‹ Idoles de l'AmazoneChapitre 7 sur 7 · ANNALES DU MUSEE G U I M ET · texte numérisé non relu

ANNALES DU MUSEE G U I M ET

italien, du moins au naturaliste brésilien qui s’en est servi, comme nous l’avons vu, pour classer son idole.

S’il a pu s’élever des doutes, et moi-même j’en ai exprimé, au sujet de Y habitat — si je puis m’exprimer ainsi — de l’idole de M. Barbosa Rodrigues, ces doutes doivent disparaître, je crois, devant le fétiche que j’ai eu le bonheur de découvrir et qui fait le sujet de cette étude. En premier lieu, il sert de contre- épreuve à l’autre (personne n’ignore combien est grande la valeur d’une contre -épreuve dans cette matière) et prouve mieux encore, que la première, qu’il a appartenu à des Indiens qui, suivant le Père Chris tovâo da Cunha 1 adoraient des idoles « que fabrican con sus manos, atribuyendo a unos el padir sobre las aguas, y assi les ponen por divisa un pescado en la mano ; a otros escogcn por duenos de las sementeras; y a otros, por valledares en sus batallas. » En second lieu, il montre sans contestation possible, quelle que soit l’origine de l'artiste qui l’a exécuté et de la nation qui croyait en son pouvoir, que l’un et l’autre appartiennent bien à l’Amazone, parce que si le jaguar et la tortue se rencontrent loin du grand fleuve, le poisson Acarà bararoà lui appartient exclusivement.

Ce double résultat devrait peut être me suffire pour conclusion de ce travail déjà trop long, mais je ne puis me résoudre à le considérer comme terminé sans rechercher jusqu’à quel point il vient détruire mes conclusions sur la religion des Tupi- Guaranis.

Quand même il serait certain que ces fétiches ont appartenu à cette famille indienne, mes conclusions n’en demeureraient pas moins debout. Eneffet, ayant écrit que « dans l’animisme, ou plus particulièrement dans le polydémonisme Tupi-guarani, le caractéristique de l’adoration faisait complètement défaut; que l’adoration existait, mais non le culte, principalement le culte interne, admettant que le culte externe se manifestait quelquefois par certainespratiques d’exorcisme qui, en elles-mêmes, n’indiquaient en rien l’adoration, je suis encore d’accord avec ce que le P. da Cunha dit des Indiens à qui ont appartenu ces fétiches... « no usan », écrit-il dans sa précieuse relation, de quelque cérémonie pour les adorer, mais <.< antes les tienen olvidados en un rincon liasfa el tiempo que lo chan menester; y assi quando liomde ira la guerra, llevan lo proa de las canoas,

Chris toval d'Acuna.

el Idolo en quen tienen puestas las esperanças de la vitoria, y quando salem a hazer sus pesquerias, he chan mano de aquel a quien tienen antreyado el dominio de las aguas, pero ni en unos, ni en otros flan tanto, que ne reconozoan puede aver otro mayor1. »

Ces idoles appartiennent -elles, oui ou non, à la famille Tupi-Guarani? Je l'ignore et ne m’aventure pas à me prononcer sur ces deux hypothèses que je me réserve de discuter plus tard dans une autre étude sur l’ancienne civili sation amazonienne.

Le fétiche que j’ai acheté avait été trouvé par la personne de qui je le tiens dans le port d’Obidos, mis à sec par le jusant extraordinaire de l’année 1879. On voit qu’il 11’était. pas très loin, à peine une douzaine de milles, de l’endroit d’où provient celui de M. Barbosa Rodrigues, ce qui circonscrit, du moins pour le moment, les limites du domaine territorial de la nation à qui l’un et l’autre ont appartenu, et dont ils protégeaient la pèche attachés par une embira (liane) à laproue de leur légère Ygàra (pirogue)2.

1 Op. Cit. p. PS.

2 Les habitants de l'Amazone descendants en droite ligne ou indirectement de l'ancien Indien qui dominait sur les rives du grand fleuve et de ses affluents, conservent encore aujourd'hui celte croyance. Il y a encore beaucoup d’ pêcheurs qui mettent dans un petit panier à la proue de leur canot, ou bien en vue ou caché sous leur fourneau portatif un plant de tajapura (aroïde), croyant qu'il leur portera bonheur. Cependant ils ne professent aucun culte pour ce « fétiche » et dés qu'ils sont de retour chez eux avec leur canot vide ou plein de poissons, ils lancent leur fetiche dans un coin, non seulement sans aucun respect, mais même sans aucun soin.

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