LES SYSTEMES RELATIVISTES
est certainement plus répandue' ; elle est, pour ainsi dire, courante dans l'exposé des principes de la science. Ce n'est pas que l'argumentation de Newton ait été valablement réfutée. Mais on éprouve, dirait-on, une répugnance intime à en admettre les conséquences. Il suffit, pour s'en convaincre, d'examiner la formule du principe d'inertie telle que nous l'avons citée d'après d'Àlembert. Qu'est-ce que le corps en repos dont il est question dans la première partie? Tous les corps que nous connaissons sont en mouvement, y compris les étoiles fixes; cet énoncé serait donc inapplicable, et par suite inutile. La seconde partie du principe, nous garantissant la continuation du mouvement uniforme en lignedroite, c'està-dire du repos apparent, nous rendrait dès lors les services que nous attendions de la première, et il faudrait y ajouter une formule concernant la composition des mouvements pour remplacer la deuxième partie actuelle. Les termes « repos » et (c mouvement », dans l'énoncé actuel du principe, ne sauraient donc signifier autre cbose que repos et mouvement apparents, relatifs aux corps voisins. Mais on retrouve cette formule relativiste chez les partisans de Tespace absolu, même chez Newton^. D'ailleurs, à côté de ces termes semblant impliquer la relativité du mouvement, le môme énoncé de d'Alembert en contient un autre qui a un sens contraire. Qu'est-ce, en eflet, que la ligne droite dans laquelle le corps se mouvra, selon l'expression de d'Alembert? Comment s'y prendra-t-on pour la déterminer, par rapporta quel objet ou à quel ensemble d'objets? Un mouvement qui, vu de la terre, semblerait se faire en lignedroite, paraîtrait curviligne vu du soleil, ainsi que l'a fort justement remarqué C. Neumann^ Parle fait, personne ne doute qu un mouvement qui se fait en vertu de l'inertie ne soit entièrement indépendant du mouvement du corps céleste dans le voisinage duquel il se produit et que cette ligne droite ne soit orientée par des points de repère se rattachant à la c( voûte céleste » ; l'espace nous apparaît à cet
s* année, 1905, p. 27, ss. — Cf. aussi Henri Bergson, Afa/tère et Mémoire, Paris, 1903, p. 214.
1. Sans doute, M. H. Poincar^ a formulé l'opinion générale des physiciens contemporains en affirmant que le fait qu'on peut mesurer la vitesse de rotation absolue a choque le philosophe », mais que le physicien est forcé de raccepter {Des fondements de la géométrie, Revue de métaphysique, vol. VII, 1899, p. 269).
1 Hbwton. I. c. p. 17.
S. NKmAHN. U c, p. 14.
égard comme rempli d*uDe infinité de systèmes de coordonnées absolument rigides ^
On peut, dans une certaine mesure, conserver les apparences de la relativité en stipulant que le mouvement sera rectiligne à Tégard d'un autre mouvement ou d'un système de mouvements qui 'se feraient en vertu de Tinertie. Des formules de genre ont été proposées par MM. Streintz* et Ludw. Lange^ et Ton voit par la Theoria motus d'Euler que ce dernier avait conçu une idée analogue^ M. Streintz appelle « corps fondamental » un corps quelconque qui peut être considéré comme indépendant des corps qui l'entourent et qui n'est pas en train d'exécuter un mouvement de rotation. On peut s'assurer de celte dernière circonstance par des expériences directes, par exemple à Taide du pendule ou du gyroscope de Foucault*, instruments qui, comme on sait, indiquent la vitesse absolue du mouvement de rotation et non pas seulement, comme c'est le cas quand nous considérons des vitesses rectilignes, les modifications de la vitesse. Le principe d'inertie consiste dès lors à affirmer qu'à l'égard d'un tel corps fondamental, ou d'un système de coordonnées qui s'y rattachent et que M. Streintz désigne comme « système de coordonnées fondamental », tout autre corps, s'il n'est pas soumis à des influences du dehors, se déplacera en ligne droite et avec une vitesse uniforme. M. L. Lange considère les mouvements de trois (( points matériels » sur trois droites qui se rencontrent en un point, et rapporte les mouvements de tous les autres corps à ce « système inertial»; la supposition que ces trois points primitifs suivent un mouvement uniforme en ligue droite, est une convention; si on l'accepte, l'énoncé analogue pour les autres corps peut être considéré comme une vérité d'expérience. — Le système de M. Streintz a le grand avantage d'être à peu près conforme à
i. Il semble bien qu'à un moment donné la science a connu un principe, au moins sous-entendu, qu'on pourrait qualifier de principe de la relativité du mouvement. Nous avons cherché à en préciser la portée (Cf Appendice III) et l'on verra qu'il ne se confond nullement avec notre principe d'inertie actuel.
2. II . Streintz. Die physikalischen Grundlagen der Mechanik. Leipziff, 1883, p. 24-25. **