‹ Identité et réalitéChapitre 156 sur 274 · LoTZB, /. c, p · texte numérisé non relu

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2. A. Balfour. Réflexions sur la théorie nouvelle île la matière. Revue scientifique,!" juiUe M905, p. 14.

LA RAISON DE l'ÊTRB 225

que sorte un nombre déterminé d'autres atomes. Tâchons de nous représenter, de réaliser cette nouvelle image : notre entendement ou, si Ton aime mieux, notre « imagination » résistera. Comment relier cette qualité à l'image de l'atome que nous avions formée, où la loger? Cela nous parait mystérieux, l'atomicité, ainsi que maintes fois l'ont fait valoir les adversaires de ce concept, apparaît comme inexplicable. « Toute véritable force de la nature, dit Schopenhauer, est essentiellement qualitas occulta^ ».

Arrêtons-nous à ce dernier terme. Jusqu'ici nous n'avions parlé d'explication qu'à propos des rapports des phénomènes dans le temps. Or, manifestement, il ne s'agit pas ici de ce rapport : ces atomes, aussi bien que la qualité dont nous prétendons les douer, tout cela doit être éternel, immuable, indépendant du temps. Cela ne devient pas, cela est. Ce n'est donc plus une explication du devenir que nous avons demandée, mais une explication de l'être.

La question a été traitée par Aristote dans le VIII'' livre de sa Physique^ Il s'agissait précisément, comme dans le cas qui vient de nous occuper, d'une qualité des atomes. Démocrite, pour expliquer leur agitation, affirmait, nous l'avons vu, qu'elle avait existé de tout temps. Aristote trouve cette explication insuffisante, (c Eu général, dit-il, admettre que ce soit un principe et une cause suffisante d'un fait de dire que ce fait est toujours ou qu'il se produit toujours de telle ou telle manière, ce n'est pas du tout satisfaire la raison. » Et il ajoute : (( C'est là cependant à quoi Démocrite réduit toutes les causes dans la nature, en prétendant que les choses sont actuellement de telle manière et qu'elles y étaient antérieurement. Mais quant à la cause de cet état éternel, il ne croit pas devoir la rechercher *. »

Aristote, on le voit, se sert du terme de « cause » bien qu'il s'agisse d'un « état éternel » ; il faut donc qu'il y ait là un rapport au moins très voisin de celui de la causalité proprement dite.

1. ScHOPENHAUBR. Ucber die vierfache Wurzel, etc., Leipzig 1877, p. 46.

2. Aristote. Physique, 1. VIII, cap. i. § 27. On peut rapprocher de ce passage sa définition de la science dans les Derniers analytiques. I. I«% cap. II, § 7 : « Nous pensons savoir les choses d'une manière absolue et non point d'une manière sophistique, purement accidentelle, quand nous savons que la cause pour laquelle la chose existe, est bien la cause de cette chose, et que par suite la chose ne saurait être autrement que nous la savons. »

Meyerson. Ij

Rcporlous-uous à i'éuoucc du priucipc de la raiaon détermiDante donné par Leibniz : « jamais rien n*arrive sans qu'il y ait une cause ou du moins une raison déterminante, c'està-dire quel(iuc cliose qui puisse servir à rendre raison a priori pourquoi cela est existant plutôt que de toute autre £açon'. » La première partie de la formule « jamais rien n'arrive » paraît avoir trait au devenir seul, mais dans la seconde partie I.eil)uiz, par une sorte de saut mental, va évidemment plus loin, puisqu'il demande une raison de ce qui (c est existant».

(In autre passage ([ue nous empruntons à un opuscule récemment mis au jour par M. Couturat est peut-être plus clair encore. « C/est pourquoi, dit Leibniz, il faut rendre raison môme des choses éternelles; si Ton suppose que le monde a existé depuis Télernité et qu'il n'y a en lui que des fi:lol)ules, il faut rendre raison pourquoi ce sont des globules plutôt (|ue des cubes-. »

Il n'est pas douteux que c'est au principe ainsi étendu ((u'il pensait en prolestant contre l'attribution aux substances <le (|ualité8 quelconques. « Ainsi, dit-il, dans l'ordre de la nature des miracles mis à part) il n'est pas arbitraire à Dieu (le donner indilTéremment aux substances telles ou telles qualités ; et il ne leur en donnera jamais que celles qui seront naturelles, c'est-à-dire qui pourront être dérivées de leur nature comme des modifications explicables^ » Wolf a donc réellement résumé les enseignements de son maître quand il a formulé : Mliil est sine ratione cur potins sit qaam non, sit, et cette formule qui, nous l'avons vu, a été adoptée textuellement par Schopenhauer S indique clairement qu'il s'agit de la raison de l'être et non de celle du devenir seulement.

Nous avons demandé tout à l'heure : pourquoi les choses ont-elles changé? et la causalité nous a répondu : elles n'ont pas changé, elles sont restées les mêmes. Nous demandons maintenant : pourquoi, à supposer qu'elles soient telles de toute éternité, sont-elles ainsi et non autrement ? Évidemment, les deux questions répondent à un seul et même mode de la pensée. Le monde extérieur est pour nous une vérité de fait, une vérité fortuite; nous voudrions Texpliquer, le con-

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