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LA THEORIE ELECTRIQUE DE LA MATIÈRE

cessus logique inconscient par lequel se constituent les théories atomiques, cette preuve nous serait fournie par Tensemble des conceptions qu'on peut désigner par le terme de « théorie électrique de la matière » et qui se rattachent surtout au nom illustre de J.-J. Thomson. On peut affirmer, sans exagération, qu'à Theure actuelle cette théorie triomphe, qu'elle domine l'ensemble tout entier des sciences physiques ; jamais peut-être, dans l'histoire des sciences, conception aussi générale n'est parvenue, aussi rapidement, à une telle prépondérance. Hàtons-nous de reconnaître que la théorie, par ses mérites essentiels, explique et justifie pleinement cet engouement. Elle est d'une merveilleuse généralité, pénétrant jusqu'au fond des phénomènes, non seulement de la science (le 1 électricité et de l'optique (liée indissolublement à la première, depuis Maxwell et Hertz), mais encore de toutes les autres branches de la physique et aussi de la chimie, où elle semble installer enfin à demeure ce vieux principe de Tunité de la matière qui était le <( postulat secret » de la théorie atomique, alors que les chimistes, qui prétendaient adhérer à cette théorie, le reniaient cependant à tout moments Elle explique aussi, sans effort, ces mystérieux phénomènes des corps radioactifs qui semblaient tout d'abord ruiner les conceptions les plus fondamentales de la science. Enfin^ tout en étant si générale et si abstraite, puisqu'elle résout ce qui fait le fin fond de notre représentation sensible : la matière j en quelque chose qui n'a plus rien de matériel, cette théorie est en même temps étonnamment concrète. En effet, cet élément ultime, ce composant de l'atome, dont la grandeur par rapport à ce dernier est à peu près du même ordre que celle d'une planète par rapport à l'ensemble du système solaire, ce mystérieux électron, elle le rend pour ainsi dire palpable. Grâce à l'observation de M. Wilson, nous pouvons le surprendre au moment où il sert de noyau autour duquel se condense une gouttelette d'eau ; et l'on sait qu'en combinant les résultats de cette expérience avec la formule de Sir George Stokes sur le rapport entre la vitesse avec laquelle s'opère la chute de petites sphères dans l'air et la grandeur de ces sphères, M. J.-J. Thomson est parvenu à mesurer cette charge minimum d'électricité que nous appelons électron et l'a trouvée identique dans les gaz chimiquement divers-.

\. <:f. plus bas. p. 217 ss.

i'. J.-J. TnoM-^ox, Efe-^tricif;/ and Mftftrr. New- York. 100 J, p. :i><.

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Nous avons, chemiu faisant, indiqué quelques-unes des données caractéristiques de la théorie. Retraçons-en cependant les traits principaux, en suivant surtout le magistral exposé de M. J.-J. Thomson.

L'être le plus simple que la science eût envisagé jusqu'à ce jour, Tatome chimique, est conçu, dans la nouvelle théorie, comme une construction d'une grande complexité. Proat a cru que les atomes de tous les éléments chimiques étaient des composés d'atomes d'hydrogène, et J.-B. Dumas a envisagé la possibilité de les constituer à l'aide de demi-atomes ou de quarts d'atomes d'hydrogène ; la nouvelle théorie suppose une unité qui équivaut à peu près à 1/700 d'atome d'hydrogène. Ce que nous qualifions d'atome devient une sorte de nébuleuse sans soleil, formée d'un grand nombre de corps égaux possédant de l'inertie et soumis à des forces mutuelles électriques d'attraction et de répulsion, d'une grandeur très considérable ^ Les théoriciens traitent cette nébuleuse seloa les procédés usités en astronomie, calculent des perturbations et appliquent les lois de Kepler ^ Les atomes chimiques se distinguent les uns des autres par le nombre de ces « corpuscules » (selon la terminologie de M. J.-J. Thomson) dont ils sont composés, mais surtout par la manière dont ceux-ci se trouvent arrangés ; et l'on peut voir comment, par une conception ingénieuse et en utilisant des expériences dues à M. Mayer au sujet de l'arrangement spontané de petits aimants flottant sur l'eau, M. J.-J. Thomson parvient à expliquer les propriétés périodiques des éléments, qui seraient dues à ce que des arrangements analogues reparaissent de temps en temps, à mesure que le poids atomique des éléments augmente ^

Mais qu'est cet élément fondamental, ce corpuscule qui constitue l'atome chimique et par conséquent tout ce que le sens commun qualifie de matière ? C'est, nous dit M. J.-J. Thomson, une unité d'électricité*. Ainsi, la matière devient un phénomène électrique. Peut-être verrons-nous plus clairement les conséquences qu'entraine cette conception, si nous envisageons ce que devient ici le concept de masse. La théorie

1. Sir Oliveiv Loock, Sur lea électrons, trad. Nl'Giks et PÉniDiER. Paris, i906, p. 159.

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