CHAPITRE VINGTIÈME
Pasticulautés sdh l£s Chambhes DD Vatican.
Les détails donnés jusqu’ici sur Raphaël et ses œuvres, auront augmenté, je l’espère, l’intérêt que ce grand homme inspirait au le- ('teur. C’est ce qui me donne le courage de placer ici, quelques observations qui auraient pù sembler minutieuses dans les premiers chapitres de ce petit ouvrage.
Il est des journées à Rome, où le voyageur le plus intrépide se trouve saisi d’une certaine lassitude d’admirer ; la plupart du tems cette situation de l’âme est suivie du regret des petites jouissances de vanité, et de sociabilité
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306 SUR LES CHAMBRES DU VATICAN, que chacun de nous a laissées dans le pays qu’il habite, lorsqu’il s’est acheminé vers la ville éternelle. Le lendemain d’une journée ainsi passée , l’on se trouve un esprit minutieux et fort éloigné d’un enthousiasme aveugle pour le beaux arts. Cette situation de l’âme est voisine de l’ennui : hé bien , dès que vous appercevez de trop près ce monstre hideux, dites vous qu’il est de votre devoir de mettre à profit votre séjour à Rome où vous ne reviendrez jamais.
Allez si non admirer, du moins étudier ces choses, que même les esprits les plus hypocrites et les plus tristes placent au premier rang parmi les ouvrages des hommes.
Montez aux chambres du Vatican, et vérifiez froidement, comme s’il s'agissait des pièces d’une comptabilité, si les particularités suivantes sont bien observées. Surtout n’admettez que ce qui est évident pour vous ; en fait de beaux arts, la croyance, à ce que l’on n’a pas vérifié, est le grand chemin de la sottise.
Kcole ü'Athknhs.
Si l’on monte jusqu’au sommet d’une de ces échelles de meûnier, employées par les artistes (|ui font des copies, dans les chambres de Raphai'l on se convaincra en empruntant s’il le faut le secours d’une loupe, que beaucoup des morceaux peints par Raphaël ne sont pas à bon fresque; c’est-à-dire peints en un jour sur le crépi de mortier récemment appliqué, de façon que les couleurs à l’eau sèchent avec le mortier .
Les détails de l’architecture de l’Ecole d’Athènes furent peints après que le mortier était sec c’est-à-dire à fresco secco. II parait que les couleurs employées furent transparentes comme celles de l’acquarelle. Vous remarquerez dans le turban d’Averoès et dans les draperies blanches, que presque toutes les ombres ont dispa-
ru ; apparemment elles n’avaient pas été peintes
à bon fresque.
Les bleus sont altérés de telle sorte qu’ils .sont tous au même plan. Plusieurs couleurs ont l’air sale, ce qui révolte les dames, elles prennent la fuite, et vont admirer quelque copie enluminée.
Une dame célèbre par ses millions, a trouvé cet hiver, que toutes les Eglises de Rome se ressemblent, et n’a voulu entrer que dans S.‘ Pierre, dont les colombes en marbre blanc sur fond rouge l’ont charmée.
Attila marchant a la destruction de Rome.
Cet admirable ouvrage fut restauré immédiatement après le sac de Rome de 1627; il avait particulièrement excité la colère des soldats luthériens qui croyaient se reconnaître dans les barbares à la suite d’Attila. Puis en 1702 le Maratte se fit donner l’ordre de le restaurer.
Il est facile de reconnaître dans cette fresque, le coup de pinceau de chacun des élèves de Raphaël.
Le spectateur apperçoit à sa gauche, tout près du cadre, deux Cardinaux à cheval ; l’un est peint sur le mortier frais, c’est-à-dire à bon fresque, l’autre est peint sur le mortier sec et au moyen d’une foule des traits ou hachures comme un dessein. Dans les parties nues les hachures suivent la direction des muscles.
310 Al'TILA MARCHANT SUR ROME.
Le fond chargé de détails intéressans, offre beaucoup das retouches à la detrempe et à la colle, les unes exécutées sous la direction du Marattc, et les autres remontant jusqu’aux tems de Sébastien del Piombo.
Le Massier à cheval qui offre, dit-on, les traits du Pérugin menace ruine.
Tous les accessoires et beaucoup des figures sont de Jules Romain.
Vous remarquerez plusieurs retouches considérables dans la tête et dans la cuirasse de ce soldat qui retient le cheval d’Attila.
Enfin le premier soldat monté sur un cheval blanc, me semble tout entier de la main de Raphaël lui-même.
Je supprime deux pages de détails de ce genre.
Miracle de Bolsénk.
Le Maratte était un de ces artistes, grands feseurs de visites, nés pour réussir dans les cours, et non pour sentir Raphaël; il obtint l’entreprise de retoucher les chambres en 1702, à l’âge de 77 ans.
On peut supposer qu’appesanti par un grand âge il montait peu souvent sur les échafauds, et que les restaurations qui nous choquent furent exécutées par des élèves non surveillés.
Dans les endroits où le crépi se séparait du mur, le Maratte le rattacha par de longs clous de fer, il employa la même méthode à la Farnesina.
Toute l’architecture assez compliquée, du Miracle de Bolsène, a été repeinte par cet homme ou par ses élèves.