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CHAPITRE III

LE PRINCIPK D'INKRTIE

On, a affirmé quelquefois que ce principe fut connu dans rantiquitë ^ Il est certain qu*en suivant Texposé d'un système atomique grec, comme celui de Démocrite, à travers les réfutations d'Aristote^ ou celui d'Epicure dans le De natura reriim, un lecteur moderne est presque invinciblement conduit à supposer que ces philosophes postulaient implicitement rinertie. Nous ne croyons cependant pas que tel lui le cas. Nulle part, ni chez un philosophe atomiste, ni même chez aucun écrivain ancien, n'apparaît une allusion indiquant que Ton croyait au mouvement indéfini en ligne droite, eu vertu d'une impulsion reçue et sans l'action continuelle d'une force. Il est probable qu'un atomiste ancien, interrogé sur la question de savoir d'où vient le mouvement continuel des particules, aurait répondu qu'elles tombent ou se meuvent en vertu d'une force qui leur est inhérente ; cela se voit nettement chez Lucrèce, et Démocrite semble avoir été du même avis- : tout au plus aurait-il cité l'exemple de quelque mouvement persistant connu, comme celui de la toupie ou de la corde qui vibre ', plutôt que le mouvement du corps jeté qui lui appa-

1. Tel parait être notamment l'avis de Paul Tannery, Galilée ei les pria- «>««</« to c/ynaiwiçtte. Revue générale des sciences, vol. XFI, 1901, p. 3H3» Cf. aussi RE!f6 Berthelot, Bibliothèque du Congrès de philosoptiie de 19W, vol. IV, p. 99.

2. Cf. Habillbau, l. c.y p. 2L0-ili. M. Mabillcau a cerlaincment raison de supposer que le passage d'Arislote transcrit par lui (Mélaph. XII, 6. 1071) et où il est question du mouvement naturel des atomes, est une citation de Démocrite. La suite « Il n*y a proprement ni cause ni raison de ce qui existe éternellement » exprime une opinion de l'atomiste contre laquelle Aristote a constamment protesté. Cf. aussi De generalione anbnalium, II, 6.

3. DioGÈMEDB Labrtb (Vies et doctrines des philosophes de V antiquité, Irad, Zbvort Paris, !8i7. vol. II, p. 212) affirme expressément que Démocrite aurait déclaré que les atomes sont omporios à travers l'univers par un

raissait saus doute comme un mouvemeot vers uq but, donc forcément limité. S*il en avait été autrement, Aristote. en exposant sa théorie du mouvement circulaire naturel des corps célestes, aurait été contraint d'y faire allusion; on sait assez qu'il se donne toujours beaucoup de peine pour réfuter les opinions des atomistes. Or, son exposé semble au contraire prouver qu'il n'avait à combattre sur ce point aucune opinion adverse ^ On pourrait objecter que cet argument n*est pas absolument probant en ce qui concerne les corps terrestres : chez Aristote, en effet, le mouvement des uns et des autres est très différent, et il eût pu à la rigueur (bien que ce soit peu probable) en être de même chez les atomistes. Mais un autre passage de la Phyfiique nous semble décisif à cet égard. Aristote se sert de Timpossibilité du mouvement continu en ligue droite pour une preuve par Tabsurde ; cette impossibilité lui semble manifeste au point qu'il ne suppose même pas qu'on puisse différer d'avis sur ce point -. Il se serait certes exprimé tout autrement si le principe d'inertie avait été affirmé, même implicitement, surtout s'il avait été formulé par Démocrite.

Dans le même ordre d'idées, un passage de Pappus, mathématicien du iir siècle après Jésus-Christ, prouve à quel point la conception d'une persistance indéfinie du mouvement rectiligne était étrangère aux anciens. Pappus suppose un mobile d'un poids donné, posé sur un plan horizontal, et qui, pour être mû, a besoin d'une force (8ûvx;a'.;) donnée ; il demande qu'on calcule la force nécessaire pour mouvoir le poids si le plan est incliné sous un angle donné *. Ce passage n'admet, semble-t-il,

inouvement circulaire. — Pour la connaissance du mouvement de rotation chez les anciens, cf. plus bas p. 99.

1. Aristote, Traité du cic/,trad, Bahtii. Saint-1Iilairb> livre l", cap. 2, §5: « Puis donc qu'il y a un mouvement simple et que c'est le mouvement circulaire, puis donc que le mouvement d'un corps simple doit être simple aussi et que le mouvement simple doit ôtrc celui d'un corps simple... il s'ensuit de toute nécessité qu'il existe un corps simple qui, par sa

. propre nature, doit être doué du mouvement circulaire -. /A, 1. II, cap. I"i §2 : « Or, comme le mouvement circulaire est parfait en lui-même, il enviloppetous les mouvements incomplets qui ont une limite et un point d'arrêt, n'ayant lui-même ni commencement ni fin et étant sans interruption ni repos durant l'éternité toute entière » Métaphysique, I. Xll, cap. VI : « Le seul mouvement qui, dans l'espace, puisse être continu, c'est le mouvement circulaire. »>

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