‹ Identité et réalitéChapitre 95 sur 274 · Ib. I. levers · texte numérisé non relu

Ib. I. levers

b. Lucien de Samosate. (JEuwes, trad. Talbot. Paris, 1882 t. 1" p. 531.

6. Cf. J. Bernays. Lucian und die Kyniker. Berlin, 1876, p. 27, 33, 57. US. Bernays doute que le traité sur Démonax soit de Lucien, mais lattribtK» à un contemporain de Démonax.

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des opinioDS atomistiques, ni qu'il ait étudié des questions scientifiques. La phrase est citée comme une <( repartie heureuse ». La citation n'en est que plus signiGcative, car elle prouve que ce raisonnement, analogue à ceux que nous faisons en vertu du principe, était devenu courant dans les écoles philosophiques. — Il est certain, d'ailleurs, que Lucrèce n'a fait que répéter les enseigaemeuts de sou maître Épicure, et il est au moins fort probable que cette partie de la doctrine avait déjà été formulée par Démocrite, peut-être même par Leucippe *.

On peut dire qu'en un certain sens les anciens atomistes ont dû concevoir, en même temps que la constance du poids, celle de la masse. En effet, ils confondaient,sembIe-t-iI, complètement ces deux concepts. Il n'est guère aisé de se figurer comment Démocrite et Épicure se représentaient les mouvements des atomes dans le vide, le principe d'inertie et l'ordre d'idées tout entier qui s'y rattache leur étant demeurés étrangers. On croit presque deviner, par la manière dont Aristote expose sa théorie du mouvement dans le plein, qu'il devait y avoir là une lacune dans les conceptions de ses adversaires, lacune dont le Stagirite triomphe avec quelque complaisance. Quoi qu'il en soit, il n'est pas douteux que, dans le poème de Lucrèce, les atomes agissent en vertu de leur poids ; ce dernier concept, déjà attribut inséparable de la matière, devient doue eu même temps la mesure directe de son principe d^action, c'est-à-dire qu'au lieu de poser p = n\g, on formule p = m. Il esta remarquer, d'ailleurs, que cette confusion est conforme à notre sentiment immédiat, que nous sommes continuellement enclins à la commettre et que, dès nos premières leçons de mécanique, il nous a fallu quelque effort pour séparer les deuxnotions^

Les conceptions des atomistes, si répandues qu on les suppose, ne gouvernaient pourtant pas sans rivales les esprits dans l'antiquité. La doctrine d'Aristote, destinée à une si brillante fortune dans les siècles suivants, contredisait con-

1. Cf. parexemple Aristote, Traité du CieL 1. 1 cap. vu, d'où il semble ressortir que les atomistes ont affirmé nettement la pesanteur universelle des corps. En ce qui concerne les atomes, tes témoignages directs de rantiquiU.> sont quelque peu contradictoires. Cependant, après les avoir discutés, M. Mabilleau {/. c. p. 211) arrive à la conclusion que Démocrite leur attribuait bien de la pesanteur.

i Cf. plus bas p. 164.

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sciemment., sur presque tous les points, celle de Leucippe et de Démocrite.

Aristote, tout comme les atomistes, confond, semble-t-il, masse et poids en tant que principe d'action mécanique. Mais, d'autre part, il dissocie complètement les deux concepts de matière et de poids. Le poids est une qualité accidentelle de la matière. Il est la résultante de Faction de deux principes opposés, la pesanteur et la légèreté. « Il y a des choses qui naturellement s'éloignent toujours du centre et d*autres qui, non moins naturellement , sont toujours portées vers le centre. . . Ainsi donc, nous disons qu'un corps est léger d'une manière absolue quand il est porté en haut et vers Textrémité, et nous disons qu'il est absolument lourd quand il va en bas, c'est-àdire vers le centre* ». C'est le cas de deux des éléments sur les quatre qu'admet la théorie d'Aristote : « le feu n'a pas de pesanteur, ni la terre de légèreté^. » Quant à Teau et à Tair, ils ont aussi bien pesanteur que légèreté, celle-là prévalant dans l'eau et celle-ci dans Tair. On voit combien, dans cette théorie, ce que nous appelons poids est un concept dérivé. C'est aussi évidemment une propriété accidentelle. Platon, déjà, avait fait ressortir que les éléments se transforment sans cesse les uns dans les autres ^ D'ailleurs, il est d'expérience journalière que l'air et le feu interviennent dans les transformations de la matière : l'eau qui bout, le bois qui brûle. Aussi Aristote et ses sectateurs rangent-ils la pesanteur avec la couleur et la chaleur.

On sait à quel point ces doctrines prévalurent pendant le moyen âge ^ On trouve sans doute quelquefois, chez

1. Aristote. Traité du Ciel. I. IV, cap. i-'. i.Jb. I. IV, cap. II, §7.

3. Platon. Timée, Œuvrer, trad. Collet Paiis 1845, p. 648. âhistote. Traité du ciel, 1. III, cap. III, §1. —-Cf. l'exposé de la doctrine péripatéticienne chex Galilée. Massimi sistemi, giorn. {^{Œuvres, Florence, 1842. vol. I, p. 48).

4. D'après certains travaux récents, .la domination de la philosophie péripatéticienne au moyen âge aurait été bien moins absolue qu'on ne io supposait jusqu'ici. M. F. Picavet, notamment, a cherché à établir dans son Esquisse d*une histoire des philosophies médiévales, que \e vraimallre delà philosophie du moyen âge a été non pas Aristote, mais Plotin. Cette thèse appuyée par une étude approfondie des textes, a cependant trouvé di* nombreux contradicteurs (76. p. 110 ss. note). Son adoption ne modifierait pas sensiblement notre exposé. M. Picavet fait ressortir tout ce que Plotin doit à Aristote; Porphyre déjà avait constaté que « la Métaphysique d'Aristote est condensée tout entière » dans l'œuvre du néoplatonicien [Ih. 49) ; en somme, c'est Aristote qui lui fournit sa logique et sa science dci monde sensible (Ib. p. 88, 113). Donc, et bien qu'Arislote soit plus* nommé

les alchimistes, des raisonnements fondés sur des considérations de poids. Il se peut que ce fût en partie un héritage datant des origines de cette science, c'est-à-dire d'une époque antérieure à la domination de la philosophie des formes substantielles. On peut aussi supposer que les théories atomiques dont le reflet, nous l'avons vu, se retrouvait dans certains écrits fort répandus, exerçaient une certaine influence. Mais il faut dire aussi que ces raisonnements n'étaient pas en contradiction directe avec la philosophie régnante. Sans doute, il est très difficile de parvenir, par les formes substantielles, au concept numérique du poids ; mais en supposant ce concept donné, — le bon sens et Texpérience quotidienne s'acquittent suflisamment de cette tâche — il n'y a rien que de très naturel à attribuer une certaine importance aux observations relatives au poids, de même qu'on en accorde une aux observations concernant la couleur ou la chaleur des corps. Mais ce qui distingue ces opinions des nôtres, c'est que pour nous les considérations fondées sur le poids priment toutes les autres sans exception. C'était là un ordre d'idées complètement étranger à la science du moyen âge. Il n'est pas rare de trouver, dans les écrits de cette époque, des passages où la constance du poids est plus ou moins directement niée, sans même que Tauteur semble avoir conscience d'émettre une proposition hasardée. C'est ainsi que les alchimistes, parlant de la transmutation, mentionnent quelquefois la modification du poids du métal. « Par notre artiflce, dit Geber, nous formons facilement de l'argent avec du plomb; dans la transformation, ce dernier ne conserve pas son propre poids, mais se change en un poids nouveau ». De même Tétain « acquiert du poids dans le magistère *. » Les modernes, devant ces affir-

qiio lu et étudié pendant une grande partie du moyen âge {Ib. p. 443), c'est bien de lui, directement ou indirectement, que relève la philosophie de cette période, du moins en ce qui concerne l'étude du monde sensible (Ib. p. 89-91, 177). Mais on ne le connaît qu'imparfaitement, et surtout à travers ses commentateurs néoplatoniciens ; on ne le comprend pas toujours et on l'interprète et le complète avec une certaine liberté (76. p. 93). On trouvera, au cours de notre travail, quelques faits qui viennent à l'appui fie cette manière de voir. (Cf. notamment p. 298 ss).

1. Kopp, Oeschichte (1er Cfiemie, Kraunschwelg, 1845, vol. III p. 119. Kopp pense qu'il s'agit de l'augmentation de poids que le plomb et l'étain subissent pendant l'oxydation. Ce serait donc le même phénomène qui a tinalement tant contribué k établir la conservation du poids, qui aurait .servi primitivement ù démontrer le contraire, par suite de Topinion préconçue qu'à l'oxydation le corps perdait quelque chose.

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mations, sont toujours portés à croire, ou bien que l'auteur ue supposait qu'une modification du poids spécifique, ou bien qu'il admettait ladjonctiou d'une matière venant de Tair ou du feu ; mais, en réalité, cette adjonction ne paraissait nullement indispensable ; et quant au poids spécifique, on le confondait le plus souvent avec le poids absolu. Cette confusion est encore très fréquente à une époque postérieure ; non seulement Scaliger, au xyu*" siècle, mais à la veille même de la grande révolution opérée par Lavoisier, Kuuckel et Juncker la commettent^ Cette erreur, si l'on veut bien y réfléchir, est toute naturelle. Du moment que le poids est non pas une propriété essentielle, mais une qualité accidentelle de la matière, n'est-il pas naturel de supposer qu'au moment où cette qualité se modifie manifestement, c'est-à-dire où le poids spécifique change, le poids total doit changer aussi-? Le chancelier Bacon qui professait sur les qualités de la matière des opinions se rapprochant de celles des alchimistes, a afûrmé Texistence de corps absolument légers^ et le changement de poids par modification de l'état^ ; bien que, par ailleurs, il ait solennellement proclamé la constance du poids, en empruntant probablement cette idée aux atomistes anciens '\

On trouve quelquefois, chez les savants de cette époque, des raisonnements impliquant le principe de la conservation du poids. Telle l'expérience de Cusa qui, pour démontrer que la plante tire sa matière surtout de l'eau, pèse une quantité de terre dans un pot, y place des semences qu'il arrose, repèse la terre après que la plante a poussé vigoureusement et constate que le poids est resté presque le même ^ Mais il

1. Kopp, /. c, p. 120, 126, 128. 11 est curieux que Kopphii-mftme ait c^dé i\ la tentaUon et ait expliqué dans le sons moderne (en £^outantau terme poids l'adjectif spécifique) un passage d'Albert. (Die Alchemie iji aelterer und neuerer Zeit. Heidelberg, 1886, 1, p. 17). Il suffit d'examiner sans idée préconçue le passage cité par lui, pour se convaincre qu'Albert entendait bien affirmer une augmentation du poids.

2. j£AN Rey, voulant établir le principe de la conservation du poids, déclare quil va « ores porter le démenti a cette maxime erronée, qui a eu cours depuis la naissance de la Philosophie, que les elemcns allant mutuellement au change de l'vn à l'autre, ils perdent ou gaigncnt de la pesanteur, à mesure qu'en ce changement ils se raréfient ou condensent m. [Essaya. Réimpression. Paris, 1896, p. 48.)

3. Bacon. Works^ Londres 1837 vol. I p. 173 (Sylva sylvarum § 789).

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