‹ Identité et réalitéChapitre 85 sur 274 · DOBHRING, /. c · texte numérisé non relu

DOBHRING, /. c

5. Berkeley. V^orks, éd. Fraser, Londres, 1871, vol. IIL De motu % 29.

LE PUINCIPE N EST PAS APRIORIQUE 125

dans la matière elle-mêrae. Nous avous vu qu'il n'existe aucun moyen de rendre intelligible le choc de deux corps; et, quant à la force à distance, ce n'est qu'un êlre mystérieux. Si un corps possède cette faculté inconipréheusible d'ngir sur un autre à travers l'espace, pourquoi ne se niellnnt-il pas en mouvement lui-même? « Uu des caraclères les pins généraux de la matière est de pouvoir, dans des circonstances propices, se mettre elle-même en mouvement », a dit un physiologiste connu pour son ferme attachement aux doctrines matérialistes^ Mais nous pouvons confirmer le résultat aii(|uel nous sommes parvenus par des considérations un peu abstraites, en analysant de plus près certaines conceptions de la physique moderne.

Il n'existe rien d'immobile dans la nature. Non seulement tous les corps sont en mouvement, mais encore leurs parties sont en état d'agitation continuelle. Voici une masse d'eau dans un vase; elle semble en repos. Mais il suffit qu'une ouverture baille au-dessous du niveau de la surface, pour que le tout se mette en mouvement. Si nous voulous comprendre quoi que ce soit à ce phénomène, nous sommes bien obligés de supposer que le repos n'était qu'apparent, qu'à l'intérieur de l'espace rempli par l'eau le mouvement existait déjà précédemment, bien qu'il fût invisible.

Cette agitation des parties nous échappe d'ordinaire; quelquefois elle ne se manifeste à nous que sous forme d'une énergie, telle que la chaleur: mais M. Gouy nous a appris à la rendre directement sensible à l'œil sous la forme du mouvement brownien. D'ailleurs, tout corps est une source continuelle de mouvement pour tout ce qui l'entoure, puisqu'il rayonne sans cesse de la chaleur. Si nous ne nous eu apercevons point, c'est parce qu'il reçoit autant de mouvement qu'il en dépense. Ainsi l'immobilité, même relative, n'est qu'apparente et la matière inerte n'est qu'une abstraction irréalisable. Il n'y a donc rien de contradictoire à ce qu'elle manifeste, à un moment donné, du mouvement, à peu près comme une bille qui est susceptible de transformer son « effet » en translation^; et c'est bien à peu près de cette manière que nous

i. MoLESCBOTT. La circulation de la vie, trad. Gazelles, Paris, 186(s p. %. On peut rapprocher de raffirmalion de Moleschott ccUe incidente de Mauriirrois, Co8$nologie. CEuvres. Lyon, 175B, vol. I, p. 33 : a... quoiqu'il fût absurde de dire qu'une partie de la matière qui ne peut se mouvoir ellemôme, en pût mouvoir une autre. »

S. On sait que la théorie de la matière du Dr Gustave Le Bon est entiè-

120 LE PRINCIPE d'inertie

sommes forcés de nous figurer l'action des explosifs. — Ainsi, noire assentiment à la proposition qui stipule l'inertie à l'état de repos n'a pas du tout sa source dans les motifs que nous sommes tentés de lui attribuer et, de ce fait, ne peut nous être d'aucun secours pour la démonstration apriorique du principe.

Il ressort, semble-t-il, clairement de l'examen auquel nous venons de nous livrer que, contrairement à l'opinion de d'Alembert et de Lotze, de Kant et de Maxv^rell, le principe d'inertie ne saurait se démontrer a priori. L'inertie ne fait pas (( partie intégrante du concept du mouvement » (Lotze) ^ et, en la niant, on ne se met pas « en contradiction avec Tunique système de doctrine logique sur l'espace et le temps que Tesprit humain ait été capable de concevoir » (Maxwell)*. C'est au contraire, ainsi que John Stuart Mill l'a clairement aperçu, une proposition paradoxale et à laquelle « l'humanité pendant longtemps n'a ajouté foi qu'avec beaucoup de diffîculté' ».

Par contre, il nous semble difficilement contestable que ce principe puisse être considéré comme une vérité d'expérience. Assurément, l'expérience directe est impossible. Tous les corps que nous connaissons obéissent à la gravitation et nous n'avons aucun moyen de les soustraire à l'action de cette force. Le mouvement recliligne et uniforme ne saurait donc être réalisé. Nous pouvons, il est vrai, décomposer les mouvements des corps célestes; on a dit quelquefois qu'ils constituent la démonstration la meilleure du principe d'inertie, et cela est vrai en un certain sens. Mais, en tant que fait primitif, cette décomposition manquerait de force démonstrative, étant donné que l'autre composante, la gravitation, reste enveloppée de mystère. Sans doute Hegel avait tort de protester, dans un passage qui a souvent servi de thème aux contempteurs de la métaphysique, contre la supposition que les corps célestes étaient tiraillés en sens divers, et de déclarer qu'ils traversaient l'espace en « dieux libres ^ ». Mais, en

rement basée sur l'hypothèse d'un mouvement extrômemenl rapide des particules, mouvement qui se manifesterait au dehors dans certaines conditions. Cf. Le Bon. L'évolution de la matière, Paris 4905, passim,

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