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LE RECUL DE L\ FIN'ALITK

pur. Nous avous fait ressortir (p. 48) dans quel prodigieux ioiutaiD ce résultat doit uous apparaître à Tlieure actuelle; mais eufiD, uous n'avons pas conscience d'en être séparés par un mur infranchissable, nous ne voyons là aucun inconnaissable, rien de transcendant, à Texception bien entendu de la sensation et de la volilion ; celles-ci sont et resteront éternellement irrationnelles, tout comme Taction transitive dans la nature inorganique, et, à supposer que l'explication d'un être organisé puisse être complète, elles apparaîtront comme des épiphénomènes, puisqu'elles ne sont que la forme intérieure d'un phénomène dont l'aspect extérieur seul est accessible à la science rationnelle.

D'ailleurs, en supposant que cette réduction au mécanisme fût poussée jusqu'au bout, il est clair que l'être primitif, origine de tous les autres, devrait à son tour être conçu comme ayant évolué de la matière inorganique. Cette conclusion peut paraître hasardée au point de vue expérimental, étant donné que les résultats des travaux microbiologiques tendent plutôt à nous faire rejeter la génération spontanée ; elle constitue pourtant le couronnement nécessaire de l'édifice, ainsi que du reste l'ont proclamé d'éminents évolutionnistes.

Si l'on embrasse d'un coup d'œil la marche de la science, on ne saurait méconnaître que la finalité tend à reculer constamment devant la causalité, ainsi que Laplace^ l'avait déjà affirmé, et comme Sully-Prudhomme * Ta pleinement mis en lumière. C'est que notre esprit n'hésite jamais entre les deux modes d'explication : chaque fois qu'une explication causale s offre, même lointaine, même embrouillée, l'explication finale lui cède immédiatement la place. Que l'avenir soit déterminé par le présent, cela sans doute paraît obscur à notre entendement, obligé de formuler ce postulat afin de pouvoir vivre et agir. Mais que le présent soit déterminé par l'avenir qui n'existe pas encore, qui pourra bien ne pas exister si j'admets mon propre libre-arbitre, si je ne conçois pas le cours de l'univers comme entièrement déterminé, c'est ce qui répugne absolument à la raison . Le seul moyen de diminuer cette répugnance consiste précisément à confondre cause et fin, en supposant la détermination absolue du tout. Alors, en effet, le

i. Laplace. Théorie analytique des probabilités. Œuvres. Paris, 1886, vol. VU, p. VI.

2. Sclly-Prcd HOMME ct RicHET. Le problème des causes finales. Paris, 1903, p. 90.

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moD'ie uo'js apparaît comme un seal bloc rigoareiisement détermine dao» tous ses détails par chaque détail eo particulier C est UQ poiQt de vue que les eacrclopédistes aimaient à développer. L'univers, pour qui saurait Tembrasser d*ua seul point de vue ue serait, s'il est permis de le dire, qu'un fait unique et une grande vérité *• écrivait d*Alembert. et Diderot a dit : L'indépendance absolue d'un seul fait est incompatible ave<: l'idée du tout^ » Dans l'univers ainsi conçu, il devient indifférent que nous voulions déterminer l'avenir par le présent ou. au contraire, le présent par l'avenir. Mais nous iiinorons complètement si. en réalité, l'univers constitue un tel bkn!. S'il existe, notre entendement ne nous permet p.is de le connaître : afin de percevoir, nous sommes obligés au contraire de le disjoindre en phénomènes isolés, et pour a^ir nous sommes aussi forcés de croire qu*il n*existe pas. que le cours du monde n'est pas déterminé d'avance, que nous sommes libres d'intluer sur lui

II est clair, eu uuir»\ que la finalité implique la prescience, laquelle à son tour suppose la conscience. Si je fais telle chose pour atteindre telle fin. c est que je prévois que Tacle amènera la conséquence que je désire. Sans doute, en apaisant ma faim et ma soif, en accomplissant un acte sexuel, je n'ai conscience que de suivre un besoin immédiat, un instinct obscur, alors que par la réilexion j'arrive à concevoir qu'il y a là des actes de finalité dirigés vers la conservation de l'individu ou de l'espèce. Mais c'est qu'alors je suppose qu'une concience supérieure, la Nature, Dieu, connaît ces fins : comment pourrait-elle autrement les vouloir? A moins, bien entendu, que je ne parvienne, comme le fait la théorie évolutionuiste. à retourner vers la causalité en imaginant que seules les espèces ont pu persister où ces besoins et ces instincts s'étaient formés et perfectiuunés ; auquel cas la finalité n'est (ju'apparente et cède aussitôt la place Mais si j'affirme qu'un rayon de lumière se rend d'un point à un autre parle chemin le plus court et si je veux voir dans cet énoncé autre chose qu'une règle empirique, j'allribue.senible-t-il, au rayon non seulement le choix des chemins à suivre, mais encore lu connaissance anticipée du résultat à obtenir. C'est là assuré-

1. Dii.titin. téluvte^. l'inis. \ ul. II.? II. Leib.mz dt-ja iMail tlil : ( Car il faut savoir que tout e»t liO diin.-cl:aciin dt-? ni. nul es possible?. L'Univers. /'^^''IrfM**»* l»ui»scî-tie. o?t tout dune pièce comnu- un CLViMi t '.Opéra phi wo, éd. Krdinonii.)). :^Oti;.

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