LA. FORGE EXPLICATIVE DES THÉORIES
deroes de celles des ancieusSalors qu'il est facile de s'apercevoir qu'en réalité toutes ces conceptions se tiennent, qu'il y a entre elles une véritable communauté de fond. Cette communauté subsiste en dépit de ce qui parait à première vue une diversité fondamentale du point de départ. Quy a-t-il de plus différent du corpuscule de Lucrèce, de Gassendi et de Boyle, que Tatome-point de Boscovich ou Télectron des théories contemporaines? Et cependant, nous sentons instinctivement que les éléments communs à ces conceptions l'emportent de beaucoup sur leurs traits distinctifs. Ce sont des « théories atomiques », nous pouvons penser à leur ensemble sans préciser la nature de Tatome; en fait, des physiciens ont fréquemment édifié des théories atomiques tout en laissant cette question dans Tindétermination.
Ayant adhéré fortement à une forme particulière de la théorie atomique, des savants et des philosophes se sont souvent donné une peine infinie pour motiver ce qui leur apparaissait comme sa base essentielle ; ils ont cherché à établir que leur conception de Tatome était logique et (ce qui était infiniment plus facile) que la conception adverse recelait d'irrémédiables contradictions. D'autres fois, on a cherché à dégager les fondements des théories par une analyse psychologique des éléments sensibles qui concourent à créer les concepts formant (comme ceux d'atome ou de force) les termes ultimes de la réduction^. Il est certain que nous cherchons à rendre nos théories aussi peu illogiques que possible. Il n'est pas niable, d'autre part, que le concept de Tatome corpusculaire dérive de notre sensation tactile, tout comme celui de l'atome dynamique est issu de la sensation d'effort. Nous tâcherons de préciser, dans un chapitre ultérieur, la voie par laquelle ces conceptions s'introduisent dans la science. Mais il apparaît clairement que ni le facteur logique ni le facteur psychologique n'ont, à beaucoup près, l'importance qu'on entend leur attribuer. Nous le répétons, la force explicative des théories
l.Cf. plus haut p. 74.— HiRN, Conséquences philosophiques et métaphysiques delà Thermodynamique. Paris, 1868, p. 209 : « L'existence de Ta tome matériel fini et indivisible est aujourd'hui un fait aussi bien démontré qu'aucun de ceux que l'homme de science accepte pour ainsi dire comme dos axiomes, d
2. Une tentative très remarquable dans cet ordre d'idées est celle do M. KozLOW'SKi, Psychologiczne zrodla, etc. Varsovie, 1899, p. 51. (13, Szkice fiiozoficzne. Varsovie. 1900, p. 8tî, Zasady przyrodozmwstwa. Varsovie, 1903, p. 95, 245. 264 ss.. 287.
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provient uniquement du principe de l'identité dans le temps qu'elles cherchent à faire prévaloir, en d'autres termes de ce qu'elles font subsister quelque chose, la nature intime de la chose qui subsiste étant tout à fait secondaire. L'exposé des théories atomiques, d'après le système logique, peut se ramener au raisonnement suivant : Les phénomènes que nous apercevons nous paraissent inexplicables, à l'exception d'un seul, mettons le choc de deux corps. Ce dernier est entièrement clair, intelligible ; si nous le supposons fondamental, si nous parvenons à y ramener les autres, tout se trouvera expliqué. Or, nous avons vu que ce raisonnement pèche par son point de départ. Personne n'a jamais compris le choc de deux corps et personne ne le comprendra jamais, pas plus d'ailleurs que l'action à distance. Dira-t-on, conformément au système psychologique, qu'on a eu Villusion de comprendre ? Sans doute, mais comment cette illusion, qu'il est si facile de reconnaître et qui a d'ailleurs été si clairement exposée par des philosophes, a-t-elle pu naître, comment persiste-t-elle avec cette vigueur, comment peut-elle servir de base à notre conception de la science et d'où vient que celte conception nous satisfasse à tel point ? Renversons les termes et l'énigme s'explique. Ce n'est pas parce que nous comprenons le corpuscule que nous le choisissons comme point de départ. Ce que nous postulons, c'est la persistance de quelque chose. Parmi les choses dont nous pouvons postuler la persistance, la moins incompréhensible, la plus proche de notre sensation immédiate ou plutôt de ce sens commun qui crée le monde extérieur, est le corpuscule matériel ; c'est donc de là que nous partirons. Il est incompréhensible au fond, ditesvous? D'accord, mais pouvez-vous nous offrir un point de départ plus solide ? Sinon, nous nous en tiendrons à celui-là — car il nous faut à tout prix quelque chose qui subsiste — et, en négligeant entièrement ce qu'il recèle d'inexplicable et de contradictoire au fond, nous essaierons d'expliquer, avec son aide, le monde sensible. Ce n'est que si cette dernière opération échoue que nous songerons à modifier le point de départ ; nous substituerons alors au corpuscule le centre de force ou l'atome à la fois corpuscule et centre de force, — concepts encore plus incompréhensibles que le corpuscule lui-môme, mais dont les contradictions ne nous embarrasseront pas davantage.
S il fallait une preuve plus directe que tel est bien le pro-