‹ Idoles de l'AmazoneChapitre 3 sur 7 · ANNALES DU MUSEE GUIMET · texte numérisé non relu

ANNALES DU MUSEE GUIMET

Rodrigues, et je crois que, maintenant qu’un nouveau document apparaît confirmant le premier, il y a lieu de revenir sur le sujet si largement traité déjà par lui dans ladite brochure.

Avant d’entrer dans les considérations que suggèrent les deux fétiches que que je vais étudier, je crois qu’il convient de les décrire l’un et l’autre, non seulement dans l’intérêt de la clarté de la discussion, mais pour mettre le lecteur en état de bien juger la question.

« L’ensemble de cette idole, dit M. Barbosa Rodrigues, repose sur les mœurs des Indiens et des animaux, et sur la croyance en l’infiuence des mères de ces derniers.

h Notre idole (voir planche VI) se compose de deux figures : un carnassier cherchant à dévorer une chélonée. Elle a 185 millimètres de hauteur, 90 millimètres de largeur, et 15 millimètres de largeur, les deux figures, carnassier et chélonée, comprises.

« Assis sur une chélonée « podocnemis », un jaguar « felis » tient entre ses grilles une parure de fantaisie suspendue à la langue de la tortue, et passant derrière la tête et le cou où s’appuient les dents de la mâchoire inférieure du jaguar.

« La tortue qui, par la forme de son écaille, se rapproche beaucoup du Jabutia iestudo », a un long cou perpendiculairement dressé terminé par une tête dont les formes et la position diffèrent complètement des autres chéloniens. J’ai cherché à rapprocher cette tête de celle de quelque autre animal, mais sans résultat, ce qui me fait supposer qu’ici l’artiste a cédé à la fantaisie, tandis que pour la figure du jaguar, il a scrupuleusement conservé les caractères distinctifs. L’artiste s’est tellement laissé aller à la fantaisie, qu’en outre de l’ornement dont j’ai parlé, il a encore paré le cou de la tortue d’un collier enjolivé d’une tresse. La tête est allongée, plate dans la partie inférieure, et semi-convexe dans la partie supérieure ; elle s’effile au museau. Celui-ci a des reliefs qui dessinent les lèvres soulevées par la pression interne des dents, et présente sur sa partie supérieure une ligne relevée qui, passant par le milieu

de lamâchoire supérieure, va finir à la hauteur de l’os frontal, qui se trouvecaché par la langue du jaguar. Les yeux affectent la forme d’un demi-cercle, avec la partie convexe dans le haut . Le cou et la tète de la chélonée présentent des formes anguleuses qui se retrouvent aussi chez le jaguar. La tête de cet animal a la forme semi-globuleuse des carnassiers du genre felis. Elle présente cependant des mâchoires longues et si ouvertes qu’elles forment entre elles un angle droit. Mais si, parla longueur des mâchoires, elle s’éloigne de l’espèce felis , la forme des canines et des molaires caractérise bien le carnassier.

«L’artiste a poussé l’exactitude jusqu’à laisser dans la mâchoire supérieure un vide à la place où se loge la canine inférieure. Il a cependant commis une erreur ou un oubli en n’indiquant que quatre incisives au lieu de six. La forme des narines, la position des oreilles, la place des yeux, et même la forme du cou sont bien celles du terrible hôte des forêts américaines. L’aspect général du corps et des extrémités, travaillées d’une manière anguleuse, se rapprochent des quadrumanes; cependant les mains ont cinq griffes comme celles des carnassiers. Gomme aspect général, c’est le jaguar « Yaurité » des indigènes. La queue est malheureusement brisée; on peut voir cependant qu’elle était relevée.

« Malgré l’incorrection du dessin et la fantaisie de l’artiste, on reconnaît que le sculpteur était habile et observateur de la nature. L’habitude qu’ont les carnassiers du genre felis de venir chaque année, au mois de septembre époque du rut, manger des tortues sur les rives du fleuve, a, sans doute, décidé l’artiste à prendre cet animal comme symbole du dieu de la pêche, choisissant la mère du jaguar, comme plus puissante, pour vaincre la mère des tortues qui sont les animaux les plus productifs, puisqu’elles fournissent, non seulement la chair, mais encore les œufs, la graisse et l’écaille dont on se servait même, à cette époque, pour fabriquer des outils.

« Que cet objet soit une idole de pêche est un fait prouvé, non seulement par sa forme, mais encore par la présence de deux trous pratiqués obliquement dans la partie postérieure à sa jonction avec la partie antérieure, et destinés à faire passer des cordes pour lier l’idole à la proue de la montaria (canot). Ces trous ont 15 millimètres de diamètre. La perfection de cet objet, travaillé dans un morceau de serpentine, est réellement admirable. »

Telle est la description fidèle de l’idole amazonienne de M. Barbosa Ro-

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