IDENTITÉ PATHOLOGIQUE
Sourcils.
1° Crcarrices .— Les sourcils, par leur situation proéminente, sont exposés à des traumatismes divers, tels que plaies, contusions provenant de chutes sur la face, comme cela s’observe souvent chez les ivrognes et les épileptiques, coups reçus dans des rixes, brûlures, coups de feu, etc.
Il en résulte des cicatrices plus ou moins apparentes, souvent indélébiles, offrant une particularité intéressante : à leur niveau, les poils manquent et ne repoussent pas, ce qui les rend plus manifestes. D'autre part, il est facile aux gens porteurs de ces cicatrices de les dissimuler plus ou moins habilement en les cachant avec les poils du voisinage.
À part cela, les cicatrices des sourcils présentent les mêmes caractères que partout ailleurs.
La cicatrice sera linéaire, si elle est produite par un instrument tranchant, ponctuée, circulaire et rayonnée, si elle est due à un coup de fou ; dans les deux cas elle adhérera généralement à l'os.
Si elle est récente, on pourra, en écartant les poils, observer un véritable tatouage de la peau dû à une inscrustation de grains
“hé. de
de poudre. Elle sera irrégulière, plus ou moins étendue, empiétant sur la peau de la paupière, du front, de la tempe, si letraumatisme reconnaît pour cause une brûlure par le feu ou par des agents chimiques.
Ces cicatrices peuvent succéder à des opérations chirurgicales, dans les cas d’ablation de la glande lacrymale orbitaire, de kystes dermoïdes : la plaie est alors linéaire et disparaît facilement sous les poils des sourcils.
Pour retrouver ces cicatrices, le médecin expert devra écarter les poils avec beaucoup de soins sous peine de les méconnaître.
2° Tumeurs. — Les nævi que l’on rencontre au niveau des sourcils présentent les mêmes caractères que partout ailleurs. Ce sont des grains brunâtres, vulgairement désignés sous le nom de grains de beauté, des plaques peu saillantes, couleur lie de vin, appelées encore envies, etc. L’ablation ou la cautérisation de ces nævi donnera toujours naissance à des cicatrices qui permettront de soupçonner l'existence antérieure de cette affection. Les autres tumeurs des sourcils susceptibles de constituer des signes d’identité sont : les loupes, les verrues, les kystes sébacés, dermoiïdes, pierreux et calcaires, les lipomes, les fibromes.
L’ablation de ces tumeurs donnera également lieu à des cicatrices plus ou moins apparentes.
Paupières.
1° Crcarrices. — Aux paupières, les cicatrices sont très manifestes, car elles tranchent par leur aspect blanchälre et nacré sur l'aspect satiné et un peu bistré de la peau.
Si Ja cicatrice est linéaire, à direction transversale, elle peut coïncider avec une ride des paupières qui la masquera plus ou moins complétement. |
Le médecin expert devra donc tendre la peau avec soin, de
AD ee
façon à effacer les rides qu’elle présente à lélat normal. Les plaies des paupières dues à un déchirement avec irrilation des tissus, à des brûlures par un corps en ignition, par des liquides bouillants, des caustiques alcalins ou acides ne se réparent qu’au prix de cicatrices vicieuses ; il en résulte des brides, des déformations des paupières qui transforment tout à fait la physionomie des malades.
2° AFFECTIONS CONGÉNITALES. — Les vices de conformation congénitaux des paupières les plus fréquents sont le coloboma palpébral, l’ablépharie, l’ankyloblépharon, le blépharo-phimosis, le symblépharon et l’épicanthus.La plupart de ces anomalies peuventétre corrigées par une opération chirurgicale, maisilrestera toujours des cicatrices témoignant de l’existence antérieure de ces divers états.
3° Tumeurs. — Les principales tumeurs susceptibles de fournir des indications dans les questions d'identité, sont le chalazion, le millium ou mil'et, les papillomes, les verrues, les cornes, les angiomes ou nævi materni, les kysles, les fibromes et les lymphangiomes.
Les nævi materni siègent plus souvent sur la paupière supérievre que sur l’inférieure. Ils ont la forme de verrues d’un rouge écarlate ou de plaques rouges et peuvent disparaître d'eux-mêmes sans laisser de trace ou rester stationnaires.
Ils peuvent aussi s’agrandir rapidement, devenir saillants et envahir le nez, les joues jusqu’à la lèvre supérieure. Parmi les tumeurs malignes, nous citerons le sarcome, le carcinome et l'épithéliome.
Toutes ces tumeurs bénignes ou malignes peuvent être opérées, À leur place, il existera toujours des cicatrices qui révéleront leur existence antérieure.
4 Dermaroses. — La plupart des dermatoses se développent
— AU aux paupières secondairement, par extension du mal des parties. voisines : ce sont l’eczéma, l’impétigo, le psoriasis, l’herpés, Pérythème, le pityriasis. On y voit aussi quelques affections cutanées spéciales telles que l'éphydrose, la chromidrose, Ja séborrhée, l’œdème idiopathique, etc.
Nous laisserons de côté les affections chroniques de nature syphililique, scrofuleuse ou rhamatismale, qui peuvent le plus souvent disparaître à la suite d'un traitement régulièrement appliqué.
Ephidrose. — L’éphidrose est caractérisée par une hypersécrelion des glandes sudoripares apparaissant sous forme de fines. gouttelettes à l’orifice de ces glandes. Elle se rencontre chez les personnes sujettes aux sueurs localisées aux pieds, aux mains, à une partie de la face, etc.
Séborrhée. — Elle consiste en une hypersécrétion des glandes sébacées : la surface de la peau est couverte d’une espèce de vernis gras et luisant ou de fines pellicules jaunâtres. Elle se développerait particulièrement chez les femmes dysménorrhéiques ou présentant des troubles du côté des organes génitaux.
Elle disparaît après des lotions savonneuses chaudes, mais se reproduit fatalement peu de temps après le lavage. La séborrhée est donc une affection rebelle et peut conslituer, au même titre que l’éphidrose, un signe d'identité d’une importance médiocre, puisqu'il est fugace, mais qui mérite néanmoins d’être signalé.
Chromidrose. — C’est une affection rare, qui consiste en une coloration bleuâtre ou noirâtre des paupières limitée à la paupière inférieure. Elle s’observe chez les femmes ayant dépassé la quarantaine, la plupart du temps dysménorrhéiques et à tempérament nerveux. Quelques lotions avec de l'huile bi-iodurée, phéniquée, elc.…., suffisent pour enlever celte malière colorante.
Peu après la lotion, la sécrétion reparaît, de sorte que la gué-
48e rison définitive est fort rare. Le fait d'observer cette affection chez les femmes hystériques doit faire songer à la possibilité d’une simulation. Pour s’assurer qu’il n’y a pas réellement supercherie de la part des malades, le médecin expert devra nettoyer Îles paupières et attendre, en les surveillant avec soin, que la matière
colorante se reproduise.
Œdème idiopathique. — En dehors des œdèmes consécutifs à une affection inflammatoire des paupières ou symptomatiques d’une affection cardiaque ou brightique, il existe un œdème idiopathique surtout marqué le matin, et siégeant le plus souvent à la paupière inférieure.
On le rencontre chez certaines personnes âgées ou chez des sujets jeunes et lymphatiques sans qu’on puisse le rattacher à une cause connue.
Il est rebelle à tout traitement et peut fournir un signe d'identité qu'il est bon de connaître. On a signalé aussi l’œdème palpébral, précurseur de la trichinose. On l’a rencontré quelquefois chez les Allemands du Palatinat, qui sont, paraît-il, très friands de Ja viande de porc.
Xanthelasma. — Il est caractérisé par la formation de taches irrégulières, jaunâtres, siégeant ordinairement à l'angle interne de l'œil. On l’observe surtout chez la femme après quarante ans. Il est rebelle à tout traitement médical, et le seul moyen efficace de s’en débarrasser consiste à réséquer la plaque, ce qui donnera toujours lieu à la production d’une cicatrice.
Les plaques de xanthelasma pourront donc fournir à l’expert une marque d'identité assez précieuse, et lui permettront d'en déterminer d'une façon approximative l’âge du sujet qui en est porteur.
5° AFFECTIONS CHRONIQUES REBELLES. — Blépharite ciliaire chronique. — Les inflammations répétées du bord libre des paupières entraînent à la longue des déformations sérieuses.
fee
Le bord libre est épaissi, ulcéré, recouvert de croûtes, les cils manquent, ceux qui ont résislé à la destruction, sont fragiles et déviés. La blépharite cillaire chronique peut être simulée. L’arrachement des cils, l'application des substances irritantes et caustiques, donnent lieu à une inflammation du bord libre des paupières : si ces manœuvres son récentes, il est souvent facile de les démasquer ; si elles sont, au contraire, appliquées déjà depuis lonatemps, on a affaire à une véritable blépharite chronique : l'expert pourra alors être assez embarrassé et devra, dans ce cas particulier, s’aider surtout des commémoralifs.
6° Drrrorwités AGQUISES. — Le symblépharon, l’ankyloblépharon, le blépharophimosis, l’entropion, le trichiasis, etc., sont dès affections rebelles qui méritent d'être signalées au point de vue qui nous occupe, elles ne sont guère corrigées que par une opération chirurgicale qui laissera après elle des cicatrices.
7° AFFECTIONS DIVERSES, — Nous sigaalerons le blépharospasime, complication fréquente des inflammations superficielles de la cornée, des corps étrangers de la conjonctive, d’une fissure palpébrale, elc., ou symptomatique d’une névrose.
L’écartement anormal de la fente palpébrale, symptomatique d'une paralysie du muscle orbiculaire ou d’un goitre exophtalmique.
Le ptosis, en dehors des lésions organiques des paupières, reconnaît généralement pour cause la paralysie du muscle releveur et peut être symptomatique de l’ataxie locomotrice. A tous ces titres, il ne constitue pas un signe d'identité pathologique bien important, parce que l'électricité peut à la longue en amener la guérison, mais il peut être simulé et produit intentionnellement par la compression prolongée, au moyen d’un bandage.
Jl importe alors de surveiller le malade, pour voir cesser la contraction du muscle orbiculaire.
RE À à +
D'ailleurs, on s'aperçoit, en faisant regarder le sujet en haut, quo les mouvements d’élévation sont égaux dans les deux yeux.
Appareil lacrymal.
Il existe, au niveau de l'appareil lacrymal, fort peu d'altérations qui puissent intéresser le médecin légiste dans une question d'identité.
Les tumeurs du sac lacrymal, les fistules lacrymales, guérissent au prix de cicatrices qui décèlent leur existence. Les tumeurs de la glande lacrymale (kystes, adénomes, fibromes, enchondromes, sarcomes, elc.) sont assez rares ; toutefois leur présence ou l'existence de cicatrices, si ces tumeurs ont été opérées, peuvent fournir des marques intéressantes d'identité. Pour ce qui est de la caroncule lacrymale, nous mentionnerons son hypertrophie ou sa dégénérescence.
Enfin, on peut rencontrer aussi des cicatrices consécutives à des opérations chirurgicales, à des contusions, à des brülures, à des plaies de toutes sortes ; on peut trouver là aussi des corps étrangers, des incrustations de poudre : nous n'insisterons pas sur ces signes que nous avons suffisamment développés à propos des paupières et des sourcils.
NMuscles de l’œil.
Nous étudierons ici, comme susceptibles de fournir des mar ques sérieuses d'identité, certains cas invétérés de strabisme, de diplopie, et terminerons par quelques considérations sur le nystagmus,
1° SrraBisme. — Le strabisme s'établit ordinairement chez les enfants, vers 4 ou 5 ans, au moment où ils commencent à ap-
ER prendre à lire ou à écrire. Ce strabisme peut ‘être externe ou interne. Il existe un autre genre de strabisme que l’on voit éclater brusquement chez l'adulte et qui reconnait pour cause la syphilis: ce strabisme peut atteindre ous les muscles de l’œil, mais il est susceptible de guérison.
Le strabisme peut êfre simulé, surtout le strabisme convergent, car c’est sur le muscle droit interne que notre volonté a le plus d'influence. Jules Cloquet cile le cas d’un strebisme simulé par un enfant, strabisme qui, à la fin, devint réel et permanent.
L'expert devra donc examiner les strabiques avec beaucoup de soin et à diverses reprises ; à la longue, s'il y a simulation, l'œil se fatiguera à ce jeu et finira par se relâcher. D'ailleurs, l'examen de l'intérieur de l’œil et l'absence de toute cause morbide facilileront le diagnostic.
2° Drpcopre. — La diplopie n’a pas une grande importance comme marque d'individualité, mais elle peut être simulée. On pourra découvrir la supercherie à l’aide &’un verre rouge ou bleu. La diplopie est toujours symptomatique de la paralysie d’un des trois nerfs moteurs de l’œil. Elle se présente, soit aux images homonymes, soit aux images croisées. On s’efforcera donc de rechercher l’une de ces paralysies, et si les réponses sont contradictoires, si les symptômes accusés n’appartiennent à aucune paralysie connue, on aura affaire à un imposteur.
Nysracmus. — Le nystagmus est caractérisé par des mouvements oscillatoires du globe généralement indépendants de la volonté.
Certains individus peuvent néanmoins imprimer à volonté des mouvements oscillatoires rapides à leurs yeux. Si l'expert examine attentivement la nature de ces mouvements, il remarquera
— A6 — que l'œil est tremblotant, tandis que dans le nyslagmus vrai, pathologique, il se produit de vrais mouvements rotatoires. De plus, si l'examen ost prolongé, le simulateur fatigué finira par interrompre ces mouvements,
Conjonctive.
La plupart des affections de la conjonctive ont une marche généralement aiguë ; nous ne trouverons donc parmi elles que très peu d'éléments qui puissent nous servir dans une question d'identité pathologique. Aussi nous nous contenterons d'indiquer comme signes individuels, localisés à cette membrane, les cicatrices, les tumeurs, certaines conjonctivites chroniques rebelles et le xérosis.
1° Crcarrices. — Les cicatrices, au niveau des muqueuses, présentent à peu près les mêmes caractères qu'au niveau de la peau. Elles sont constituées par un tissu fibreux, de couleur rouge violacé si elles sont récentes, blanchâtre ou nacré si elles sont anciennes.
Mais elles peuvent être plus ou moins dissimulées par les produits de sécrétion de ces membranes. L'expert devra donc les rechercher avec soin, après avoir, au préalable, pratiqué des irrigations, de façon à débarrasser la muqueuse des produits de sécrétion qui l’encombrent.
Pour rechercher une cicatrice de la conjonctive, il faudra retourner avec soin les paupières, pratiquer des lavages et examiner attentivement à l'œil nu, à la loupe ou à l'éclairage oblique, la muqueuse palpébrale, bulbaire et des culs-de-sac. On arrivera ainsi à découvrir une cicatrice, à en étudier son aspect, sa forme et souvent à en déterminer la nature et la cause. Les cicatrices de la conjonctive résultent ordinairement de brûlures accidentelles par les acides, les alcalis, etc., de cautérisations trop vigou-
nm AT run reuses, de corps étrangers, de plaies, de réparations pathologiques ou d’opérations chirurgicales.
On s’efforcera de diagnostiquer la nature et la cause de la cicatrice en s’aidant des commémoratifs, de l'aspect, de la forme, de l'étendue et du siège de la cicatrice,
La simulation et la dissimulation des cicatrices conjonctivales sont rares.
2° Tumeurs. — Les tumeurs susceptibles de fournir des signes d'identité sont des lipomes, des polypes, des kystes muqueux, des tumeurs dermoïdes, l’épilhéliome et le cancer.
Elles ne peuvent disparaître que par une opération chirurgicale et au prix de cicatrices, d’adhérences ou de brides cicatricielles plus ou moins visibles.
Les nævi materni siègent le plus souvent à la partie interne, au niveau de la caroncule, et sont dus le plus ordinairement à l’extension d’une tumeur semblable des paupières.
On asignalé aussi des taches pigmentaires, légèrement saillantes, sur la conjonctive bulbaire.
On trouve également, au niveau des paupières, la lithiase conjonctivale, résultant de la dégénérescence calcaire du produit de sécrétion des glandes de Meibomius et se présentant sous la forme de concrétions blanchâtres ou jaunâtres de la grosseur d’unetête d’épingle.Au niveau de la conjonctive, sur le diamètre transversal de l’œil, près de la cornée, on peut rencontrer une petite tumeur blanc jaunâtre, appelée pinguecula.
Cette tumeur ne se montre ordinairement qu'à un âge avancé ; sa présence pourra servir à déterminer d’une façon approximative l’âge d’un individu.
39 CONJONCTIVITES CHRONIQUES REBELLES.— Certaines conjonctivites chroniques peuvent par leur persistance, leur nature et leur aspect constituer un signe précieux d’identilé.
mnt SD
De ce nombre, on peut citer l’ophtalmie granuleuse ou trachome, maladie parfois rebelle à toule thérapeutique ; le ptérygion, membrane charnue de forme triangulaire, empiélant plus ou moins sur la cornée. Le ptérygion ne guérit jamais spontanément :il ne cède qu’à une opération, laissant après elle un leucome cicatriciel qui, par son siège et sa forme, permet de reconnaître l'existence antérieure de celte affection.
4° Xérosis.—Le xérosis, caractérisé par un déssèchement de la conjonctive dù à l’atrophie des éléments sécréleurs de celte mernbrane, peut simuler des cicatrices conjonctivales : il suffit d’être prévenu pour ne pas commettre cette erreur de diagnostic.
Cornée.
La cornée, grâce à l’élasticité de son tissu, peut souvent échapper aux plaies contuses et aux ruptures qui atteignent fréquemment la sclérotique, beaucoup moins extensible qu’elle. Par contre, les blessures cornéennes proprement dites sont très fréquentes; elles sont superficielles ou profondes et sont produites par des instruments piquants et tranchants, par des corps étrangers tels que éclats de verre, de mélal, de pierre, de bois, par des agents thermiques ou chimiques, etc.
Les plaies superficielles, soignées de bonne heure, guérissent facilement et souvent sans laisser de traces ; négligées, elles gagnent en étendue et en profondeur et ne guérissent qu'au prix de délabrements souvent considérables. Il reste toujours, comme marque de leur existence, des cicatrices plus ou moins épaisses, souvent indélébiles et d’une grande importance au point de vue de l'identité.
Ces cicatrices ou leucomes de couleur blanc grisâtre ou nacré peu vent modifier complètement la physionomie d'un individu.
Il arrive souvent que les patients, dans un but esthétique,
cherchent à atténuer l’aspect disgracioux de l'œil produit par ces taches et se font tatouer la cornée. Parfois aussi, c’est dans un but de dissimulation qu'ils ont recours au tatouage.
Il importe donc que l’on soit prévenu pour ne pas se laisser prendre à ce piège. Ces leucomes peuvent occuper un siège variable, être périphériques ou centraux, internes ou externes, supérieurs ou inférieurs, punctiformes, linéaires, avoir une forme en étoile, en bandelelte, en fuseau, être uniques ou multiples, uni ou bilatéraux, Ces diverses particularités de siège, de forme, d'aspect, etc., permettront souvent de remonter jusqu'à la cause qui leur a donné naissance,
Les cornées leucomateuses sont ordinairement amincies, moins résistantes et peuvent, sous l'influence de l'augmentation de la tension intra-oculaire, s’allonger et devenir coniques ou globuleuses.
L’ectasie peut porter sur une petile portion de la cornée ou sur la cornée tout entière et donner naissance à des staphylomes.
L'expert trouvera là des signes d’identité d’autant plus précieux qu'il est impossible de les supprimer sans faire le sacrifice d’une portion plus ou moins considérable de l'organe.
Tout en conservant sa transparence et un aspect en apparence normal, la cornée peut voir les dimensions de ses diamètres augmenter : on a alors affaire à un kérato-cône ou à un kératoglobe ou buphtalmie.
L'examen à l’œil nu et surtout l’examen à l'éclairage oblique permettront de reconnaître assez facilement ces divers états.
Les tumeurs propres de la cornée étant assez rares, nous n’y insisterons pas.
D'ailleurs, après l’ablation, il restera une cicatrice qui révèlera leur existence antérieure.
Enfin, à un âge assez avancé, on remarque, à la partie supérieure de la cornée, une opacification en forme d'arc, de couleur grisâtre, connue sous le nom de gerontoxon, particularité que nous avons déjà signalée à propos de l'identité physiologique.
UT
Iris.
L’iridectomie, les lésions consécutives à un traumatisme du diaphragme irien telles que synéchies, déchirures, décollements, hernies,enclavements, absence d’iris, les tumeurs de cette membrane, le myosis, la mydriase, constituent des signes utiles pour la détermination-de l'identité. |
L'iridectomie fournira la preuve d’une intervention chirurgicale pour des sffections diverses, telles que cataracte, glaucome, iritis et irido-choroïdite, obstruction pupillaire, leucome central de la cornée, tumeur de l'iris, etc.
Dans certains cas, l'iridectomie peut être niée: il importe alors de savoir que les éléments du diagnostic différentiel de l'iridectomie, du colobome et des déplacements pupillaires sont tirés principalement de la cornée qui présente toujours, sous forme de cicatrice blanchâtre, la trace des anciennes sections. De plus, la forme de la pupille et le siège de la perte de la substance irienne mettront sur la voie du diagnostic. Les enclavements peuvent constituer des témoins utiles dont la présence jette la lumière sur d'anciennes plaies de ia cornée, de même d’ailleurs que les hernies, les décollements, l’absence d'iris, ete.
Certaines tumeurs de l'ir:s (kystes simples, perlés ou à eysticerques, laches pigmentées,angiomes, granulomes, sarcomes, etc.) peuvent, par leur présence ou, si elles ont été opérées, par la brèche irienne à laquelle l’opération a donné lieu, fournir des signes précieux d'identité individuelle.
Le myosis et la mydriase peuvent être simulés ; il importe donc de surveiller pendant quelques jours les malades qui en sont atteints.
Cristallin.
Le cristallin est susceptible de présenter de nombreuses particularités congénitales ou acquises, intéressantes pour le médecin légiste dans les questions d'identité. Il peut présenter une ou plusieurs échancrures sur sa circonférence : on a affaire dans ce cas à un colobome. Il peut manquer, soit qu’il ait été enlevé, comme dans l’opération de la cataracte, soit qu’il ait été discisé une ou plusieurs fois et que la résorption ait élé complète. L’impossibilité de voir de loin et de près sans le secours de verres, sauf pourtant dans les cas de myopie assez forte, l’absence des deux images postérieures de Purkinje, le tremblotement de l'iris, permettront toujours de constater l’absence du cristallin.
La lentille cristallinienne peut aussi être déplacée. La luxation sera congénitale ou acquise, complète ou incomplète. Dans la luxation complète, la lentille quitte la fossette hyaloïdienne pour se loger dans le vitré, dans la chambre antérieure, sous la conjonctive ou s'échapper au dehors. La luxation congénitale peut s'accompagner d’autres anomalies oculaires, comme la microphtalwie, la persistance de la membrane pupillaire, la correctopie, les vertiges de l'artère hyaloïdienne, etc... Elle est ordinairement héréditaire et souvent inégale des deux côtés. Les luxations acquises peuvent être spontanées ou traumatiques. Les premières sont liées à des altérations morbides de l’appareil suspenseur du cristallin. Dans les degrés élevés de myopie, dans la buphtalmie, dans les staphylomes de la région ciliaire, la zonule s’atrophie par suite de la distension qu’elle subit ou des désordres nutritifs qu’elle éprouve du fait de l’état morbide du tractus uvéal et du corps vitré ramolli.
Il est possible, en tenant compte de ces particularités, de dis- . tinguer les luxalions congénitales et spontanées des luxations