‹ Idées italiennes sur quelques tableaux célèbres, par A. ConstantinChapitre 70 sur 89 · I»E LA PEINTURE SUR PORCELAINE · texte numérisé non relu

I»E LA PEINTURE SUR PORCELAINE

Mais plaindre n’est pas tout, il faut savoir cuire. Quoique j’aie fait bien des expériences je n’ai jamais pû parvenir à être exactement certain de l’effet que le feu produirait, j’ai eu bien des regrets de n’avoir pû apprendre plus de physique, et d’électricité dans ma première jeunesse. D’un jour à l’autre l’effet de deux feux, les mêmes en apparence, est fort différent.

Les peintures de grande dimension que j’ai exécutées en Italie ont dû être cuites à la Manufacture Royale de Sèvres, qu’on juge des soins de toute nature pour le transport, des difficultés de Douanes, etc. etc., il faut une patience infinie.

L’Ecole d’Athènes, par exemple, a fait une première fois le voyage de Rome à Paris comme ébauche. Revenue à Rome, je l’ai peinte en retouche, il a fallu l’envoyer à Sèvres une seconde et môme une troisième fois.

Les embarras étaient si grands, que je me suis déterminé à apprendre l’art de cuire la porcelaine, à Paris. En Italie j’ai fait exécuter des fours avec des difficultés infinies, car je ne

302 DE LA PEINTURE SUR PORCELAINE, trouvais aucun secours. C’est dans ces fours que j’ai fait cuire les copies de la Transfiguration et de la Vierge de Foligno (maintenant à Genève), ainsi que les deuxThétis, la Madelaine, et la Nymphe sortant du bain, ouvrages de ma composition.

Le lecteur ne saurait se faire d’idées des difficultés qu’on rencontre et de la patience qui est nécessaire, surtout pour copier des fresques, placées le plus souvent dans un mauvais jour et très-haut, il faut nécessairement élever un échaifaudage fort incommode, et peindre dans une situation bien gênante, avec une lumière ou faible, ou souvent placée de manière à fatiguer extrêmement la vue. Et quand le spectateur trouve dans un de mes tableaux une petite partie dont la teinte n’est pas juste, il doit penser à la peine qu’a eu le malheureux artiste et au degré de feu convenable, que peut-être il n’a pas été possible d’obtenir.

La nuance des couleurs avant le feu est fort différente de celle qu’elles présentent après le feu , j’ai vû toutes les couleurs de chair d’un tableau sortir de couleur nankin dans le second

DE LA PEINTURE SUR PORCELAINE. 303 feu. Si ces difficultés sont immenses pour un ouvrage de deux ou trois figures, que ne deviennent-dles pas pour un tableau de 57 figures comme l’Ecole d’Athènes : telle main touche à un manteau bleu, par exemple: et la couleur bleue est ennemie de la couleur de chair, et la détruit entièrement. Je prends l’exemple d’un manteau bleu parceque c’est la couleur qui m’a donné le plus de mal. L’on peut observer que dans toutes les peintures sur porcelaine, les bleux sont toujours d’une teinte crue, qui nuit à rhammnie, c’est la conteur qui m’a donné le plus de peine pour parvenir à la rompre ou à l’atténuer ; et pour mon malheur tous les bleux des fresques de Raphaël dans les chambres ont été entièrement changés, soit par l’efièt du tems, soit par l’effet des grands feux que les soldats Luthériens allumèrent au milieu de ces chambres en 1527 lors de ce pillage de Rome que Charles V laissa durer six mois. U fesait faire des processions en Espagne pour demander à Dieu la délivrance du Pape que ses troupes retenaient prisonnier.

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