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I. DU ROLE COMPARE DES TROIS SORTES DE SIGNALEMENT

Le colla tionnement des marques particulières, quand le relevé primitif en a été fait conformément aux principes de description et de localisation rigoureuses que nous venons d^ndiquer dans le chapitre précédent, entraine avec lui une certitude d'identité bien supérieure à celle qui résulterait de la seule concordance des observations anthropométriques.

La notation des signes individuels serait môme appelée à remplacer complètement la mensuration, n'étaient les difficultés inextricables que présenterait une classification basée sur les particularités. Quel ordre, quelle hiérarchie, accorder à chacune d'entre elles, étant donné que leur nombre va toujours en augmentant de la naissance à la mort, que certains sujets en sont presque complètement dépourvus, tandis que d'autres en offrent une telle multitude qu'il est presque impossible de les relever toutes ?

Ainsi un signalement par le moyen des marques particulières viendra très utilement en aide à un signalement par longueurs osseuses, mais sans jamais pouvoir le remplacer. L'anthropométrie, qui est un mécanisme d'élimination, démontre avant tout la nonidentité, tandis que Videntité directe est aflirmée par les marques particulières qui, seules, peuvent donner la certitude judiciaire.

Nous sommes maintenant à même de jeter un coup d'œil d'ensemble sur le rôle qui incombe dans l'organisme de répression sociale au trois sortes de signalement.

Un malfaiteur en état de liberté, se rend coupable d'un crime»

tXVi INTRODUCTION

C'est à la police à reconstituer son signalement descriptif au moyen de toutes les observations qu'elle pourra se procurer, pour arriver à le reconnaître dans la foule des humains et à Tarrêter.

Aussitôt le sujet soupçonné arrête, le signalement anthropométrique intervient pour fixer son individualité ; reconstituer la série do ses anciens écrous, s'il est récidiviste ; lui assurer au contraire, en toute connaissance de cause les atténuations de la loi, s'il est nouveau. Le signalement anthropométrique permet, et il est le seul jusqu'ici à permettre, étant donné un sujet, de retrouver son nom. Il remonte dans le passé et assure l'avenir.

C'est donc un signalement exclusivement pénitentiaire dont la vertu ne peut s'exercer qu'entre les murs d'une prison. En dehors, sur la place publique, par exemple, il est impossible de l'appliquer tel quel ; tout au plus peut-on en extraire pour le signalement descriptif, quelques indications complémentaires, comme la hauteur de la taille, la hauteur du buste, ou la longueur du pied ou des doigts quand les dimensions en sont exceptionnellement petites ou grandes.

Quant au signalement à Taide des particularités, sa fonction est de mettre hors de discussion les résultats amenés par les deux autres.

Les exemples ne sont pas rares où les trois signalements jouent ainsi leur rôle successivement, tout en concourant au môme but, F exécution de la loi pénale : le signalement descriptif pour l'arrestation, le signalement anthropométrique pour la reconstitution des antécédents et le signalement h l'aide des particularités pour ]a confirmation de l'identité, soit que ce dernier intervienne aussitôt après (ou même avant) l'arrestation soit seulement après une identification anthropométrique ( i ).

On peut dire, en empruntant la langue des mathématiciens, que le rôle de l'anthropométrie est la réciproque de celui de la description. En eflet, ici nous avons un signalement qu'il tious faut appareiller avec l'un des loo.ooo individus libres d'une ville; là, nous

(t) L'arfestation du trop célèbre critniiidl K.. dit î\.., dont il a été tank pwU au cotntiieti> cernent dd cctlc auuéc, fournit un exemple frappant du rùlo spécial qui incombe à chacune des trois parties de notre signalement. — Les brigades politiques de la t'réfecture de police habilement dirigéen fl;yant appris que l'auteur des cxploMons d'avril 1891 devait i^tre un certain H.., qui avait déjà eu maille à partir avec la justice, notamment en 1890 à Saint-Ktionne, où il avait subi une détention de huit jours sulvlo d'ub non-lloU, pour émission de fausses monnaies, la copie de na fichi> signalétique relevée ù cotte époque fut requise immédiatement au répertoire alphabéliquf*. Il se trouva quVlle avait été confec-

PARALLÈLE ENTRE LES THOW SIGNALEMENTS LXVn

avons un individu détenu qu'il nous faut appareiller avec l'un des loo.ooo signalements de nos greffes : la description désigne tindi-vida étant donné le nom (et le signalement correspondant); Fan-^ thropométrie procure le nom, étant donné F individu.

Ces résultats sont confirmés par le signalement au moyen des particularités, soit dans le cabinet du juge d'instruction, soit devant le Tribunal: c'est le signalement judiciaire, proprement dit. C'est ainsi qu'on retrouve dans les trois parties du signalement les trois grandes divisions de l'autorité répressive : Sûreté publique, Administration pénitentiaire et Justice.

Nous n'avons tant insisté sur ce point que ^arce qu'il donne lieu encore maintenant à de fausses interprétations.

Combien de fois ne nous a-t-il pas été donné d'entendre des gardiens de prison déclarer que leur signalement était le descriptif, et qu'en faisant de l'anthropométrie, ils faisaient l'ouvrage de la police ; tandis que c'est juste l'inverse qui est la vérité, nous croyons ravoir démontré péremptoirement.

Par contre il ne se passe pas d'année dans les pays où l'organisation anthropométrique est encore en discussion, où les journaux ne publient quelque consultation de policiers éminents, déclarant gravement qu'ils ne sauraient comprendre en quoi l'anthropométrie pourrait leur être de quelque utilité pour Tarreslation des criminels en fuite.

Voici un avis que nous sommes bien près de partager.

tiotuiée trèfe coniciencleuêotnent ot irèi einctetnent par M. Moulin, alors gardien-oominisgreffier dans celle ville, elqni fut, pour ce fail, nommé depuis gardien-chof. Ce sienale* menl traduit aussitôl en langue usuelle par les soins du juge d'instruction , M. Allhalln, fut communiqué à 1a presse. Or, log témoins de Tarreslation et en particulier le garçon du café où elle a eu lieu ont été unanime» à déclarer durant l'instruction et devint la Cour d'tMiiM qu'ils ne le lonl décidée à informer le commiisaire de polloe de la préMnoe de ce criminel dans le débit, qu'après avoih rkl'j dans Le Petit Journal le signalement aoMtiuiitQU^ et s'être assuré notamment, à Tlnsu de leur client, que oe dernier présentait réellement au front et au dos do la main les deux cicatrices mentionnées. Il est certain qu'ils n'auraient pas été aussi loin, si le relevé des particularités n^était venu & point pour transformer leurs présomptions en certitude.

Si maintenant nous recherchons les circonstances qui ont précédé et motivé les premiers soupçons, il ressort du récit des témoins que, dans cette arrestation, ce sont les eitravagantj» propos tenus par l'anarchiste qui ont attiré sur lui l'attention dos personnes présentes. Ce sont donc ces propos qui en cette circonstance ont joué le rôle qui incombe théoriquement au signalement descriptif» lequel embrasse d'ailleurs tout l'individu, son phjrsique comme son moral, son allure, son langage, ses goûts cl ses passions.

Avons-nous besoin de dire aut <( initiés -» que, dans l'état actuel des choses et étant donnée rimperfoction des sigoalomonts mis d'habitude ù la disposition de4 professionnels euxniômes, il n'y a pus un seul exemple véridique d'une arrestation déterminée uniquement par la description physique du sujet. I^s seuls facteurs réellement actifs étaient, jusqu'à présent, ou l'allure suspecte et la maladresse du fugitif, ou plus souvent encore, quelque dénonciation anonyme très explicite.

LWiii INTRODUCTIOX

Ajoutons pourlanl que, dans les villes où ranthropomélrie fonctionne bien , la police est la première à tirer profit des renseignements d'identité qui lui sont fournis par ce canal. A Paris, notamment, elle ne manque jamais d'y conduire ce qu'on est convenu d'appeler les grands criminels, avant même de les faire ocrouer au Dépôt.

Puis n avons-nous pas démontre plus haut que l'adoption de la méthode anthropométrique entraînait une réforme concomitante dans les procédés de description signalétique en usage dans les prisons et que là, plus encore, l'avantage que la police était appelée à en tirer (aussitôt qu'elle sera familiarisée elle- même avec la façon de s'en servir) était évident et aura dans l'avenir des conséquences plus importantes encore.

Aussi, tout en maintenant au signalement anthropométrique son caractère pénitentiaire, n'avons-uous été nullement étonné de voir les polices dn grandes capitales comme Saint-Pétersbourg, Chicago, Buenos -Ayres, Genève, prendre l'initiative de l'organisation d'un service anthropométrique analogue à celui de Paris.

2. ORGANISATION DU SERVICE d'iDENTIFICATION DE LA PRÉFECTURE DE POLICE

A la Préfecture do police de Paris les signalements sont relevés et classés par des employés spéciaux.

Sont soumis à la formalité de l'identification tous les sujets écroués au Dépôt depuis la veille.

Chaque fiche signalétique individuelle est recopiée à une expédition.

La copie est immédiatement classée dans le répertoire anthropométrique dont nous avons expliqué plus haut le système d'élimination tripartile, tandis que la fiche originale est classée alphabétiquement, d'après l'orthographe (ou plus exactement la phonation) du nom propre déclaré par le sujet.

La fiche à classer anthropométriquement est d'un centimètre moins haute que l'alphabétique, de façon à prévenir toute confusion et à empêcher notamment que les deux fiches jumelles ne viennent par distraction à être classées dans le même répertoire.

La classification alphabétique est le pendant nécessaire du répertoire anthropométrique et cette comptabilité en partie double est absolument indispensable.

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