‹ Identité et réalitéChapitre 245 sur 274 · Ib., p. 30 et · texte numérisé non relu

Ib., p. 30 et

o. H. PoLNCARÉ. La scietice et l hypothèse. Paris, s. d., p. 157. fi. Helm. Die Lehre von der Energie, Leipzig, 1889, p. 41.

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notre counaissance entière du rnoude extérieur. Aussi avonsnous fait notre possible pour étayer cette conception des principes sur une étude de leur historique et une analyse logique de leur contenu.

Ainsi donc, ce qu'il y a de vraiment apriorique dans la science, c'est d'abord la série de postulats dont nous avons besoin pour la science empirique, c'est-à-dire pour pouvoir / formuler cette proposition : la nature est ordonnée et nous pouvons connaître son cours. Toutefois, cette science rigoureusement empirique est une création artificielle et la science n'est pas rigoureusement empirique ; elle est aussi l'application à la nature, par phases successives, du principe d'identité, essence de notre entendement. Mais, de ce principe, nous ne pouvons tirer par déduction aucune proposition précise : c'est ce qui fait qu'il ne saurait y avoir de science pure, contrairement à ce que supposait Kant. En essayant d'expliquer les phénomènes, nous tentons de les plier à ce que postule ce principe, et c'est pourquoi son intervention dans la science se manifeste comme une tendance, la tendance causale.

Nous constatons que la nature se montre, dans une large mesure, plastigue, selon Texpression de William James S se plie à cette tendance de notre entendement; nous savons aussi qu'en poussant tes choses au bout, nous arriverons à une limite infranchissable. Mais, à l'intérieur de cette limite, rien ne nous permet d'indiquer d'avance où et comment nous pourrons appliquer le principe, donner satisfaction à notre tendance causale. En d'autres termes, si nous savons où l'analogie entre l'ordre des idées et celui des choses, pour parler le langage de Spinoza, n'existe plus, aucun raisonnement a priori ne permet d'indiquer où elle existe. Qu'il s'agisse d'expliquer les phénomènes par le mécanisme, de trouver des formules de conservation, déliminer le temps ou de réduire la matière à l'éther, partout nous ne pouvons procéder qu'en étudiant la réalité, en observant, en expérimentant et en essayant d'adapter nos raisonnements aux résultats de ces observations et de ces expériences. Toute proposition causale, explicative, c'est-à-dire visant la réduction à l'identité, trouve notre entendement merveilleusement prêt à l'accueillir, toute paraît plausible ; mais c'est cette préparation qui constitue l'unique élément apriorique de ces propo-

i. W.James. I.e dilemme (ludétermîmsme. Critique philosophique, XIII. 2, p. 274.

Meyerson. 24

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sitioûs, tout le reste est empirique. Et bieu qu'il ait eutièrement méconnu ou plutôt expressément nié Timportance, dans la science, des éléments non empiriques, le fait d'avoir élôquemment proclamé, à une époque où la déduction seule était en honneur, la nécessité des recherches expérimentales, constitue le mérite impérissable de Bacon.

La manière dont notre entendement procède pour appliquer le principe d*identité explique qu'il soit sujet, en cette matière, à des erreurs. Des principes de conservation ont été formulés que la science a dû complètement abandonner dans la suite ; ou bien encore, il a fallu eu transformer profondément la teneur, modifier l'expression de ce qui se conserve. Nous avons, dans le cours de notre travail, rencontré des exemples de l'uu et de l'autre. Le principe de la conservation du calorique de Black appartient à la première catégorie : cette proposition nous apparaît maintenant comme manifestement erronée et, qui plus est, comme contredite par des faits d'expérience vulgaire, tels que la production de la chaleur par le frottement. Elle a pourtant été longtemps considérée comme fermement établie, comme une des bases les plus solides de la physique. Le principe de la conversation du mouvement de Descartes est un exemple de la seconde catégorie. Descartes avait bien le sentiment que, dans la communication du mouvement, quelque chose devait se conserver. Bien entendu, nous voyons maintenant que, même sous cette forme indéterminée, la proposition est déjà loin d'être purement apriorique car la faculté que possède un corps en mouvement de transmettre ce mouvement est un \fait, et un fait impossible à établir par déduction, puisque linintelligible. Mais la déduction est si peu susceptible de nous conduire au but dans cet ordre d'idées que, cherchant ce qui se conserve. Descartes à fait fausse route et que son erreur a été partagée par ses coutemporains.

On peut citer d'autres exemples encore. C'est ainsi qu'au début du XVII® siècle Quercetanus (Du Chêne) prétendit que l'on pouvait à l'aide des cendres d'une plante reproduire celle-ci, ou du moins sa forme essentielle, en solution. C'était affirmer en quelque sorte une persistance de la spécificité de la plante après combustion. La théorie, désignée sous le nom de paliivfjenésie, bien que fondée sur des observations grossièrement erronées, eut tout de suite beaucoup de partisans et, malgré les réfutations de Van Helmont et de Kunckel, se maintint

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