DuHEM. Le Mixte. Paris, 1902, p
2. Cf. RosENBERGER. Geschicfile der Pliysik, vol. II, p. 345-348.
3. Lavoisier et Laplage. Mémoires sur la chaleur. Lavoisier, Œuvres, Paris, 1862, vol. II, p. 285-286. Cependant les auteurs ne formulent ces suppositions qu'avec une certaine réserve, les présentant comme équivalentes, tout au plus, à la théorie de la chaleur-fluide. On sait d'ailleurs que Lavoisier inclinait manifestement vers cette dernière hypothèse (Cf. plus haut, p. 151).
masse de chaque molécule par le carré de sa vitesse, c'est-àdire la « force qui résulte des mouvements insensibles des molécules d'un corps ».
Au commencement du xix" siècle, Rumford et un peu plus tard Humphry Davy S à l'aide d'expériences directes qui ont un grand retentissement, démontrent la transformation du mouvement en chaleur. Fresuel, dans un ouvrage de vulgarisation, affirme nettement que « la quantité de forces vives qui disparaît comme lumière est reproduite en chaleur* ».
D'un autre côté, Lazare Carnot formule le concept de force vite latente^ y que Poncelet précise en l'appelant travail* — concept identique à celui que nous désignons actuellement comme énergie potentielle.
Dès lors, réclosion du principe est toute préparée. En 1839 un ingénieur, Séguin, dans un ouvrage sur la construction des chemins de fer, formule^ pour ainsi dire en passant, des idées qui s'en rapprochent beaucoup '.
Antérieurement à Séguin, le puissant esprit de Sadi Carnot avait clairement conçu le principe dans toute son étendue et calculé un chifire pour l'équivalent mécanique de la cha-
1. D'après M. Poincaré {Thermodynamique, p. 28) rexpérience de Rumford n'était pas absolument concluante. On peut d'ailleurs voir chez Biot, Précis élémentaire de physique expérimentale^^* éd., Paris, 1820-21, vol. II, p. 683, comment la science contemporaine s'accommodait de cette expérience.
2. Nous citons d'après Bohn, Notice sur la théorie mécanique de la cha^ leur. Annales de Chimie et de Physique, 4* série, vol. IV, 1865, p. 280. Nous n'avons pas réussi à retrouver le traité de Frbsnbl Sur la chaleur, qui n'a pas été compris dans l'édition de ses œuvres (Paris, 1866-1870).
3. LvzAimE Caiinot. Principes fondamentaux de l'équilibre et du mouvement. Paris, an XI, 1803, p. 37.
4. Poncelet. Introduction à la mécanique industrielle physique ou expéiHmentalcy 2" éd. Metz, 1841, §138 : a L'eau renfermée dans le réservoir d'un moulin représente un certain travail disponible ^ qui se change en force vive quand on ouvre la vanne de retenue; à son tour, la force vive acquise par cette eau, en vertu de sa chute du réservoir, se change en une certaine quantité de travail, quand elle agit contre la roue du moulin, et celle-ci transmet ce travail aux meules, etc. qui confectionnent l'ouvrage. »
5. Ségui.n aîné. De Vinfluence des chemins de fer et de l'art de les tracer et de les construire. Paris, 1839, p. 382. a Comme la théorie actuellement adoptée conduirait cependant à ce résultat (se. au mouvement perpétuel) il me paraît plus naturel de supposer qu'une certaine quantité de calories disparaît dans l'acte même de la production de la force ou puissance mécanique, et réciproquement ; et que les deux phénomènes sont liés entre eux par des conditions qui leur assignent des relations invariables. »
LA DÉMONSTRATION EXPÉRIMENTALE i75.
leur. Mais ces découvertes, par suite de la mort prématurée du grand théoricien, sont restées enfouies dans ses notes manuscrites qui n'ont été publiées qu*en 1871 K
En dépit de tout, la théorie de la chaleur-matière restait dominante. Sadi Carnot, dans son célèbre opuscule paru en 1824, avait fondé ses recherches sur cette conception. a La production de la puissance motrice, dit-il, est due, dans les machines à vapeur, non à une consommation réelle du calorique, mais à son transport d'un corps chaud à un corps froid*.
Le travail de J.-R. Mayer ^ paru en 1842 est la première en date des publications sur le principe de la conservation de rénergie, dans son sens actuel. Les travaux de Coldingsont à peu près contemporains de ceux de Mayer, mais ont été publiés un peu plus tard^ L'attention du monde savant ne fut attirée cependant que par les recherches expérimentales de Joule, dont la première publication date de 1843*. Le travail deHelmholtz', publiéen 1847 et qui donnait une interprétation mécanique complète du principe, contribua à assurer son triomphe.
La conservation de l'énergie est-elle une loi empirique ? Les physiciens ont quelquefois trouvé commode de la traiter comme telle; mais M. H. Poincaré, en procédant ainsi, a eu soin d'avertir le lecteur que cette conception n'est pas conforme à la vérité historique \ En efiet il faut alors, négligeant complètement le développement que nous avons tenté de retracer, prendre pour point de départ les travaux de Joule, en les considérant, non pas comme une vérification du principe (ce qulls étaient en réalité), mais comme une démonstration
1. Cf. PoiNCARÊ, l. c, p. 51. Ces notes ont été reproduites dans la 2* édition des Réflexions. Paris, 1878.
2. Sadi Carnot. Réflexions suj* la puissance motrice du feu. Paris, 1903, p. 10. Dans les dernières pages de ce travail, Carnot exprime des doutes sur la légitimité de cetle conception (cf. plus bas, p. 186). Ces réserves ont passé inaperçues.
3. J-R. Mayer. Demerkungen ueber die Kraefte der unbeleblen Nalur. Liebig's Annalen, vol. XLII, 1842.