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LiPPMANN, l. C, p. 3c

â, M. J. Perrin. Traité de chimie physique. Paris, 1903, p. 16, formule cependant expressément cette ccmdition.

3. R.-W. BcNSEN. Ueber die Verdichlunff der Kohlensœure an blanken Glasflaechen. Poggcndorfs Annalen vol. XX, 1883, p. 55K. M. Bkrthelot. Comptes rendus de l'Académie des sciences, vol. CXL, 1905, p. 817,1253.

4. Cf. W. Spring. Propriétés des solides, etc. Congrès de physique de 1900, vol. I, p. 421 et Dastre. La vie et la mort, p. 26i.

Meyerson. 12

178 LA CONSERVATION DE L É.\ER(ilE

accrue pour être obligés de formuler des réserves analogues *.

Que devrait être en réalité une démonstration expérimentale valable de la conservation de l'énergie ? Il faudrait une série considérable d'expériences démontrant qu'à travers toute sorte de transformations, dans les conditions les plus diverses, les différentes formes de Ténergie se transforment Tune dans l'autre d'après des équivalents restant constants, dans les limites des erreurs des instruments de mesure. C'est, semble-t-il, à une démonstration de ce genre que pensait Helmholtzen 1847 quand, après avoir fourni la double déduction dont il sera question pjus bas, il terminait en déclarant que <( la confirmation complète de la loi doit être considérée comme une des tâches principales que la physique aurait à accomplir dans les années à venir- ».

Or, aujourd'hui encore, la tâche ainsi comprise ne peut être remplie. Il n'est môme pas bien certain que, si nous pouvions très exactement mesurer toute l'énergie à nous connue et qui entre enjeu dans un phénomène quelconque, nous la trouverions vraiment constante; et ceci pour la raison bien simple que nous ne sommes nullement assurés de connaître toutes les formes de l'énergie. Pour affirmer le contraire, il faudrait que nous établissions entre les formes connues une relation d'où découlerait qu'elles sont les seules possibles. Or nous ne connaissons pas de relations de ce genre, ou plutôt celles que nous connaissons semblent indiquer qu'il doit y avoir de grandes lacunes dans notre savoir. Voici un faisceau de rayons solaires, c'est-à-dire de l'énergie de toute sorte qui nous vient du soleil, à travers l'espace ou le milieu semimatériel dont nous sommes forcés de supposer l'existence. Nous faisons passer ces rayons à travers un prisme; ils se dispersent et forment le spectre lumineux. Mais ce faisceau, nous le savons, contenait aussi des vibrations d'une fréquence plus grande et d'autres d'une fréquence moins grande que celle des rayons lumineux. En deçà des rayons rouges, il y a des rayons caloriques; et au delà des rayons violets, les ultraviolets, accusés par l'action chimique, les corps phosphorescents, etc. Pouvons-nous af Armer qu'il n'y a pas de vibrations

1. Notons, pour éviter tout malentendu, que la conservation de rênergio et celle de la masse ne deviendraient pas pour cela strictement analogues, 1 énergie ne pouvant pas être conçue comme la propriété d'un corps (cf. plus bas, p. 191). Notre observation ne porte que sur la condition d'isolement.

S. Helmholtx. WissensehafUiehe Abhandlurtgen. Leipzig, 1832, I, p. 67.

dans les rayons solaires, en dehors de celles que nous venons d'indiquer ? Cela n'est môme pas probable. En étudiant la situation des parties explorées du spectre, telle qu'elle a été dressée par exemple par M, Cli.-E. Guillaume S on peut se rendre compte que celles-ci sont arbitrairement distribuées. On arrive à une constatation analogue en étudiant les rapports entre l'électricité et les rayons du spectre. Entre les oscillations électriques les plus rapides d'une part et les ondes les plus longues du spectre, il reste un intervalle égala celui qui sépare les rayons ultra-violets et infra-rouges les plus distants.

A supposer que ces intervalles soient entièrement comblés, qui oserait affirmer qu'il ne peut y avoir de manifestations d'énergie en dehors de ceslimites ? Nous sommes entièrement ignorants de la nature du phénomène fondamental que nous supposons, à l'heure actuelle, électrique et que nous assimilons à une ondulation. On ne saurait donc prétendre a priori que l'éther soit incapable de développer de l'énergie sous une forme toute différente.

En réalité, notre connaissance des formes de l'énergie tient à des causes purement accidentelles, à ce que nous possédons des organes des sens pour la perception de certaines d'entre elles, et que, pour d'autres, nous avons découvert, plus ou moins fortuitement, des phénomènes qui les rendent apparentes, tels que l'action des rayons ultra-violets sur certaines substances chimiques. C'est ainsi, comme le fait ressortir M. Le Bon, que pendant vingt-cinq ans on a manié les tubes de Crookes et ignoré les rayons de Rœntgen. On les ignorerait toujours sans les plaques photographiques et la phosphorescence^. Il convient de se rappeler, à ce propos, combien est peu ancienne la découverte de l'électricité. Elle nous apparaît certainement aujourd'hui comme une des formes primordiales de l'énergie, voire même comme la forme primordiale. Or, elle date des travaux de Gilbert, c'est-à-dire de trois siècles à peine. La seule expérience électrique qu'aient connue l'antiquité et le moyen âge — la propriété de l'ambre frotté — paraissait une pure amusette ; y rattacher le phénomène grandiose de la foudre eût semblé le plus étrange des paradoxes. Ne serait-il pas téméraire d'affirmer que l'avenir ne nous réserve point de surprises du même genre? Les dernières découvertes

1. Ch.-E. Guillaume. VéchelU du spectre. Revue génépale des sciences, X, 1899, p. 7 ss.

S. a. Le Bon. Vévolulion de la matière. Paris, 1905, p. 120.

dans ce domaine, les ondes hertziennes, les rayons de Rœntgen, et la plus retentissante d'entre elles, celle des corps radioactifs, datent d'hier. On peut donc se demander légitimement si dans nombre de transformations il ne naît pas des formes d'énergie restées insoupçonnées jusqu'à ce jour; il est certain qu'en supposant même la constance de £, les résultats expérimentaux obtenus jusqu'ici et qui, nous l'avons vu, varient entre des limites relativement étendues, ne permettent pas d'affirmer que même les transformations que nous croyons fort bien connaître ne donneront pas matière à des découvertes de cette nature dans l'avenir.

Ainsi, tout comme pour le principe de la conservation de la matière, mais à un degré bien supérieur, nous constatons que la certitude dont nous paraît revêtu le principe de la conservation de l'énergie dépasse de beaucoup ce que sembleraient comporter les données expérimentales. Cette « position privilégiée » du principe a frappé très justement M. H. Poincaré^ Un autre maître de la physique contemporaine, M. Lippmann, en résumant les recherches sur l'équivalent mécanique de la chaleur, s'exprime en ces termes : <c Les écarts entre les diverses valeurs obtenues pour E sont toujours assez petits pour qu'on puisse les mettre sur le compte d'erreurs d'expériences... Une conséquence importante n'en découle pas moins de l'ensemble des déterminations qui ont été faites de E, c'est son invariabilité : il peut rester dans l'esprit quelque incertitude sur la véritable valeur de ce nombre, mais aucun doute n'est possible sur l'exactitude absolue du principe d'équivalence ^ » Il est évident que si les expériences ne peuventnous fixer sur la véritable valeur du nombre, elles peuvent moins encore nous démontrer qu'il est réellement invariable. Dès lors la conviction de l'exactitude absolue du principe doit provenir d'une autre source : nous avons vu que son historique concourt à cette démonstration.

De môme que pour la conservation de la matière, l'aprioricité de la conservation de l'énergie a été proclamée par les

1. II. PoiNCARK, /. c, p. VII. On peut ranger dans la même catégorie la déclaration suivante de M. IIelm. Die Lehre von der Eiiergie, historischkritiach entwickelt. Leipzig, 1887, p. 2 : « Mancher hat daher wohl dos Oefuehl, als sei die Unterlage eine unsichere, au f der das moderne Energiegesetz ruhl und als habe seine Entvncklung leichlferlige Schritte gemacht. » L'aveu est d'autant plus significatif qu'il émane d'un homme dont la doctrine exalte la portée du principe.

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