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LE PRI^XIPE D EVOLUTION

sarrâûge de manière à éviter les dangers qui la menacent ou à en triompher et à prendre, dans le monde, le maximum de place.

Si l'on s'arrête à cette conception, on voit que l'évolution postule un devenir, le changement de Tétat présent en vue d'un état futur. C*est donc un concept analogue au principe de Carnot : de même que le corps dont la température est supérieure à celle des corps qui l'entourent cherche à se mettre en équilibre avec eux, de même une espèce animale, transportée dans un milieu qui ne lui convient pas, cherche à se modifier de manière à amener un état que l'on peut également qualifier d'équilibre. Et Ton comprend dès lors comment M. Jean Perrin, en cherchant à désigner le principe de Carnot par un terme général, a trouvé cette appellation de principe d'éwlîUian, analogue au terme allemand des Geschehens que nous avons mentionnée

C'est dans cette acception que les philosophes dont nous avons parlé ont compris le principe.

Mais, nous Tavons vu, le principe de Carnot n'est pas, par lui-même, rationnel. 11 est rationnel que les choses demeurent, et non pas qu'elles changent. Le principe biologique d'évolution, ainsi compris, ne sera donc pas rationnel non plus. Pourquoi l'espèce animale cherche-t-elle à s'adapter et quelle est la force mystérieuse qui l'y pousse ? Voilà des questions que notre raison ne cessera de poser et auxquelles la science explicative devra répondre ; c'est pourquoi tous les eflorls des philosophes tendant à l'arrêter sur cette pente, à maintenir au principe d'évolution son sens de principe de changement sont et demeureront vains. Tout comme pour le principe de Carnot, notre raison ne sera satisfaite que si elle peut l'adapter au mécanisme. Cette nécessité est même, en biologie, beaucoup plus pressante qu'en physique. En effet, le principe de Carnot est une loi empirique directement observable, c'est la plus générale et la plus commune des règles, elle gouverne la totalité des phénomènes. Il s'en faut de beaucoup qu'il eu soit de même de la variabilité des espèces animales et végétales ; eu admettant môme que ce soit un fait absolument démontré, il est loin de s'imposer à notre attention autant que celui du rétablissement de l'équilibre de température. C'est pourquoi il n'a pu prendre réellement place dans la science

l. J. Perrin. Traitéde chimie physique. Vixiï^iA^OZ, p. 141. —Cf. plus haut, cap. VIII, p. 242.

Meyerson*. l'J

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que quaud on en avait fourni une explication, ou du moins indiqué une voie par laquelle il semble possible d'en trouver une. C'est ce qu'ont fait ou du moins tenté de faire les initiateurs du concept d'évolution en biologie : Lamarck, Darwin, Wallace. Ont-ils réussi ? A ce sujet les avis, parmi les biologistes eux-mêmes, diffèrent.

Cependant, un certain nombre de points semblent acquis. En tous cas, les biologistes partisans de l'évolution semblent convaincus que, soit une des causes déjà indiquées à 1 heure actuelle, telles que l'hérédité des caractères acquis, la sélection par l'attrait sexuel, la sélection par la lutte pour la vie, etc., soit l'ensemble de ces causes, soit même l'intervention de causes auxquelles on n'a pas encore pensé jusqu'ici, suffisent pour expliquer ce qui nous apparaît comme une tendance vers un état futur. Le principe d'évolution ainsi erpliqur ressemble au principe de Carnot interprété par la théorie de Maxwell. Il devient une conception causale, un principe de conservalion ; il tend, en effet, à nous faire voir que toutes les formes delà vie organisée qui nous sont connues sont issues, par des transformations multiples et graduelles et sous l'action de causes explicables, c'est-à-dire mécaniques, d'une forme unique et simple. C'est un développement tout à faitanalogue à celui de la nébuleuse primitive censée avoir engendré de son sein, en vertu de forces qui lui étaient inhérentes de toute éternité, toute la diversité de notre système planétaire.

L'évolution devient donc, comme M. Wilboisl'a remarqué, une pure apparence recouvrant une fixité véritables c'est-àdire qu'on substitue à la genèse une épigenèse

Si Ton adopte cet aspect du principe qui est bien, comme il est aisé de s'en convaincre, celui sous lequel il apparaît généralement aux biologistes- les raisonnements de l'abbé Galiani et de Kant ne paraissent plus valables et l'on ne voit plus la nécessité de recourir, pour l'explication du monde organisé, à la finalité. La causalité parait susceptible d'entreprendre cette tâche, ce qui revient à dire, nous l'avons vu, que l'on a l'espoir de ramener l'être organisé au mécanisme

1. J. WiLBOis. L'esprit positif. Hevue de métaphysiciue, X, 1902, p. 335.

2. Cf. par exemple Jacciues Loed. Zur neueren Entviicklung der Biologie. Annalcn der Naturphilosophie. t. IV, 2. Cette conception est d'ailleurs également celle de nombre de philosophes. Cf. René Berthelot. Bulletin de la Société française de philosophie, 5* année, 1905, p. 250 as. et Hermann Cohen. Logik der reinen Erkenntniss. Berlin, 1902, p. 247.

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