‹ Idées italiennes sur quelques tableaux célèbres, par A. ConstantinChapitre 78 sur 89 · MADON'NES DE HAPHAÊL · texte numérisé non relu

MADON'NES DE HAPHAÊL

toutes les phrases qui lui ont fait plaisir, quand il était au nord des Alpes. Il n’a qu’à songer un instant, aux énormes bévues des littérateurs qui ont voulu parler de Rome; si l’on s’est trompé sur quelque chose d’aussi matériel, que le nombre des lacs de cette charmante montagne produite par le volcan d’Albano, et qui semble sortie des eaux pour faire point de vue au Palais du Vatican, que sera ce lorsqu’il s’agit de l’expression des têtes de Raphaël? L’obseï^ vation personnelle la plus mince, vaut mieux pour nos plaisirs, que la plus belle phrase soigneusement apportée de Paris.

J’ai copié dans l’Album d’une étrangère qui en 1839, venait tous les jours, au Vatican, les pages suivantes que j’ai un peu arrangées, je l’avoue, pour leur faire rendre tout-à-fait ma pensée.

Les Madonnes de Raphaël charment nos regards et notre âme, c’est l’apparition d’un être qui n’existait point avant lui, et que depuis aucun peintre n’a reproduit. Cet être tient effectivement le milieu entre nous autres hommes et la Divinité.

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S’il tist permis de parler en termes vulgaires et humains, des Madonnes de Raphaël, je dirais que ces êtres sublimes sont des essais de beauté, des éludes.

Raphaël rencontrait une belle 611e. A propos de cette tête charmante, se disait-il, et en partant des beautés qu’elle réunit, cherchons la beauté parfaite.

D’abord il s’agit d’ôter les imperfections, puis de voir s’il ne serait pas possible d’ajouter quelque beauté, mais il faut qu’elle ne contrarie pas celles que nous admirons déjà. Chacune de ses Madonnes si nombreuses ( environ 200) fut pour lui un voyage de découvertes dans le pays de la beauté.

Si l’on veut y réfléchir avec quelque suite, l’on verra que les passions éclipsent la beauté ; pour être visible la beauté sublime doit être exempte de passions violentes.

Telle est l’heureuse position de la Madonne régardant son Fils. Tout au plus quelquefois elle songe aux terribles prophéties que l’Enfant divin doit accomplir, mais enOn il doit triompher.

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Ces êtres sublimes créés par Raphaël, ne parlent presque pas à la partie vulgaire de notre âme, et je vois des foules de spectateurs qui sans le nom du grand peintre ne trouveraient rien que d’ennuyeux dans ses Madonnes si vantées.

En presenœ d’un de ces chefs-d’œuvre, si l’âme n’était pas ravie, si l’on pouvait songer distinctement aux choses vulgaires de la vie, on désirerait être admis dans la société d’une telle femme, mais après avoir eu ce bonheur, l’âme se trouverait comme opprimée par le respect.

En voyant la Madonne du Gorrége ( à la Bibliothèque de Parme), le cœur est enflammé par les idées les plus ravissantes, l’on songe au caractère si touchant de l’Héloïse d’Abeylard, et au mot célèbre sur la femme de l’Empereur .\uguste.

Le Corrège est plus humain, et nous touche de plus près (si le Corrège ne plait guères en France, c’est que la place est prise par un peintre national, par Boucher).

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Les .Madonnes de Raphaël nous enlèvent hors de nous mêmes, c’est l’excès du genre admiratif; or cet effort ne doit pas se renouveller trop souvent. J’ai remarqué que l’on n’aime pas à voir de suite, trois ou quatre Madonnes de Raphaël. M. Passavant compte je pense 180 ou 200 Madonnes réellement différentes, de Raphaël.

Ce grand homme, mort à 37 ans, a laissé ces Madonnes, outre le nombre l’on peut dire infini de ses tableaux.

Il corrigeait rarement une chose mal venue; voyez la main gauche de la Fornarina au Palais Barberini. (^ette âme, devorée du besoin d’agir, ne connaissait point la savante hésitation des modernes.

Les têtes de Raphaël même les plus parfaites, qui sont peut-être celles des Cartons d’Hamptoncourt, peignent plutôt la manière dont une àme noble ckeixhe habiluellemenl le bonheur, que le transport desordonné d’un être trop voisin d’un malheur extrême, ou d’un bonheur

parfait. En un mot Raphaël {>eint plutôt le cari

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ractére que les passions ; son triomphe c’est un noble caractère remué par une nuance légère de passion.

Si les arts dont Raphaël s’occupait ne peuvent pas rendre le point extrême d’une passion, c’est que certaines positions de la figure humaine ne doivent pas être regardes trop longtems.

C’est la déclamation de Talma, c’est la mimique des Ballets de Vigano, c’est la danse de M."' Elsler qui s’emparent de ces positions extrêmes. La peinture, la sculpture, le chant ne peuvent y toucher.

Ceci convenu , est-il possible à la peinture d’approcher de plus près des momens de passion extrême, que ne l’a fait Raphaël?

Je réponds par la Judith du Dominiquin à la Villa .\ldobrandini et par la S." Cécile à moitié massacrée , et le cou sanglant, de S.' Louis des Français.

Je croirais que les arts du dessein ne peuvent rendre que les malheurs que l’être humain voit réfléchis dans .son âme, et non le malheur vu directement dans la nature.

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Pour prendre un exemple grossier, el un malheur que tout le monde comprôm;, la vue de la mort qui va nous saisir dans un instant, souvent fait faire une grimace qui devient ridicule si l’imitation de l’art dure plus d’un quart de seconde.

Mais les arts du de.ssein peuvent essayer la figure de Didon pallida morte fulurâ.

Le Guerchin a fait de Didon sur son bûcher, une femme triste et rien de plus (Palais Spada). Toutes les Cléopatres, toutes les Lucrèces du Guide, et de tant d’autres, ne sont que des femmes tristes. Personne n'a pû approcher de la S.'* Cécile de S.' Louis des Français.

Les Carraches et leur écoliî ont fait quelques Saints François contrits.

Prenez la tête du S.‘ Jean écrivant son Evangile (l’un des Pendentifs de S.' André délia Valle), et cherchez une tète à mettre à côté, pour Vidée du ravissement imprimée dans votre âme.

Vous ne trouverez absolument que la Madonne du Corrège à la Bibliothèque de Parme.

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Voyez à quelle énorme hérésie nous .sommes arrivés : Raphaël surpassé dans l’expression. Mais personne ne l’égale jwur l’expression des nuances de passion.

M. Passavant, peintre de Francfort, a voyagé pendant huit année, je l’ai rencontré plusieurs fois; puis il nous a donné l’indication exacte des lieux où se trouvent chacun des ouvrages de Raphaël.

Ce livre, qui n’est pas encore traduit, est peut-être le plus grand service que l’on put rendre aux arts avec de l’encre.

Ne jugez pas des tôles d’Hamptoncourl par les lourdes et plates gravures que l’on vient d’en faire, il y a quelques années. J’aime mieux les anciennes de Daligny.

Quelle différence pour la gloire de Raphaël si au lieu de travailler à des sujets antipittoresques, il eut eu l’idée de représenter les imaginations singulières de .son ami le poète Arioste !

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