LE PARNASSE
Le Maratte a restauré le Mont Parnasse, et fort mal.
Le groupe à la gauche 4e l'Apollon , n'a presque pas souffert sous les coups de ce peintre de cour. Toutes les anciennes fentes du crépi ont été garnies de retouches à la détrempe, ce qui affadit l'ensemble du tableau. Du reste, malgré les outrages de la médiocrité, les figures ont ce beau sérieux l'un des grands charmes de Raphaël, voyez la tète d'Ovide.
Dieu sait les grimaces d'enthousiasme que les Cavalier d'Arpin, les Solimêîie, les Batoni, et autres mauvais peintres admirés de leur vivant, eussent placées dans un tel sujet ! Cela s'appelle du feu. Ces Pâmasses rappellent ce mot de la femme d'un poète glorieux : — Mon ami, fais donc tes yeux de génie.
L'Incendie du Borgo.
L'Incendie du Borgo est célèbre à cause des groupes charmans placés dans le lointain , tout prés de la fenêtre où apparait le Pape S. 1 Léon. Rien au monde n'est plus gracieux, plus grave, plus Raphaëlesque* C'est là une terrible critique de la grâce des keapsakes anglais qui veulent être aristocratiques et sérieux.
Les figures de Raphaël ont l'âme noble et non pas un rang élevé.
Tout le monde connaît cette admirable figure portant un vase d'airain sur la tête, et appellant au secours, Elle est de la main de Raphaël ; cherchez là tout-à-fait à la droite du spectateur contre la bordure.
Ici l'on reconnaît bien l'imitation de Michel-Ange, le style fort de ce grand homme
INCENDIE DU BORGO. 321 fut le contraire de la triste timidité du Pérugin.
La plupart des groupes de cette fresque portent le cachet des élèves de Raphaël. Vous y reconnaîtrez le style de Jules Romain, de Pierino Bonaccorsi, de Pellegrino de Modène, et enfin de Jean d'Udine qui a fait toute l'architecture exécutée à bon fresque.
Le groupe si dur d'Enée et Anchise, et le Pape Léon à la fenêtre, sont de Jules Romain.
Le tableau a souffert surtout dans cette figure qui pour fuir les flammes se suspend le long du mur à la gauche du spectateur.
Admirez la charmante figure qui monte l'escalier.
Couronnement de Charlemagne.
On trouve des tètes à physionomie dans cette fresque presque tout' entière de Jules Romain. Il y a de la couleur; et le tout est à bon fresque. Les fonds sont de Jean d'Udine.
La Justification de S. 1 Léon
sur la fenêtre, a été abimée par les retouches du Maratte. 11 plaça des clous de fer pour relier le crépi au mur.
Ici rien de la main de Raphaël, on croit que le dessein du grand maître fut peint par Francesco Penni il Fattore, et par Vincenzio di San Gemignano.
La Victoire de S. 1 Léon contre les Sarrasins.
La plus grande partie des figures et tout le fond ont été repeints ; un tuyau de cheminée passant dans le mur a aussi contribué à la ruine de cette malheureuse fresque.
Un dessein à la plume représentant cette défaite des Sarrasins , se trouvait autrefois dans la collection d'Orléans; la fresque montre que Raphaël y avait fait de grands changemens.
Avant de quitter cette chambre examinez de nouveau les charmans petits groupes sur le troisième plan de l'Incendie du Borgo. Cet Incendie a fourni au voyageur Du Paty une page qui parait délicieuse aux enrichis : que de feu !
Les peintres vulgaires ne savent pas donner de physionomie aux lointains.
Voyez les groupes sur le second plan du Martyre de S. 1 André, fresque du Dominiquin, à S.' Grégoire. Voyez les groupes sur le second plan de la fresque d'Andromède par le Guide, à la Galerie Farnèse. Pour bien voir Rome, il
324 LA VICTOIRE DE S/ li£ON.
faut de bon chevaux et voir de suite toutes les choses semblables, par exemple les cours du Palais Farnèse, de la Chancellerie, du Palais Borghèse, et de Monte-Cavallo.
Je pourrais ajouter huit ou dix pages de semblables particularités, fruit de sept années d'études assidues, mais je crains de paraître long ; et peut-être que de semblables détails pour être supportables, veulent être montrés sur les fresques.
Je conseillerais au petit nombre des curieux qui pendant leur séjour à Rome veulent acquérir une connaissance réellement profonde de la peinture et des arts du dessein, de prendre le Palais du Vatican pour point de départ, il s'agit de se donner la connaissance intime et complète de tous les objets d'art qu'il renferme. Trois personnes à ma connaissance, ont suivi cette indication, et chaque jour pendant tout le tems qu'elles avaient consacré à Rome, je les ai vues passer deux heures au Vatican, et avant de sortir on écrivait bien clairement et sans
songer au style, les remarques et découvertes de la journée.
Mais ce plan de travail est bien étendu ; il exige l'ardeur de la première jeunesse, ou les loisirs d'une belle vieillesse dégagée d'affaires.
J'ai proposé à d'autres voyageurs, par exemple à des Dames, de se contenter de l'étude de Raphaël tel qu'il apparaît au Vatican.
11 faut noter avec le plus grand détail, les sensations que l'on doit à ce peintre, les premiers mois, qu'on le voit. On remarquera avec étonnement, si l'on repasse par Rome après trois mois, combien cette sensation a déjà changé.
Les premiers mois, en général, l'on se refuse à voir les défauts de Raphaël ; c'est qu'on a la mémoire remplie des phrases des livres.
La plupart des gens qui écrivent sur Raphaël, songent à la beauté de leurs phrases, bien plus qu'au sens réel des mots emphatiques qu'ils réunissent.
L'heureux mortel qui entre pour la première fois au Vatican, doit se hâter d'oublier
m M ADONNE S DE RAPHAËL.
toutes les phrases qui lui ont fait plaisir, quand il était au nord des Alpes. Il n'a qu'à songer un instant, aux énormes bévues des littérateurs qui ont voulu parler de Rome; si l'on s'est trompé sur quelque chose d'aussi matériel, que le nombre des lacs de cette charmante montagne produite par le volcan d'Albano, et qui semble sortie des eaux pour faire point de vue au Palais du Vatican, que sera ce lorsqu'il s'agit de l'expression des têtes de Raphaël? L'observation personnelle la plus mince, vaut mieux pour nos plaisirs, que la plus belle phrase soigneusement apportée de Paris.
J'ai copié dans l'Album d'une étrangère qui en 1839, venait tous les jours, au Vatican, les pages suivantes que j'ai un peu arrangées, je l'avoue, pour leur faire rendre tout-à-fait ma pensée.
Les Madonnes de Raphaël charment nos regards et notre âme, c'est l'apparition d'un être qui n'existait point avant lui, et que depuis aucun peintre n'a reproduit. Cet être tient effectivement le milieu entre nous autres hommes et la Divinité.