GALERIE SCIARRA
Le Joueub de Violon peinture à l’Amie de Raphaël.
G est peut-être le portrait le plus parfait qui existe ; on dit que ce jeune homme était ami intime de Raphaël, et que c’est par recon> naissance pour les momens agréables qu’il devait à son violon que le grand maître a mis un violon à la main de l’Apollon du Parnasse.
Comme je l’ai dit ailleurs, on voit par la gravure de Marc’ Antoine, que l’Apollon, dans le premier carton du Parnasse jouait de la lyre.
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Au reste le musicien du Palais Sciarra a une mauvais physionomie.
J’ai déjà parlé de ce Joueur de violon.
Portrait de Fembie admirable par le Titien.
On dit que c'est celui de sa maltresse. Quelle transparence dans les ombres, quelle dé^^radation insensible dans les teintes ! la couleur de la peau dans les ombres, et dans les mains bien que sous une demi-teinte est aussi belle, aussi blanche , que sur cette poitrine si brillante ; quelle simplicité dans le coloris, et quelle vérité ! Quel art dans la distribution de la lumière, comme tout concourt bien (ainsi que je l’ai indiqué en parlant de la Vénus de Florence) à faire paraître les chairs douces et unies. Admirez encore comme cette flgure est bien détachée du fond, vrai chef-d’œuvre. Je recommande ce tableau à l’attention du jeune peintre arrivant à Rome. Comparez cela au coloris de Paris.
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La Modestie et la Vanité de Léonard de l'inci.
Les tableaux de ce maître sont si rares que le voyageur aura du plaisir à étudier celui-ci, par malheur ce n’est pas un des plus beaux ; mais il est authentique. Vous trouverez deux belles demi-flgures de femmes, l’une parée, et un peu coquette, l'autre plus simple et assez modeste.
Le voyageur trouvera dans ce petit tableau tout le précieux et le fini de Léonard ; admirez .surtout la tête de la Vanité, quel modelé, quels yeux, et surtout quelle finesse d'expression ! C’est là le cachet de ce grand peintre d’autant plus aisé à reconnaître que personne n’en approche.
Comparez ces deux têtes avec celles des tableaux voisins et sur le champ vous verrez le grand homme. Il réfléchissait des années entières à ses tableaux, aussi quelle harmonie règne dans tous les traits de ses figures !
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Admirez ces yeux, et l’expression tendre, mélancolique, un peu volut>tueu6e qui fait le charme de ses têtes de femme. 11 avait formé son beau idéal en Lombardie où Ludovic Sforce, cet usurpateur aimable, mort prisonnier à Loches, l’avait appellé. Ce Prince avait avec lui des liuels d’esprit.
Ce fut à Milan que François 1 trouva Léonard de Vinci qu’il emmena en France ; ce peintre, l’homme le plus aimable de son siècle, excellait dans tous les arts.
A vrai dire il ne fut pas coloriste ; la couleur est pauvre à Florence. Le tems a dégradé ses tableaux qui sont maintenant couleur de sspta. L’incurie des Moines a fait périr la Cène du Couvent des Grâces à Milan. Des soldats mirent en pièces, dans la citadelle de Milan, le modèle du cheval colossal, et toutefois Léonard est au premier rang de ces beaux génies que l’Italie a donné au monde depuisMasaccio jusqu’au Guercbin le dernier mort des grands {peintres.
En promenant dans ies rues de la petite ville de Correggio vous rencontrez à chaque
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instant, les Madonnes du ('orrège, tout comme à Milan sous les maronniers de la Porta Renza, vous trouvez les divines Hérodiades de Lenard. Luini (*) et Salaj furent ses élèves.
Trouvant un jour qu’il se promenait avec ses jeunes amis, de beaux oiseaux que des marchands transportaient dans de grandes cages pour les vendre, il les acheta afin de leur rendre la liberté ! C’est ainsi qu’il cultivait le sentiment du beau chez ses élèves.
Je dirai sur la Galerie Sciarra qu’il est rare de trouver réunis dans une même salle, trois ouvrages à peu-près du même genre, tels que le Joueur de violon, la Modestie et la Vanité, et le portrait du Titien.
Comparez attentivement les moyens divers par lesquels trois grands artistes sont arrivés à porter au plus haut point le sentiment du beau dans l'âme du spectateur.
(*) Voir à Saronno sur la route de Milan à Corne une admirable chapelle à fresque de Luini. Il est froid comme Philippe de Champagne.
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Voyez quelle est l’influence de leurs moyens d’imitation sur le caractère de leurs ouvrages. La finesse de Léonard de Vinci manque toutà-fait au Titien, et en revanche le peintre de Florence n’a point l’animation sensuelle du Titien.
D’un autre côté le portrait du Joueur de violon pourrait être de Léonard, dont les femmes n’ont pas la passion sérieuse des Madonnes de Raphaël.
L’amateur ordinaire fait attention au singulier, et en vieillissant tourne à ï Archà)logue. Dans un bas relief représentant l’histoire de Niobé et la vengeance d’Apollon, il remarque un personnage de plus.
L’amateur qui a de l’âme, cherche le beau et s’arrête sous les maronniers de Milan, quand il rencontre une tête d’Hérodiade, il a plus de plaisir, mais il ne sait pas briller dans la conversation en jetant une date, ou un fait sec. Si vous réfléchissez sur les diCFérences qui existent entre les têtes de sertanles de Sasso Ferrato; les belles femmes fesant l’amour de Léonard ; les femmes passionnées du Corrège, et
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les Madonnes comprenant Dien et sa Majesté infinie, de Raphaël; les belles têtes de femmes rencontrées dans la rue, vous jetteront dans une rêverie profonde. Chose singulière ! les sens seront pour peu de chose dans cette rêverie, du moins directement. Le voyage à Rome enseigne cette rêverie aux gens de bonne foi.
Cette Galerie possède encore:
Quatre petits tableaux de Claude Lorrain.
Deux de la première manière un peu froids de ton, toutefois celui du côté de la fenêtre est d’une finesse remarquable.
Des deux Paysages de la seconde manière, celui désigné comme vue du lac de Bracciano au soleil couchant, est d’une grande beauté.
Les deux Madelaines du Guide, montrent combien ce peintre si élégant aimait à copier les têtes des Niobé.
Une Madonne et deux Saints de Francesco Francia. C’est l’Holbein de l’Italie, exact avant tout.
Une Sainte Famille d’après un dessin de Michel- Ange, qu’il faut étudier.
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La vue du Gesù grande Eglise de Rome , remplie d’une foule de Romains, tels qu’ils étaient en 1600. Ce tableau est fort intéressant, il a de la couleur et puis il nous donne une idée exacte des costumes et des façons d’ètre de ce tems là. L’artiste voulant montrer l’Eglise telle qu’elle est réellement, a supposé le mur de façade abattu. Sans cette précaution il arrive toujours que les peintures ou dessins représentant des intérieurs de monumens, les montrent infiniment plus larges qu’ils ne sont dans la nature, et toutefois ces dessins ne manquent point d'exactitude.
Ce défaut apparent est une conséquence inévitable de la position où se trouve placé l’artiste quand il s’occupe de ce travail; comme il doit être nécessairement dans l’intérieur de l’Eglise, son point de vue n’embrasse dans son ensemble que la partie du fond, et il doit renverser la tête pour voir la partie du plafond, qui est au dessus de lui. Il doit pareillement se tourner à droite ou à gauche, pour voir les côtés de droite et de gauche, qui sont sur la même ligne que lui.
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Tout cela constitue trois points de vue différents du véritable qui est au fond.
La perspective enseigne au peintre, qu’il doit tirer ses lignes jusqu’au devant du dessin, jusqu’au plan que lui môme il occupe, il résulte de là que l’artiste représente le monument dans son entier, tel que nous ne le voyons jamais, c’est-à-dire d’un seul point de vue, ce qui ne peut exister, qu’en supposant ainsi que l’a fait l’artiste de la Galerie Sciarra, que le mur de la façade n’existe pas, et que nous sommes assez reculés pour embrasser d’un seul coup d’œil tout l’intérieur du monument.
Je demanderai au voyageur de donner quelque attention à ce tableau qui a le mérite d’ailleurs de représenter la Cour du Souverain Pontife telle qu’on la voyait en 1600.
Les flgures sont d’Andrea Sacchi et l’architecture de Galiano.