‹ Idoles de l'AmazoneChapitre 2 sur 7 · ANNALES DU MUSEE G U I MET · texte numérisé non relu

ANNALES DU MUSEE G U I MET

l’Indien du Brésil, le Tupi-Guarani au moins, ait eu des idoles ou représentations matérielles de la divinité, en admettant même que les Indiens dont parle le Père da Gunha puissent être apparentés à cette famille de sauvages brésiliens ; car ils vivaient dans le Haut-Amazone, sur les limites actuelles du Brésil et du Pérou, étaient en contact avec les Indiens de ce dernier pays et avaient adopté leurs coutumes, ainsi que le prouve l’usage de V Estollica, arme des anciens Péruviens. De plus, nous croyons voir dans la figure trouvée par M. Barbosa Bodrigues certaines ressemblances caractéristiques avec d'autres spécimens de l’art Transandin dont l’influence a bien pu se faire sentir dans sa fabrication. »

M. Barbosa Rodrigues m’ayant adressé une lettre dans laquelle il discutait amicalement mes conclusions, en paraissant cependant n’avoir pas compris que je ne niais pas absolument l’authenticité de sa trouvaille, mais seulement qu’elle appartient à la famille Tupi-Guarani dont j’étudiais le développement religieux, je fus obligé d’être plus explicite dans une note que j’envoyai aux Annales du Musée Guimet 1, note dans laquelle je disais :

« Qu’il ne me paraissait pas scientifiquement prudent d’admettre, sur

cette seule donnée, l’authenticité de cet objet en tant qu’idole de la famille la plus considérable de sauvages de l’Amérique du Sud. Que par conséquents et jusqu’à nouvelle preuve, nous ne la considérerions que comme un produit étranger à la région où elle a été trouvée, ce qui n’est pas difficile à admettre parce que, comme sculpture au moins, elle est bien supérieure à tout ce qu’on a rencontré jusqu’à présent au Brésil, qu’elle 11e rappelle aucun des spécimens de l’art purement Brésilien, et que, pour ces raisons, nous pensons qu’elle doit être considérée plutôt comme appartenant à l’art Transandin . du Nicaragua, ou autre du même genre.

« De semblables trouvailles, quand elles sont isolées, et quand on ne possède pas toutes les données indispensables, doivent être laissées de côté sous peine d’apporter plus d’obscurité que de lumière. Je 11e vois aucune difficulté à croire que dans la vallée de l’Amazone il ait existé des Indiens d’une autre race ou d’une famille étrangère aux Tupi- Guaranis. Il me

1 Cette note ne nous est malheureusement pas parvenue.

paraît même que les récentes études et les découvertes de M. Barbosa Rodrigues lui -même et de MM. Hartt, Ferreira, Penna et autres, autorisent à admettre, sous certaines réserves toutefois, l’existence dans ce pays d’une civilisation pré-tupinienne (et bien plus avancée que celle-ci) à laquelle l’idole trouvée par M. Barbosa Rodrigues aura peut-être pu appartenir; mais je ne puis croire qu’elle ait reçu le culte d’individus parlant, comme langue maternelle, le Tupi-Guarani, parce que ces peuples, comme je crois l’avoir démontré, étaient, en fait de religion, à la période du fétichisme primitif, à l’animisme, et ne représentaient pas leurs conceptions subjectives.

« Ce que l’on ne peut nier, concluais -je, c’est que ce groupe de pierre ou cette idole, soit authentiquement américain, et ce fait seul est suffisant pour lui donner une grande valeur. »

De ce qui précède il résulte que je niais que la famille Tupi-Guarani eut possédé des idoles ou représentations matérielles de ses conceptions subjectives en matière de croyance religieuse; que je n’admettais pas que l’idole trouvée par M Barbosa Rodrigues appartînt à cette famille ; que, si je ne le disais pas catégoriquement, du moins je penchais à voir là un produit étranger à la région Amazonienne Gis-andine, et principalement à la partie où elle a été trouvée, le Bas-Amazone.

J’étais encore dans cette conviction quand la découverte fortuite, mais heureuse, d’une figure, en pierre aussi, un fétiche analogue à celui que M. Barbosa Rodriguez a appelé Idole Amazonienne1, faite par moi -même dans ma dernière excursion aux Amazones (novembre 1882), est venue apporter un nouveau document en faveur de l’opinion du savant botaniste et me faire changer d’avis, du moins quant à ma dernière proposition.

Ma découverte, quelque importante qu’elle soit, ne résout cependant pas par elle seule la question complexe soulevée par la brochure de M. Barbosa

1 Idolo Amazonico achado no Rio Amazonas, par .T. Barbosa Rodrigues, Rio de Janeiro, 1875, avec une planche représentant l’Idolo (voir planche VI).

Je crois préférable d’appeler fétiche, tant l'objet que j’ai trouvé moi-même, que celui qui a été découvert par M. Barbosa Rodrigues. Il me semble que le mot Idole porte avec lui l’idée d'adoration; or, comme je le montrerai tout à l'heure, aucun de ces objets n’a reçu de culte; ils servent seulement de talismans propitiatoires, et c’est pourquoi le nom de fétiche leur convient mieux que celui d 'Idoles. Cependant comme cette dernière dénomination est généralement acceptée je la conserve, me réservant seulement le droit de les employer toutes deux.

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