‹ Idees italiennes sur quelques tableaux celebresChapitre 81 sur 100 · DE LA PEINTURE EN ÉMAIL · texte numérisé non relu

DE LA PEINTURE EN ÉMAIL

La peinture en émail dans laquelle Petitot a excellé, est moins difficile que la porcelaine, par la raison que pour l'émail on n'employé qu'un seul fondant, d'où il résulte que toutes les couleurs indifféremment peuvent se mélanger les unes avec les autres. 11 n'en est pas ainsi pour la porcelaine, il faut bien connaître les couleurs qui peuvent se mélanger ensemble sans s'altérer à la cuisson. Les divers fondans dénaturent certaines teintes, et il faut bien du tems pour apprendre par l'expérience, la proportion dans laquelle une couleur peut admettre le mélange d'une autre. Ces effets sont différents selon le degré de chaleur. Il faut de plus savoir l'effet que produit une teinte placée sur une couleur qui a déjà reçu une cuisson ; c'est effet est encore différent selon le degré du feu.

On entrevoit l'immense difficulté de ce genre, pour soutenir la patience, il faut regarder l'avenir et se dire: c'est ainsi que cette couleur devient impérissable.

Mais peindre n'est pas tout, il faut savoir cuire. Quoique j'aie fait bien des expériences je n'ai jamais pû parvenir à être exactement certain de l'effet que le feu produirait, j'ai eu bien des regrets de n'avoir pû apprendre plus de physique, et d'électricité dans ma première jeunesse. D'un jour à l'autre l'effet de deux feux , les mômes en apparence, est fort différent.

Les peintures de grande dimension que j'ai exécutées en Italie ont dû être cuites à la Manufacture Royale de Sèvres, qu'on juge des soins de toute nature pour le transport, des difficultés de Douanes, etc. etc., il faut une patience infinie.

L'Ecole d'Athènes, par exemple, a fait une première fois le voyage de Rome à Paris comme ébauche. Revenue à Rome, je l'ai peinte en retouche, il a fallu l'envoyer à Sèvres une seconde et môme une troisième fois.

Les embarras étaient si grands, que je me suis déterminé à apprendre l'art de cuire la porcelaine, à Paris. En Italie j'ai fait exécuter des fours avec des difficultés infinies, car je ne

m DE LA PEINTURE SUR PORCELAINE.

trouvais aucun secours. C'est dans ces fours que j'ai fait cuire les copies de la Transfiguration et de la Vierge de Foligno (maintenant à Genève), ainsi que les deuxThétis, la Madelaine, et la Nymphe sortant du bain, ouvrages de ma composition.

Le lecteur ne saurait se faire d'idées des difficultés qu'on rencontre et de la patience qui est nécessaire, surtout pour copier des fresques, placées le plus souvent dans un mauvais jour et très-haut, il faut nécessairement élever un échaffaudage fort incommode, et peindre dans une situation bien gênante, avec une lumière ou faible, ou souvent placée de manière à fatiguer extrêmement la vue. Et quand le spectateur trouve dans un de mes tableaux une petite partie dont la teinte n'est pas juste, il doit penser à la peine qu'a eu le malheureux artiste et au degré de feu convenable, que peut-être il n'a pas été possible d'obtenir.

La nuance des couleurs avant le feu est fort différente de celle qu'elles présentent après le feu , j'ai vii toutes les couleurs de chair d'un tableau sortir de couleur nankin dans le second

l'eu. Si ces difficultés sont immenses pour un ouvrage de deux ou trois figures, que ne deviennent-elles pas pour un tableau de 57 figures comme l'Ecole d'Athènes: telle main touche à un manteau bleu , par exemple : et la couleur bleue est ennemie de la couleur de chair, et la détruit entièrement. Je prends l'exemple d'un manteau bleu parceque c'est la couleur qui m'a donné le plus de mal. L'on peut observer que dans toutes les peintures sur porcelaine, les bleux sont toujours d'une teinte crue, qui nuit à l'harmonie, c'est la couleur qui m'a donné le plus de peine pour parvenir à la rompre ou à l'atténuer ; et pour mon malheur tous les bleux des fresques de Raphaël dans les chambres ont été entièrement changés, soit par l'effet du tems, soit par l'effet des grands feux que les soldats Luthériens allumèrent au milieu de ces chambres en 1527 lors de ce pillage de Rome que Charles V laissa durer six mois. Il fesait faire des processions en Espagne pour demander à Dieu la délivrance du Pape que ses troupes retenaient prisonnier.

Je maudissais à loisir l'hypocrisie de ce Prince en copiant les malheureux bleux des Stanze qui tous ressemblent au bleu qui entre dans les vôtemens du valet de carreau.

Quoique mon récit ait semblé peut-être bien long, je ne fais connaître que d'une manière fort sommaire , toutes les difficultés de Douanes et autres que j'ai eues à surmonter.

Je m'étais juré à moi-même de ne jamais m' impatienter. Je me distraisais en fesant des observations que peut-être je publierai lorsque mes yeux ne me permettront plus de peindre. Si j'ai parlé de toutes mes tribulations, c'est uniquement dans l'espoir dappeller plus d'indulgence sur un genre de peinture intéressant par sa durée. J'aurais voulu avoir assez de Jfortune pour former quelques élèves ; quant à moi j'ai du tout inventer, j'ai commencé par peindre des cadrans de montre, ensuite en arrivant à Paris, une Madonne alla Seggiola pour l'Impératrice Joséphine, et enfin la Transfiguration.

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