints et les Prophètes semblent prendre part aux discussions, mais sans passion ; placés aux Ciel ils connais-

LES STANZB. 125

sent la vérité tout entière. Cette peinture est la première que Raphaël ait exécutée à Rome (*) lorsqu'il y fut appellé en 1508 par le Rramante, c'est aussi la plus belle suivant l'avis de beaucoup de gens. 11 faut venir la voir toutes les fois que l'on monte au Vatican ; à la cinquième ou sixième visite on commencera à l'adorer.

Àu dessus on voit dans un cercle la belle figure de la Théologie, ayant à ses côtés deux Anges tenant des tablettes avec ces inscriptions (divinarrer notitiae).

A côté de la figure de la Théologie l'artiste a peint le premier péché: Eve offre la pomme fatale à son époux.

A droite de la Dispute du S. 1 Sacrement sur la fenêtre, on voit le Parnasse; l'artiste a réuni tous les grands poètes, il demanda des conseils à l'Arioste (qui venait à Rome quelquefois pour tâcher d'être Cardinal). Dans la première pensée de ce tableau on trouve Apollon

(*) Le Musée du Louvre possède une fort passable copie de ce tableau ainsi que de l'Incendie du Borgo.

jouant de la lyre, instrument que le peintre a remplacé par un violon; H eut raison: aucun de ses contemporains n'avait entendu la lyre, et le violon commençait à être à la mode; Raphaël fut charmé de faire un compliment délicat à un virtuose célèbre son ami dont nous trouverons

le portrait au palais Sciarra.

Cette peinture porte la date de 1511.

La figure de la Poésie que l'on voit au plafond, au dessus du Parnasse, est d'une rare beauté; il faut regarder long-tems cette tête remplie d'inspiration. Deux génies tiennent des tablettes avec ces mots {numine afflatur). A côté de cette figure, dans un espace carré, Apollon fait écorcher Marsyas.

C'est vis-à-vis du S. 1 Sacrement que se voit la célèbre Ecole d'Athènes. Le peintre a voulu réunir tous les philosophes qui se sont distingués en raisonnant sur la nature des choses, sur l'âme, sur la création, etc. On trouve ici tous les hommes célèbres depuis Zoroastre jusqu'à Pic de la Mirandola; mais' le peintre n'a pas osé donner de place à Lucrèce, le plus terrible

LES STANZE. t*7

de ces raisonneurs. Milan possède l'admirable Carton de l'Ecole d'Athènes f).

Au dessus de ce tableau se trouve la figure de la Philosophie tenant deux livres, sur l'un est écrit moralis sur l'autre naturalis.

Tout auprès on voit l'Astronomie; une jeune femme contemple le Firmament.

Au dessus de la fenêtre qui fait face au Parnasse, Raphaël a voulu indiquer la Jurisprudence par les trois Vertus qui sont le plus nénessaires aux juges : la Prudence sous la figure

(*) a La léte d'Homère, quoique le buste antique du a poète n'eut point alors encore été découverte, est peut- « être la plus surprenante de ces 82 figures , et respire la « plus hante inspiration ; à ses cotés sont Virgile et le « Dante. L'Aspasie, jeune et belle, est sérieuse. Les divers <r groupes se rattachent naturellement à Faction princier pale. Plusieurs figures sont des portraits: rArchimèdc est « Bramante ; le jeune homme un genou en terre, Fré- <r déric II Duc de Mantoue ; les deux figures à gauche de s Zoroastre, la couronne sur la léte, sont le Pérugin « et Raphaël » (erreur quant au Dante, à Virgile, à Homère, etc. ). Itinéraire de M. Valéry, liv. XIV, chap. III , pag. 23, édition de 1833.

d'une jeune femme qui tient un miroir, la Force appuyée sur un lion, et à gauche la Tempérance tenant un frein. Raphaël a sû élever au sublime ces trois figures qui seraient restés si froides sous un autre pinceau. 11 eut le don suprême de faire sentir et penser.

Au dessus se trouve la belle figure de la Justice armée d'un glaive dont elle parait frapper avec regret. Deux enfans portent des tablettes avec ces inscriptions (Jus suum) (Unicuique Iribuit). On trouve à côté le Jugement de Salomon.

Au dessous des trois vertus aux côtés de la fenêtre on voit à droite de l'Ecole d'Athènes l'Empereur Justinien qui remet le livre du Digeste au Jurisconsulte Trèbonien qui le reçoit à genoux ; près de lui sont Téophile et Dorothée. De l'autre côté, près de la Dispute du S.' Sacrement le Pape Grégoire IX remet les Décrétales à un Avocat Consistorial. Le Pape Grégoire a les traits de Jules II. A ses côtés sont les Cardinaux Jean de Médicis qui fut Léon X; Antoine del Monte et Alexandre Farnesc (Paul III). Ainsi

dans un si petit espace Ton trouve réunis les portraits de trois grands hommes, faits par un peintre leur égal au moins: Léon X, Jules II et Paul III (Lisez la Vie remarquable de ce dernier et admirez son tombeau au fond de S.' Pierre).

Le Jugement de Salomon, Adam et Eve, le Supplice de Mars vas, l'Astronomie forment des tableaux carrés ; la Théologie, la Poésie, la Philosophie et la Justice occupent des espaces circulaires et imitent des mosaïques à fonds d'or.

Dans la voûte de la chambre précédente, Raphaël a pris le parti d'imiter des tapisseries afin de motiver le manque de raccourcis, ici il place des mosaïques qui représentent des corps solides liés à l'architecture.

11 semble que le peintre ait voulu indiquer clairement dans la salle de Y Ecole d'Athènes les motifs qui l'ont déterminé à imiter des mosaïques; il s'agissait d'éviter les raccourcis. Ici il a laissé comme dans quelques temples antiques à la Rotonde par exemple , un jour à la voûte afin de motiver l'accès de la lumière ; il a pror fité de ce jour pour peindre un groupe d'Anges

130 LES STANZK.

qui portent dans les airs l'écusson des armes du Pape. Mais les figures devaient être animées, aussi Raphaël a-t-il eu soin de les peindre en raccourci, c'est-à-dire telles qu'on les verrait si elles existaient réellement.

Quant aux peintures monochromes, imitant des bas-reliefs, qui sont placées sous le Parnasse, elles sont expliquées différemment par les écrivains du tems.

Celle au dessous de Sapho doit représenter Alexandre fesant placer les œuvres d'Homère dans une cassette d'or; celle de l'autre côté de la fenêtre est décrite comme représentant Auguste qui ordonne que l'on ne brûle pas l'Enéide. (Les beaux morceaux étant dans la mémoire de tous, il était sage à Virgile de faire brûler la partie commune).

D'autres descriptions accréditées donnent la première de ces peintures comme représentant Tarquin le Superbe qui retrouve les livres Sybillins dans le tombeau de Numa; la seconde serait ce même Tarquin qui se décide acheter les trois derniers livres Sybillins et ne veut pas

consentir à ce que ces trois livres aient le sort des six premiers brûlés par ordre de la Sybille. Les soldats n'ont pas l'air militaires, ce sont plutôt des philosophes tendres.

Jules II et Léon X furent tellement enthousiasmés du talent de Raphaël, et de l'effet général de ces Salles, qu'ils voulurent des peintures partout et ne laissèrent de place pour aucun meuble.

Quatrième et dernière Chambre, dite de V Incendie du Borgo.

Ici les tableaux n'ont plus le même intérêt.

Le mur à gauche en entrant représente la Défaite des Sarrasins à Ostie.

Ces barbares tentent de débarquer, ils sont vaincus par les troupes de Léon IV. Tàndis qu'une tempête disperse leur flotte, ceux qui ont débarqué sont mis à mort ou faits prisonniers.

On dit que la tête du Pape offre le portrait de Léon X, les Cardinaux qui l'accompagnent seraient Laurent de Médicis, qui fut Clément VII, et Bibiena.

t32 LES STÀNZE.

Ce tableau a horriblement souffert il est presqu'effacé et semble laid.

En face de la fenêtre, Raphaël a représenté l'Incendie du Dorgo (on donne ce nom aux mes que l'on suit après le pont S. 1 Ange pour aller à S. 1 Pierre ; Napoléon avait annoncé le projet de les faire démolir et de construire entre S. 1 Pierre et le pont une des plus belles places du monde).

En 847 , sous le Pontificat de Léon IV, le Borgo près le Château S. 1 Ange devint la proie d'un incendie miraculeusement éteint par l'intercession du Pape.

C'est sur le premier plan, à droite du spectateur, que se trouve cette fameuse figure de jeune fille portant un vase d'airain sur la tête, toute de la main de Raphaël.

L'Eglise du fond est l'ancienne Basilique de S/ Pierre élevée par Constantin.

Le groupe dans le lontain sous la fenêtre occupée par le Pape est un des plus miraculeux ouvrages de Raphaël. On trouve là des nuances d'expressions sublimes.

Vis-à-vis la Défaite des Sarrasins, on voit le Couronnement de Charlemagne par le Pape Léon 111 dans la Basilique du Vatican telle qu'elle était avant Jules II et Michel-Ange.

Au dessus dé la fenêtre Raphaël a placé la Justification de S. 1 Léon III ; ce Pape jure qu'il est innocent.

Les plafonds de cette chambre sont du Pérugin ; Raphaël obtint de Jules II que les ouvrages de son maître ne partageraient point le sort des autres peintures détruites a coups de marteau afin de faire place aux fresques du jeune peintre.

Il y a peu d'années l'on voyait encore des fresques attribuées à Raphaël dans le Cabinet de bains de Léon X au Vatican ; elles sont détruites maintenant, j'ai un trait gravé d'une de ces fresques ; c'est une Nymphe au bain surprise par un Satyre.

La seconde fois que l'on ira aux Stanze de Raphaël, il sera fort utile d'étudier chaque tableau et de compter les personnages dans des gravures au trait, de grand format, faites en 1811 sous les auspices du Baron Martial Daru.

Le lecteur trouvera peut-être que j'ai parlé un peu longuement des fresques du Vatican.

D'abord ce genre de peinture ne se voit guëres qu'à Rome ; Paris, Berlin, Londres, S. 1 Pétersbourg n'ont rien en ce genre*.

En second lieu les ombres des fresques sont du ton de la nature, et l'on connaît un peintre bien mieux par ses fresques que par ses tableaux à l'huile.

Dès que le voyageur aura compris les fresques de Raphaël au Vatican, et avant de chercher à la Chapelle Sixtine les deux grands ouvrages de Michel-Ange, le Jugement dernier et la voûte, il doit aller à Monte Cavallo pour V Aurore du Guide au Palais Rospigliosi; puis il faut voir les fresques du Dominiquin à S. ( André délia Valle, et les plafonds du Palais Costaguti à côté du Ghetto. Là il trouvera le Dominiquin luttant avec le Guerchin : à S. 1 Grégoire il le verra luttant avec le Guide. Quant à la célèbre Aurore du Guerchin à la Villa Ludovisi, chefd'œuvre de force, elle est bien gardée par un possesseur jaloux et il est presqu' impossible de

la voir ; le maître actuel n'admet les étrangers que deux fois Tan: le 26 Avril et le 3 Septembre. Rien n'est plus facile au contraire que d'arriver à là Galerie d'Annibal Carrache au Palais Farnèse.

Avant d'entrer à la Chapelle Siztine il faut pour se préparer à la terrible peinture de Michel- Ange, aller examiner son Moyse à San Pietro in Vincoli et la statue couchée de Jules H.

Pour comprendre le Jugement dernier et ses neuf groupes il faut étudier une gravure au trait, et en lire une description. Le long des murs de côté de la Chapelle Sixtine, se trouvent des fresques fort agréables, que vous aurez le tems d'étudier en écoutant le célèbre Miserere le Vendredi Saint, lequel n'arrive qu'après des Psaumes bien longs.

Ne pas oublier la tête de Junon à la Ville Ludovisi.

Page 1