LE TERME DE LA REDUCTION EST IRRATIONNEL
serait sans doute plus vraie, c'est-à-dire présenterait plus d'analogie avec la réalité, nous ferait découvrir plus de rapports entre les phénomènes, que toute autre. Ce serait donc un progrès véritable et qui aurait sa répercussion immédiate même dans la partie légale de la science : il est probable que nos calculs en seraient simplifiés, car il est moins compliqué de supposer qu'une particule n'est influencée que par ce qui l'avoisine que d'admettre qu'elle subit directement l'action de l'univers entier. Un éminent théoricien a fait ressortir à ce propos que les équations de Maxwell, qui sont basées sur l'exclusion de l'action à distance, ne sont qu'un cas particulier, une simplification de celles de Helmholtz où cette action est au contraire stipulées et un autre savant, tout en déclarant qu'il considérait comme équivalentes les conceptions corpusculaire et dynamique, avoue cependant avoir été surpris par la simplicité et l'élégance de certaines formules de Hertz*.
Quant au but ultime que les théories ont en vue, but par essence inaccessible, il est dans Texplication des phénomènes par un élément qui se différencie le moins possible de l'espace ou, si Ton veut, dans la réduction de la matière à l'espace. A ce point de vue, la science ne pourra jamais s'écarter des voies que lui a tracées l'esprit le plus puissant peut-être dont Thumanité ait eu à s'enorgueillir : Descartes.
Là où Descartes s'est trompé, c'est en croyant que des déductions pourraient produire autre chose que des constructions hypothétiques.
Jamais une théorie, quelle qu'elle soit, ne sera vraie tout simplement. Nous avons vu que la supériorité du mécanisme corpusculaire sur le dynamisme réside dans le fait qu'il correspond mieux à un postulat relatif à l'espace ; et que la vertu; la a force explicative » du mécanisme en général proviennent uniquement du principe causal, c'est-à-dire du fait que l'on stipule la persistance de quelque chose, mais non pas de ce que la chose dont on postule la conservation, l'atome dynamique ou corpusculaire, puisse jamais être rendue compréhensible, sa fonction essentielle, l'action transitive, étant fondamentalement inaccessible à notre intelligence. Le terme de la réduction ne saurait être qu'irrationnel. Et il se peut fort
i. Planck. Die MiurweWsche Théorie, Wiedemanns Aniialen, 18^9 SpL 2. L. Lange, Das IserliaUyslem. Philosophischc Studicn, 1902, p. .55.
bieuqu^à cet égard les théories électriqueSt qui supposent uue action de proche eu proche, mais dont la nature mécanique n'est pas déterminée, constituent la solution la meilleure. Mais en attendant que cette solution soit fermement établie et universellement acceptée, les savants ont raison de se servir dans leurs théories, sans trop de scrupules, à la fois de corpuscules et d'actions à distance, en négligeant momentanément les contradictions auxquelles ils aboutissent.
Et de même, ils font bien de ne pas trop chicaner sur les (( supercheries » inconscientes des théories que nous avons signalées, telles que celle qui considère Téther à la fois comme identique et comme différencié (p. 232) Ce sont là de simples conséquences de l'instinct causal qui aboutit à l'illusion causale, et elles se justifient par l'accord partiel entre notre pensée et la réalité. Comme Ta dit M. Duhem « aucun enseignement de la physique ne peut (nous ajoutons : et ne pourra jamais) être donné sous une forme qui ne laisse rien à désirer au point de vue logique ^ ». Dans le même ordre d'idées, il ne faut pas trop s étonner si les physiciens sont amenés à se servir, côte à côte, de deux ou même de plusieurs théories contradictoires ou de modèles mécaniques disparates, comme Ta fait Maxwell entre autres. Sans doute, c'est toujours un inconvénient, une théorie bien ordonnée et logique sera infiniment préférable, parce que, étant plus vraie, il y a beaucoup de chances pour qu'elle nous rende plus de services. M. Duhem a donc certainement raison de protester contre l'abus de ces procédés - ; mais peut-être ne faut-il pas être trop rigoureux en cette matière. Dans une science comme celle de l'électricité qui est en voie de développement rapide, des procédés un peu irréguliers de ce genre peuvent rendre de grands services. Il faut ajouter que, comme le sens commun ne peut nous y être directement d'aucun secours puisque l'organe de sensation immédiate nous fait défaut, des images matérielles quelles qu'elles soient sont souvent indispensables pour soutenir notre imagination défaillante.
Toutefois, en se servant des théories atomiques, il serait bon que le savant eût clairement conscience de la nature de ces conceptions, des éléments aprioriques qu'elles recèlent. Il comprendrait mieux alors que leur fond est immuable,