‹ Idylles et chansonsChapitre 24 sur 55 · LE POËTE · texte numérisé non relu

LE POËTE

Comme un jeune oiseleur qui, dès l'aube, en voyage. Ses filets sur l'épaule et dans la main sa cage,

Alerte, enjambe les buissons.

Chaque jour le poëte, en quête d'aventure. S'embusque en quelque coin de la vieille nature

Pour tendre son piège aux chansons.

Tous les ccmps lui sont beaux, verglas, soleil ou grêle, Car son gibier foisonne en tous lieux, gros ou frêle.

A moins d'êcre bien maladroit.

Il peuple, avant midi, sa solide volière D'hôtes effarouchés qui ne s'attendaient guère

A nicher sous le même toit :

Rêves bleus, rêves blancs, oiseaux de tous plumages, Drames noirs enfermes sous leurs ailes sauvages.

Comme l'aiglon sevré d'azur, Eglogue gazouillante^ inquiète Elégie, Ode aux yeux clairs, Satire à la griffe rougie

Tourmentant le grillage dur !

Ce chasseur poursuit tout d'un cœur toujours avide, Dans l'étang pacifique ou sur la dune aride,

Pcnsers de jour, pensers de nuit; Que d'alcyons conquis sur tes eaux, mer féconde! Que de bouvreuils bavards pris sous la tresse blonde

D'une fillette qui s'enfuit!

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