‹ Idees italiennes sur quelques tableaux celebresChapitre 55 sur 100 · GALERIE CAMUCCINI · texte numérisé non relu

GALERIE CAMUCCINI

J'ai parlé plus haut du petit Raphaël qui fait la gloire de cette Galerie.

Elle possède un autre chef-d'œuvre, c'est le tableau de Jean Bellin, représentant le repas des Dieux, ou plutôt une halte de Bohémiens; le paysage est de la main du Titien élève du Bellin.

Ce tableau est l'un des cinq ou six beaux paysages qui existent au monde. Il est impossible de pousser plus loin l'imitation de la belle nature, de la nature comme nous la voyons dans les jours de bonheur. Les tons vert foncé qui se trouvent dans l'ombre sont d'une transparence extraordinaire, d'une grande vigueur, et cependant nullement durs. Effet incroyable du soleil qui brille sur les fabriques placées au sommet d'une colline. Ce paysage

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vient tout de suite après le Moulin de la Galerie Doria.

Ne pas oublier dans le nombre des bons tableaux de la Galerie Camuccini un superbe coucher de Soleil par Claude Lorrain.

En commençant une journée de beau soleil, le voyageur doit aller voir le Paysage Camuccini, puis le Moulin au Palais Doria, et ne plus s'occuper d'arts le reste de la journée.

Dix tableaux de Charles Marate, du Cavalier d'Arpin, de Cirro Ferri, d'André Sacchi ou d'autres êtres de cette force, empêchent l'esprit de découvrir les beautés d'un chef-d'œuvre vû quelques heures auparavant.

En terminant ces notes rapides sur les chefs-d'œuvre que l'on voit à Rome, il y aurait de l'injustice à moi de- ne pas rendre hommage au noble procédé d'un artiste du premier mérite. Tandis que de nobles personnages refusent de laisser voir au public, même une fois par mois,

les chefs-d'œuvre que les personnes dont ils ont hérité demandaient aux grands artistes leurs contemporains, M. le Baron Camuccini déserte

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sa maison tous les Dimanches, afln que le public puisse admirer à loisir, le sublime Paysage de Jean Bellin et du Titien, la Madonne de Raphaël, et les autres tableaux du premier mérite qu'il a eu le bonheur de réunir.

GALERIE BISENZO

Si la Galerie du Comte Guido di Bisenzo n'est pas très-nombreuse, du moins l'œil du voyageur n'y est point fatigué par ces médiocrités sans nombre qui l'assiègent ailleurs, car à Rome le pauvre étranger est soumis à l'abominable prévenance des Custodi, et ces gens ont juré de ne pas laisser passer une croûte sans la décrire, et sans citer les sommes qu'on en a refusé d'un Anglais.

La collection Bisenzo est vraiment la Galerie d'un homme de goût.

Dans le petit nombre de tableaux fort remarquables que le Comte Guido a réunis, tout en ne disposant que d'une fortune particulière, je ne citerai que la Prédication de S. 1 Jean du Poussin.

GALERIE BISENZQ. 241

On chercherait vainement ailleurs un tableau de ce maître d'un mérite supérieur, ou d'une conservation aussi parfaite.

La composition est comme on sait une des grandes parties de l'art, le Poussin y excellait et dans aucun autre de ses tableaux l'art de composer ne brille comme dans ce S. 1 Jean.

Le Précurseur est d'un admirable dessein ; le peintre a trouvé un moyen fort naturel et très-original de le détacher sur un fond clair, il a placé au milieu du tableau une grotte formée de beaux rochers qui servent de fond ; le reste du paysage est digne en tous points du Poussin qui fut supérieur en ce genre.

J'admire la grâce de cette jeune Femme qui écoute l'homme éloquent, les mains croisées sur le genou. Elle fait un beau contraste avec la femme agée.qui parait derrière elle; touchée jusqu'au transport, des paroles du Saint, cette femme s'incline pour baiser respectueusement une partie de son vêtement. Quant à la jeune mère sur le devant du tableau, c'est un souvenir du Dominiquin auquel le Poussin rendait

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justice ; c'était un mérite en 1650, le peintre de Bologne ne fut à la mode que bien plus tard.

Ce qu'il y a de bien remarquable dans ce chef-d'œuvre, et qui je pense étonnera fort les curieux, c'est la couleur; elle est comparable à tout ce qu'il y a de mieux en ce genre.

Ainsi le Poussin comme coloriste doit occuper une place bien supérieure à celle qu'on lui assigne généralement.

Mais il était pauvre ; les tableaux de lui , que l'on rencontre ordinairement , ont été peints sur des toiles rouges, qui ont repousse et détruit toute l'harmonie de la couleur ; c'est ce que l'art ne peut trop regretter.

11 faut aller chercher au Palais Chigi, qui fait le coin de la Place Colonne, le fameux dessein de la Bataille de Constantin par Raphaël. Quel malheur que les élèves n'aient pas suivi exactement le dessein de leur maître ! Ici, ces gens là ont été aveugles pour le sublime.

Dans la fresque, les figures sont tellement serrées qu'il ne leur reste à aucune la liberté d'agir. Si tout-à-coup la baguette d'un enchanteur leur donnait la vie, la plupart tomberaient.

Dans le dessein qui fait la gloire du Palais Chigi, l'Empereur Constantin est beaucoup plus rapproché de l'usurpateur Maxence qui se noye dans le fleuve; ce mouvement en avant indique mieux, ce me semble, la Victoire de Constan-

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tin: son armée gagne du terrein sur celle du tyran.

Tout près de ce dessein sublime par l'ensemble, on trouve un dessein du Dominiquin, sublime par la résignation et l'espérance qui brillent dans la tétc de S." Cécile.

Cette Galerie a quelques bons tableaux placés trop haut. On peut arrêter la vue sur un Garofolo: S.' Antoine, S. ,e Cécile et S. 1 Pascal, il réunit toutes les qualités qu'on recherche dans ce maître; la vigueur de ton dégénère un peu

en sécheresse; le dessein est correct mais dur. Au total, ce tableau peut passer pour un des chefs-d'œuvre de ce peintre, qui n'avait point volé la suavité et la grâce à son maître Raphaël.

11 faut chercher aussi un bon tableau du Guerchin: une Madelaine, c'est sans-doute le portrait de quelque grande Dame qui a voulu être représentée ainsi.

J'ai remarqué un fort bon tableau de Dosso Dossi : Julie fille de Titus et maîtresse de Domitien.

Académie de S.' Luc prêt de VArc de Septime Sévère au Forum.

Portrait de Raphaël.

S.' Luc peignait la Vierge, qui daigna lui apparaître ; mais ici l'artiste n'a pas été à la hauteur de son sujet, la Dgure de la Vierge est assez commune; la lèvre supérieure surtout semble appartenir à une femme de la dernière classe. Mais peu importe; ce qui fait l'intérêt du tableau c'est le portrait de Raphaël peint par lui môme, et parfaitement conservé. Raphaël parait ici comme l'élève respectueux de S.' Luc.

Les traits de ce grand homme, se retrouvent aussi dans l'Ecole d'Athènes, fresque du Vatican. Ici ils sont aussi visibles, aussi clairement exprimés qu'il soit possible de le désirer.

Les yeux sont pleins de beauté , on pourrait souhaiter plus de .régularité dans le nez, dans

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