Ib. vol. II. p
3. Comte. Politique positive, \ (A. I,p. 531. La date à laquelle il exprime cette opinion (1851) ne la rend que plus curieuse.
4. Ib.. vol. lî, p. 445. Il a maintenu cette opinion en 1851. cf. PoUixifue positive, vol. I. p. 528 : « Six brandies irréductibles » de la physique. « peut-être sept ».
d. Ib., vol. 111, p. 152. 11 est au moins probable que d'autres erreurs de Comte se rattachent, un peu moins directement, ù la même tendance; telles, son opinion'sur la théorie de la variabilité des esp^ces de Lamarck qu'il qualifie « d'hypothèse irrationnelle ». (Pol. pos. vol. I, p. 665) : son enthousiasme pour les médiocres conceptions d'un Gall [Cours, vol. III, p. 513. 534-587), enthousiasme dont, même vers la fin de sa vie, il n'esL revenu que très partiellement U:t.Pol.pos, I. p. 669 ss.^ : son hostilité envers la chimie organique qui lui apparaissait comme un « assemblage hétérogène et factice » qu'il fallait « détruire o (Cours, 111, p. 174) et contre laquelle il renouvelait ses attaques encore en 1851 {Pol. pos. I, p. 550i, c'est-à-dire plus de vingt ans après la synthèse de Wœhler (1828i. postérieurement à la découverte des ammoniaques composés par Wurtz (1849) et à la veille môme de l'apparition de la théorie des types de Gerhardt il853) ; enfin son peu de compréhension pour le développement de la chimie générale, à laquelle il voulait imposer une théorie bizarre de composition binaire [Cours III, p. 81 ss., VI, p. 641 ^ théorie qui n'était probablement qu'une généralisation maladroite des conceptions de Berzélius que les chimistes, vers cette époque, abandonnaient de plus en plus : ce qui fait que Comte, constatant le peu de succès de sa théorie, les accusa d' c esprit métaphysique)/. (Pol. pos. 1, p. 551.)
L HVPOTHtJE, LNSTRL'UEXT DE ÏUAVAIL 3* "»
que les auathèmes de Comte contre la théorie de 1 oudulatiou, etc., tiennent réellement au fond de sa doctrine.
Les principes du positivisme ou, en tout cas, des principes analogues ont été depuis, du moins en apparence, adoptés par nombre de savants qui souvent ont tenu à protester, comme Comte, contre les théories atomiques ; mais en réalité, et eu dépit de Tappui qu*a apporté à cette tendance la grande et légitime autorité de H. Mach, elle reste aujourd'hui, comme elle Ta été dans le courant du xix*^ siècle, sans la moindre influence sur la marche de la science. Les savants du commencement du XX' siècle continuent à édifier des théories atomiques tout comme Tout fait leurs prédécesseurs. Tous sans doute ne croient pas à la vérité des théories qu'ils imaginent ou qu'ils suivent ; mais tous croient à leur utilité. Ils y voient, faute de mieux, un instrument de recherche de grande valeur, une « hypothèse de travail ». C'est un rôle extrêmement important. Bacon a cru que l'on pouvait parvenir à des découvertes scientifiques par des procédés d'induction pour ainsi dire mécaniques ; il s'est donné infiniment de peine pour élaborer des schémas très détaillés dont l'emploi devait laisser « peu d'avantage à la pénétration et à la vigueur des esprits », les rendant au contraire « tous presque égaux ^ ». Que certaines règles dont Bacon a précisé l'énoncé (comme par exemple celle des variations concomitantes) soient utiles dans les raisonnements scientifiques, cela est incontestable; mais ses schémas, on peut hardiment l'affirmer, n'ont jamais été employés d'une manière suivie par un savant digne de ce nom, et en tout cas aucune découverte scientifique, grande ou petite, n'est due à leur application-.
1. bkcos.Novuni organon,\. !•% Aph. ôl. — II esl très curieux d'observer que. tout comme Comte cl évidemment pour des raisons analogues, Bacon s'est étranpfement trompé dans son jugement sur de grandes conquétesde la science. Ainsi il a vivement blâmé Copernic (G/06. int., cap. m), et Gilbert, dont les travaux sur l'électricité sont un véritable monument de l'esprit scientifique le plus pur, était sa bête noire (Novum org., î, §54, H, Aph. 48). — Bien entendu nous ne pensons nullement à attribuer et Aug. Comte, en cette question, des opinions analogues à celles de Bacon. Au contraire, Comte a constamment insisté sur la nécessité de l'hypothèse ; l'empirisme absolu, d'après lui. est « non seulement tout à fait stérile, mais même radicalement impossible à notre intelligence » (Cours, vol. VI, p. 471). Il n'a protesté que contre les hypothèses qualifiées par lui de u métaphysiques ». Mais cette attitude, quoique moins absolue que celle de Bacon, a suffi pour l'entraîner à des erreurs du môme genre.
2. M. RosENBERQER, Gcschichte, II p. 194, constate le peu d'influence réelle de Bacon sur la marche de la science. Boyle semble s'être quelquefois
On ne peut, semble-t-il, mieux réfuter les opinions de Bacon qu'en citant celles de trois hommes éminents qui comptent parmi les créateurs de cette science éminemment expérimentîîle qu'était la chimie de la fin du xviir et de la première moitié du xix® siècle. « Pour tenter une expérience, dit Berthollet, il faut avoir un but, être guidé par une hypothèse*. » Humphry Davy affirme que « ce n*est qu'en formant des théories et en les comparant aux faits que nous pouvons espérer découvrir le vrai système de la nature- ». Et Liebig, après avoir déclaré qu'entre des expériences dans le sens de Bacon et de véritables recherches scientifiques il y a « le même rapport qu*entre le bruit qu'un enfant produit en frappant sur des timbales et la musique"^ », fait ressortir que c'est au contraire Timagination scientifique qui joue dans les découvertes le rôle le plus considérable et que l'expérience, tout comme le calcul, ne sert qu'à aider le processus de la pensée.
Parmi nos contemporains, M. Poincaré, dans son rapport au Congrès international de Physique de 1900, a exposé que, vouloir expérimenter sans idée préconçue, serait rendre toute expérience stérile et qu'il est d'ailleurs impossible de se débarrasser d'idées de ce genre \ et M. Duhem a démontré l'étroite dépendance dans laquelle les expériences se trouvent à l'égard des théories scientifiques \ et fait ressortir l'impossibilité du fameux experimenhim cnicis qui joue un si grand rôle dans la théorie baconienne ^
Pour ces « hypothèses de travail », le seul point de vue qui intéresse directement le savant, c'est leur fertilité, leur aptitude à lui faire découvrir, entre les phénomènes, des rapports qu'il ne soupçonnait point. Quelles suppositions ont jamais égalé à ce point de vue l'utilité des hypothèses mécaniques? Dans le domaine entier de la science, qu'elles remplissent,
laissé tenter d'appliquer non pas véritablement les schémas de Bacon (c'ertt été probablement impossible) mais quelques-uns de ses principes. M. Rosenberger pense que cette circonstance a été cause que la découverte de la loi de Mariotte, dont il avait en main toutes les données expérimentales, lui ait finalement échappé.
1. Bbrthollet. Essai de statique chimique. Paris, 1803, p. 5.