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LES PROPRIETES 29

il pas tout simplement un ensemble de rapports légaux ? On peut rendre immédiatement sensible la vérité de cette proposition, en observant que nous ne connaissons un objet que par ses propriétés, et que chaque propriété en particulier peut se formuler de telle manière que renoncé soit une loi. Qu'estce que le soufre ? C'est un corps solide, jaune, fusible à 66**, bouillant à 145^, produisant par combustion un gaz bien connu sous le nom d'acide sulfureux, etc. Or, en disant : le soufre a une couleur jaune, le soufre fond à 66% etc., j'énonce incontestablement des lois. Comment se fait-il donc que je stipule rimmutabilité des lois dans le temps et non pas celle des objets ?

Regardons d'un peu plus près notre énoncé des propriétés du soufre. En disant que c*est un corps solide et jaune, avonsnous entendu affirmer qu'il Test toujours? Assurément non. Nous savons fort bien qu'il peut être aussi un liquide brunâtre et que, même solide, précipité d'une solution de pentasulfure de potassium, il se présentera comme une poudre à peu près blanche; d'ailleurs, si nous éclairons un morceau de soufre par de la lumière monochromatique verte, il nous apparaît vert. C'est donc qu'en réalité, pour chaque propriété que nous éQoncions, certaines conditions étaient sous-entendues. Si uous avons pu ne pas les spécifier expressément dans certains cas, c'est que nous supposions ce que l'on désigne comme les conditions ordinaires, c'est-à-dire celles que nous constatons dans l'immense majorité des cas, dans le monde qui nous entoure. Ainsi, une température à laquelle le soufre reste solide, l'éclairage par la lumière du soleil ou d'un corps incandescent, font certainement partie de ces conditions ordinaires, et de même, le soufre se trouvant dans le commerce surtout sous Taspect d'un corps compact, on peut à la rigueur, en énumérant ses qualités, omettre cette condition. Mais pour plusieurs des propriétés indiquées plus haut, nous ne pouvons procéder ainsi. Quand je dis que le soufre fond à 66^, qu'il bout à 145^ ou qu'il est combustible, il est clair que ce sont des phénomènes qui ne pourront être observés que si la température s'élève, c'est-à-dire si les conditions ordinaires changent- Sans doute, nous supposons bien qu'à ce phénomène, qui ne se produira que dans des conditions déterminées, correspond, même dans le soufre à température ordinaire, quelque chose, une chose mal définie du reste, ne se manifestant pas constamment, mais susceptible de se manifester,

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ainsi que l'indique nettement la forme grammaticale des termes quand nous disons que le soufre est fusible ou combustible. Cest donc non pas une qualité actuelle, mais nne/oculff et, si Ion veut bien se reporter à ce que nous avons dit plus haut, il est clair que toutes les propriétés que nous attribuons aux corps ne sont que des facultés de ce genre, toutes ne se manifestant que dans des conditions déterminées et susceptibles de se modifier si ces conditions viennent à changer.

Cela dit, on voit clairement où se trouve à cet égard la différence entre la conception purement légale de la nature et la conception causale. La loi énonce simplement que, les conditions venant à se modifier d'une manière déterminée, les propriétés actuelles du corps doivent subir une modification également déterminée: alors que, de par le principe causal, il doit y avoir égalité entre les causes et les eflets, c'est-à-dire que les propriétés primitives, plus le changement des conditions, doivent égaler les propriétés transformées. Nous verrons plus tard comment la difficulté, purement spécieuse, dont nous venons de traiter, a pu créer des erreurs '.

Quelle est lorigine du postulat causal ? Il est clair, tout d'abord, que l'instinct de conservation n'y est pour rien. Pourvu que je puisse prévoir le cours des événements, je me trouve posséder tout le savoir qui m'est nécessaire pour Taction. L'assurance de l'égalité entre les causes et les effets ne m'apporte, en elle-même, aucun enseignement utile à ce point de vue, ou plutôt elle ne m'en apportera un que dans la mesure où je pourrai, avec son aide, établir des prévisions, c'est-àdire tirer des règles d'expérience. Il est tout aussi évident que le principe de causalité n'est pas, comme celui de légalité, confirmé sans cesse par nos sensations : il est même infirmé par elles. Tous les objets que nous connaissons se modifient sans cesse dans le temps, et nous avons la sensation très nette que notre propre individu obéit à cette même règle. Quand nous parlons de choses éternellement immuables, nous savons fort bien — à moins qu'il ne s'agisse de choses purement idéales — que nous nous exprimons inexactement. La planète sur laquelle nous vivons elle système entier auquel elle appartient nous apparaissent eux-mêmes comme se modifiant continuellement-.

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