‹ Identité et réalitéChapitre 142 sur 274 · L ENONCE DE POINSOT · texte numérisé non relu

L ENONCE DE POINSOT

cer qu'un métal liquide et uu gaz incolore sont, ensemble, la même chose qu'une poudre rouge? Cest bien l'avis de M. Ostwald. Il ne s'agit pas, nous dit-il, d'une véritable égalité, mais seulement de corps qui, dans certaines opérations, peuvent se substituer mutuellement les uns aux autres sans que le résultat en soit modifié ^ On serait peut-être assez embarrassé d'indiquer l'opération où le mercure et 1 oxygène d'une part et l'oxyde de mercure de l'autre, pourraient se remplacer dans ces conditions, à moins qu'on ne veuille recourir préalablement à l'opération qui est précisément l'objet de l'équation. Mais est-il exact qu'en posant cette équation on pensât à la substitution en question ? Reportons-nous à l'époque où ce mode d'expression est né et s'est développé, et faisons complètement abstraction des théories plus récentes sur les équilibres chimiques et de ce que pouvaient contenir en germe les conceptions deBerthollet qui, on le sait, sont restées à ce point de vue à peu près sans action sur la marche de la science. Écrivons

Ba Ci^ + Na- SO' = Ba SO* + 2 Na Cl.

Il est incontestable qu'une réaction de ce genre, réaction qui parait s'accomplir rapidement et complètement dès que les corps dont les symboles sont inscrits à gauche du signe d*éga< lité se trouvent en présence dans des conditions convenables, représentait pour ainsi dire la réaction type ; il n'était nullement question que le sulfate de baryum et le chlorure de sodium pussent donner à leur tour du sulfate de sodium et du chlorure de baryum : cette supposition aurait au contraire semblé paradoxale à tout chimiste. Partout et toujours il était sous-entendu que le côté gauche indiquait le point de départ et le côté droit le point d'arrivée. L'équation exprime donc en réalité la marche dynamique d'un phénomène et non pas, contrairement à l'apparence, une relation d'équivalence entre deux états statiques. Cela est si vrai que, dans ses études sur les états d'équilibre, M. Van't HofI a remplacé le signe = par celui de ±=; afin de bien indiquer que la réaction pouvait s'opérer dans les deux sens, le signe d'égalité dans les équations chimiques ayant acquis irrémédiablement le sens d'une action dans une direction déterminée, de gauche à droite.

1. W. OaTWALD. Vorlesungen uebei' Nalurphilosophie, 2* éd. Leipzig 1902, p. 114, 225-226.

Cela dit, commeul se fait-il qu'où ait cru pouvoir se servir du signe eu question ? Évidemment une flèche — ► eût exprimé beaucoup mieux le sens de la relation. Et comment expliquer que ce terme d'équatiou, si impropre en l'occasion, ne nous choque point? C'est qu'au delà, au-dessous du phénomène produit, du phénomène apparent, nous croyons voir autre chose ; nous croyons, nous voulons croire du moins, que Teusemble des antécédents, si nous pouvions les embrasser d'un coup d'œil et reconnaître leur nature intime, serait reconnu égal, identique à l'ensemble des conséquents.

On peut d'ailleui^ citer, a Tappui de cette manière de voir, lautorité de l'homme de qui dérive tout le mode de penser de la chimie moderne. Lavoisier, dans son Iraité élémentaire de i:himie, a écrit ce. qu'on peut appeler la première véritable équation chimique et, avec sa clarté habituelle, a expliqué le sens qu il attribuait à cette formule.

Après avoir afflrmé que « rien ne se crée, ni dans les opérations de l'art, ni dans celles de la nature » et que <( Ton peut poser en principe que, dans toute opération, il y a une égale ({uautité de matière avant et après l'opération », il ajoute : « C'est sur ce principe qu'est fondé tout l'art de faire des expériences en chimie : on est obligé de supposer daus toutes une véritable égalité ou équation entre les principes du corps (lu'on examine et ceux qu'on en retire par l'analyse. Ainsi puisque du moi\t de raisin donne du gaz acide carbonique et de l'alcool, je puis dire que le mont de raisin = acid4* carbonique + alcool^, »

Ainsi donc Téquatiou est bien, pour Lavoisier, l'expression de l'égalité complète, de l'identité entre l'antécédent et le conséquent dans une réaction chimique.

« Nous ne connaissons en toute lumière, dit Poiusot, qu'une seule loi, c'est celle de la constance et de l'uniformité. C'est à cette idée simple que nous cherchons à réduire toutes les autres, et c'est uniquement en cette réduction que consiste pour nous la science-. » Nulle parole plus vraie ni plus péné-

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