‹ Idées italiennes sur quelques tableaux célèbres, par A. ConstantinChapitre 51 sur 89 · GALERIE CAMUCCINI · texte numérisé non relu

GALERIE CAMUCCINI

J’ai parlé plus haut du petit Raphaël qui fait la gloire de cette Galerie.

Elle possède un autre chef-d’œuvre, c’est le tableau de Jean Bellin, représentant le repas des Dieux, ou plutôt une halte de Bohémiens; le paysage est de la main du Titien élève du Bellin.

Ce tableau est l’un des cinq ou six beaux paysages qui existent au monde. Il est impossible de pousser plus loin l’imitation de la belle nature, de la nature comme nous la voyons dans les jours de bonheur. Les tons vert foncé qui se trouvent dans l’ombre sont d’une transparence extraordinaire, d’une grande vigueur, et cependant nullement durs. Effet incroyable du soleil qui brille sur les fabriques placées au sommet d’une colline. Ce paysage

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vient tout de suite après le Moulin de la Galerie Doria.

Ne pas oublier dans le nombre des bons tableaux de la Galerie Camuccini un superbe coucher de Soleil par Claude Lorrain.

En commençant une journée de beau soleil, le voyageur doit aller voir le Paysage Camuccini, puis le Moulin au Palais Doria, et ne plus s’occuper d’arts le reste de la journée.

Dix tableaux de Charles Marate, du Cavalier d’Arpin, de Cirro Ferri, d’André Sacchi ou d’autres êtres de cette force, empêchent l’esprit de découvrir les beautés d’un chef-d’œuvre vû quelques heures auparavant.

En terminant ces notes rapides sur les chefs-d’œuvre que l’on voit à Rome, il y aurait de l’injustice à moi de ne pas rendre hommage au noble procédé d’un artiste du premier mérite. Tandis que de nobles personnages refusent de laisser voir au public, même une fois par mois, les chefs-d’œüvre que les personnes dont ils ont hérité demandaient aux grands artistes leurs contemporains, M. le Baron Camuccini déserte

GALEmK CaMTICCINI.

sa maison tous les Dimanchos, afin que le public puisse admirer à loisir, le sublime Paysage de Jean Bellin et du Titien, la Madonne de Raphaël, et les autres tableaux du premier mérite qu’il a eu le bonheur de réunir.

GALERIE BISENZO

Si la Galerie du Comte Guido di Bisenzo n’est pas très-nombreuse, du moins l’œil du voyageur n’y est point fatigué par ces médiocrités sans nombre qui l’assiègent ailleurs, car à Rome le pauvre étranger est soumis à l’abominable prévenance des Custodi, et ces gens ont juré de ne pas laisser passer une croûte sans la décrire, et sans citer les sommes qu’on en a refusé d’un Anglais.

La collection Bisenzo est vraiment la Galerie d’un homme de goût.

Dans le petit nombre de tableaux fort remarquables que le Comte Guido a réunis, tout en ne disposant que d’une fortune particulière, je ne citerai que la Prédication de S.‘ .lean du Poussin.

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On chercherait vainement ailleurs un tableau de ce maître d’un mérite supérieur, ou d’une conservation aussi parfaite.

La composition est comme on sait une des grandes parties de l’art, le Poussin y excellait et dans aucun autre de ses tableaux l’art de composer ne brille comme dans ce S.' Jean.

Le Précurseur est d’un admirable dessein ; le peintre a trouvé un moyen fort naturel et trèsr-original de le détacher sur un fond clair, il a placé au milieu du tableau une grotte formée de beaux rochers qui servent de fond; le reste du paysage est digne en tous points du Poussin qui fut supérieur en ce genre.

J’admire la grâce de cette jeune Femme qui écoute l’homme éloquent, les mains croisées sur le genou. Elle fait un beau contraste avec la femme âgée qui parait derrière elle; touchée jusqu’au transport des paroles du Saint, cette femme s’incline pour baiser respectueusement une partie de son vêtement. Quant à la jeune mère sur le devant du tableau, c’est un souvenir du Dominiquin auquel le Poussin rendait

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justice; c’était un mérite en 1660, le peintre de Bologne ne fut à la mode que bien plus tard.

Ce qu’il y a de bien remarquable dans ce cbef-d’œuvre, et qui je p«inse étonnera fort les curieux, c’est la couleur; elle est comparable à tout ce qu’il y a de mieux en ce genre.

Ainsi le Poussin comme coloriste doit occuper une place bien supérieure à celle qu’on lui assigne généralement.

Mais il était pauvre; les tableaux de lui, que l’on rencontre ordinairement , ont été peints sur des toiles rouges, qui ont repoussé et détruit toute l’harmonie de la couleur; c’est ce que l’art ne peut trop regretter.

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