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LA CAUSAUTE ET LE TEMPS

tances proprement dites et en général tous les êtres qui existent absolument, viennent d'un sujet antérieur, c'est ce qu'on voit clairement. Toujours il y a un être subsistant préalablement d*où naît celui qui naitet devient ^ » Lucrèce énonce, d'une manière tout à fait générale T Eadem sunt omnia semper, et c'est encore la même idée qu'exprime Cournot avec beaucoup de précision : (c Toutes les fois qu'il s'agit de phénomènes de l'ordre physique, si ces phénomènes paraissent de prime abord dépendre de forces ou causes qui varient avec le temps, il est dans les lois de notre intelligence de ne regarder le phénomène comme expliqué que lorsqu'il a été ramené à dépendre de causes permanentes, immuables dans le temps, et dont les effets seuls varient à partir d'une époque donnée, en conséquence des dispositions que le Monde ou les parties du Monde offraient à cette époque : dispositions que notre intelligence accepte, non comme des lois, mais comme des faits * ». Helmholtz qui, nous l'avons vu, a tenté de réduire la causalité à la légalité, a déclaré dans un autre passage que le but final de la science était ce de ramener les phénomènes de la nature à des forces d'attraction etde répulsion invariables et dont Tintensifé dépend de la distance », et que ce n'est qu'à cette condition que Ton pouvait rendre la nature complètement compréhensible ^.

En résumant ce que nous venons d'exposer, nous dirons que le principe de causalité exige l'application au temps d'un postulat qui, sous le régime de la légalité seule, ne s'applique qu'à l'espace.

Avant de procéder plus loin, nous devons résoudre quelques difficultés.

Avons-nous eu raison de parler de « géométrie » tout simplement? N'eùt-il pas fallu dire plutôt « géométrie euclidienne D ? On sait, en effet, que depuis les spéculations de Lobatschewsky, de Riemann et de Bolyai, la science a dû envisager rhypotbèse d'espaces où le postulat des parallèles cesserait d'être valable. On sait aussi que ces hypothèses ne sont pas restées confinées dans le domaine des mathématiques, puisque non seulement Lobatschewsky * et Riemann', mais encore

1. Aristote. Physique^ Irad. Barthélem y-Saint- IIilaire, livre I", chap. viii. 1 ComNOT. Traité de V enchaînement, etc. Paris, 1861, p. 276.

3. Helmholtz. Wissemehaftliche Abhandlungen. Leipzig, 1880, p. 16.

4. LoB.ATSCHEWsKY. Ètudes géométriques sur la théorie des parallèles, trad. UoûEL. Mémoires de Bordeaux, t. IV, 1866, p. lâO.

5. Riemann. Veber die Hypothesenet, etc. Abhandlungen der Kgl. Gesellschaflzu Gœtlîngen, vol. Xlll.p. 148.

HelmholtzS en ont expressément réclamé la vérification par des mesures astronomiques. Tait a formulé cette supposition que le système solaire et, avec lui, notre terre pourraient un jour arriver dans des régions de l'espace où la « courbure» de ce dernier se modifierait ^ Dans cette hypothèse, l'espace ne serait donc plus entièrement homogène et nous pourrions être amenés à rattacher, par une règle empirique, la modification des propriétés des corps à leur déplacement dans Tespace. M. Poincaré'^ a excellemment montré ce que ces suppositions ont d'inadmissible. Ce que nous appelons ligne droite en astronomie, c'est la voie du rayon lumineux, et si nous arrivions à découvrir des anomalies telles que Ilelmholtz les. prévoit, nous les attribuerions certainement à la nature de la lumière et non à celle de l'espace. — D'ailleurs, à supposer que, par impossible, nous parvenions à la conviction que notre espace a un rayon de courbure, nous en conclurions très certainement que cet espace tridimensional n'est pas « ultime », mais qu'il flotte dans un autre à quatre dimensions. M. Russell a contesté la validité de cette conclusion, il lui parait « contraire au véritable sens des idées non-euclidiennes » de concevoir un espace contenu dans un autre espace*. Il se peut qu'il ait raison. Mais il constate en même temps que cette erreur est extrêmement fréquente, ce qui indique à notre avis qu'il y a là une tendance naturelle à notre esprit, que nous éprouvons le besoin irrésistible de loger le monde sensible dans un espace entièrement homogène et indifférent au déplacement.

Une autre difficulté est d'ordre plutôt logique. Le raisonnement qui précède repose évidemment sur une distinction entre les objets et les lois. Or, un objet est-il autre chose qu'un ensemble de phénomènes ? Et ces phénomènes étant tous régis par des lois, ce que nous appelons un objet n'est-

\. Helmholtz. Ueber deu l'rsprung etc., Populœre Vorlrsege, Braunschweig, 1876, p. 42-43. et Ueher den Ursprunf/, etc., WissenschafUiche Ahhandlitngen. Leipzig, 1882, p. G54.

2. P. -G. Tait. Conférence sur quelques-uns des progrès récents de la physique, irad. Krouchkoll. Paris, 1880, p. 12 ss.

3. II. PoixcAHB. Les géométries non-euclidiennes. Revue générale des sciences, II, 1891, p. 774. Jm science elVhypothèse, p. 93; La valeur de la science, p. 109. Gel argument avait été déjà mis en avant par Lotze. Cf. RrssELL. Essai sur les fondements de la géojnëlrie tiraid. Cadesat. Paris, 1001, p. 128.

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