PAUL VÉRONÈSE
l’avantage d’une ébauche bien conçue, on arrive à la transparence, qui empêche la lourdeur de ton. Ce cruel défaut provient selon moi moins de la vigueur du ton en elle même , que du manque de transparence.
Voyez l’état déplorable où se trouvent en 18i0,les tableaux exposés au Louvre vers 18 10.
Skco.ndk Sallk.
Déposition de Croix, de Renvenulo Garofolo.
Le Garofolo ne fut point élevé dans une école coloriste, et cependant il a cherché la couleur ; mais il y a pesanteur et dureté dans ses tons , comparés à ceux de l’Ecole de Venise. Je suppose qu’il n’employait point le procédé de Paul Véronèse, et des autres coloristes.
Cette Déposition offre une grande vigueur de ton, peut-être trop; la tête de S.' Jean et le fond sont très-bien. En souvenir de son nom Garofolo ( œillet ) ce peintre place souvent un œillet au coin de ses tableaux. Toutes les têtes
GALERIE BORGHÈSE
de femme sont le portrait de sa maîtresse. La Galerie Borghèse a 32 Garofolo.
La Chasse de Diane fun des ckef-d’œuvres du Dominiquin.
La joie, le sérieux de 16 ans de toutes ces jolies têtes de jeunes filles sont rendues d’une manière admirable. La jeune fille assise dans l’eau ne demanderait qu’un peu plus de finesse dans le dessein des jambes; l’ombre portée qui les couvre manque de transparence, et fait un peu tache; le bleu domine dans quelques demieteintes et fait tache aussi.
La figure qui me plait le moins est celle de Diane ; elle manque un peu de cette dignité sévère que la statue des Tuileries nous a accoutumés à chercher chez la sœur d’Apollon. Du reste on voit le caractère de chacune des Nymphes qui forment sa cour.. Que d’innocence !
Que de physionomie!
GAIÆKIE BOKi;UÈSE.
Num." 34.
Jésus, la faaiille ue Zébéué et les Apôtres de Bonifazio.
Belle figure de l’homme qui a la main sur la poitrine. Nous avons ici un brillant échantillon de toutes les qualités qui distinguent l’Ecole de Venise: force, chaleur de ton, harmonie parfaite.
Bonifazio fut élève du Titien, et la plupart des Galeries présentent ses ouvrages sous le nom de son maître.
Troisième Salle.
• Num.® 35.
Les trois Grâces, du Titien.
Si l’on me passait le terme je dirais que ce sont de bonnes vivantes.
GALERIE BORGUÈSE. S23
On ne peut mieux imiter les chairs ; elles sont ici d’une beauté de ton, et d’une vérité vraiment extraordinaires, mais ne cherchons dans les maîtres coloristes, ni la beauté des formes, ni l’élévation dans le dessin; c’est une imitation parfaite de la nature, c’est un miroir, mais le plus souvent ce miroir répète des formes on dirait prises au hasard.
Si le Titien avait étudié les Grâces de la Sacristie de Sienne , ces figures auraient une toute autre noblesse; mais son âme ne voyait pas l’antique.
Remarquez toutefois que les statues antiques ne donnent pas l’expression du rang. Les têtes de femme des peintres de Venise expriment une tranquillité voluptueuse sans mélancolie, ce qui devient facilement commun. Tandis que la volupté de Léonard de Vinci mélangée de mélancolie, arrive à l’amour et au sublime.
SâV (iALERIE BORGIIÈSE.
Num.“ 2.
S.' Antoine qui prêche aux poissons de Paul Vérotiêse.
■ La figure du Saint se détache ou s’enlève fort-bien sur le ciel, les hommes qui écoutent ont des mines horriblement vulgaires, le fond est très-beau, la mer présente bien l’idée de l’immensité ; mais toutes ces têtes de poissons qui écoutent donnent des distractions.
Quatrième Salle.
Num.® 1.
La Descente de Croix, de Raphaël.
C’est un des tableaux capitaux de la jeunesse de ce grand homme. J’y ai couru en entrant. Les amis du Christ le portent au tombeau ; cette Descente de Croix est de la seconde ma-
GALERIE BURGllËSE. 225
nière, comme le Spasimo de Sicile. La simplicité du coloris laisse triompher sans distraction dans ràme du spectateur, la force et la sublimité de l’expression. Le hasard a produit un singulier rapprochement; vis-à-vis le tableau de Raphaël se trouve cette Descente de Croix de Vandjck qui devint si célèbre à Rome, lorsque l’on s’apperçut que l’un des personnages ressemblait à Napoléon.
Le tableau du peintre flamand est un chefd’œuvre de coloris, comme celui de Raphaël est un chef-d’œuvre d’expression.
Ici chacun peut lire dans son cœur, et voir ce qui le touche le plus de l’expression ou de la couleur. Quant à moi je suis tout à fait pour l’expression. La gravure rend seulement ce genre de mérite, le coloris et le clair-obscur lui échappent, delà une partie de la gloire de Raphaël. Un autre bonheur de ce grand homme, c’est que ses ouvrages ne perdent rien à être regardés à deux pas de distance.
^6 liALERlE BORGIIÈSE.
Num." 4.
Les deux Apôtres que l’on donne comme étant de la jeunesse de Michel- Ange, ont bien le caractère qui distingue ce maître, les têtes sont petites, mais ces Apôtres annoncent, ce me semble, les Prophètes de la Chapelle Sixtine.
ils sont sur fonds d’or; c’est un des derniers exemples d’un usage ancien qui se perdait.
Admirez une foule de S.' François et d’autres belles têtes de l’Ecole de Bologne.
Num.“ 9.
La Déposition de Choix, de Vandyck.
La force des ombres est outrée et l’effet n’est produit qu’aux dépens de la vérité ; la tête de la Madelaine est belle mais sent la manière, elle aurait un succès de beauté à l’exposition de Paris. Je ne comprends pas comment la draperie rouge de la Vierge donne au bras
(VALERIE BORGHÈSE. 227
un reflet d’un ton plus vif, qu’elle n’est elle même. Cette fausseté, je le conçois, est un moyen d’éviter la dureté dans le passage d’un ton à un autre ; mais rien de faux ne peut durer dans les arts comme dans les écrits.
Num." .38.
La célèbre Sibylle ou S.“ Cécile du Dominiquin.
Les yeux sont d’une beauté bien étonnante, la couleur générale semble un peu pesante à côté des Titiens.
CiNQxnÉHE Salle.
Num.® 2.
La Naissance du Christ, de Lorenzo di Credi.
Ce tableau me parait un des beaux de ce maître dont on voit tant d’ouvrages à Florence.
228 GAIÆRJE BORGIIÈSE.
I.a tête de la Vierge approche un peu de la belle expression des Madonnes de Raphaël, j’y voudrais un peu plus de beauté ainsi que dans l’enfant Jésus. La flgure de S.‘ Joseph et le fond sont très-bien. On ne conçoit pas en vérité comment un peintre ne prend pas pour ses tableaux, les têtes des trois ou quatre plus jolies femmes du pays où il vit.
Num." 14.
Les époques de la vie de l’homme de Sassoferrato.
Le groupe dè l’homme et de la jeune femme est naïf et très-gracieux ; il manque d’élévation dans le dessin, mais la couleur des figures est bonne.
Comment expliquer chez Sassoferrato comme dans l’Âlbane, la lumière si vive sur les chairs, tandis que les terreins qui les avoisinent sont si sombres? c’est une affectation et une fausseté. Les Madonnes de Sassoferrato sont des
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paysannes vulgaires et assez jolies. Son âme ne voyait elle rien de plus élevé?
Dixiéme Salle.
Num." 33.
Bonifazio.
11 ne faut point chercher dans cet Enfant prodigue la vérité des costumes, ni le beau dessin; Bonifazio, d’une vérité adorable, est le Flamand des Italiens. Le public de Venise demandait de la couleur avant tout, c’est la partie amusante de la peinture. On respecte le dessin mais il laisse froid.
Num." I.
Amour sacré et profane, de Titien.
Couleur superbe, beau fond, torse et tête assez bien de dessin dans la femme découverte, mais les jambes semblent dessinées au hasard.
GALERIE RORGHÈSE.
Nom." 7.
Portrait d’un Cardinal, par Raphaël.
La tête parait usée, les mains sont superbes, chose rare chez Raphaël. Ce tableau rappelle les portraits de Cardinaux de la Galerie Pitti.
Onzième Salle.
Num." 53.
Belle Marine, de Backuisen.
Num.® 42.
Danaë, du Corrège.
Tableau barbarement restauré, acheté à Paris par le Prince Camille Borghèse, qui aimait réellement les arts.
GALERIE BORGUÈSE. 231
Les jambes et les torses admirables; il reste à désirer dans les têtes, surtout dans celle de l’Amour.
Les deux enfans en demi-figures sont charmants. La couleur du Corrège n’a été respectée que dans le pied. Où trouver des injures dignes des restaurateurs ? Ils ont enlevé toutes les dernières touches.
Remarquez dans l’une des dernières Salles de cette admirable Galerie une copie de la Fornarina du Palais Barberini; cette copie est, je pense, de Jules Romain. 11 faut regarder une Léda d’après Léonard de Vinci, ainsi qu’ une jeune fille à la physionomie florentine, déguisée en Lucrèce; travail du poignard.
Voir les peintures sur miroir à la mode vers 1600. Remarquez le jet d’eau au bout de la perspective des Salles ; cela est délicieux pendant les quatre mois de chaleurs accablantes.
Portrait de César Borgia.
Sont ce là les traits de ce scélérat modèle illustré par Machiavel? Cet ou\rage est-il de
232 GALERIE RORGIIÈSE.
Raphaël ? Ce portrait doit probablement le nom de César Borgia au poignard qu’il tient de la main droite, mais Borgia avait trop d’esprit pour vouloir d’un poignard dans son portrait; ce n’est pas là un ami que l’on avoue.
J’ai rencontré, je pense, la vraie flgure de César Borgia à Milan, chez M. le Comte Borgia; cet homme aimable a fait copier par Palagi le portrait original qui est du Giorgion. Ce tableau de la Galerie Borghèse serait le moins bon de tous les ouvrages du maître.
Quelques Espagnols prétendent que ce portrait a été fait par un de leurs compatriotes, éléve de Raphaël , ils le reconnaissent à la forme des mains.