‹ Idylles et chansonsChapitre 32 sur 55 · SIESTE · texte numérisé non relu

SIESTE

L'âpre soleil crible de sa morsure Le rideau lourd qui traîne au grand balcon. Tout est bien clos. Par quelque déchirure Un seul rayon, coupant la chambre obscure. Pique un trait d'or au ventre d'un flacon.

Et le cristal à ses fleurs échauSees Refuse l'eau qu'elles boiraient sans fin : L^air s'épaissit d'enivrantes bouffées, Quand, inclinant vos têtes étouffées, Vous rendez l'âme, ô roses du matin !

Du haut en bas. dans la villa hrùlaiine

Un grand silence endort les grands paliers.

Sous son alcôve Argina languissante

D'un doigt distrait froisse à peine et tourmente

A son col brun les grains de ses colliers.

Cheveux cpars, sein nu, la robe ouverte. Elle frémit sous l'atfreuse chaleur; Elle a laissé tomber, d'un bras inerte. Sur le pavé de mosaïque verte.

Le vieux roman qui fatiguait son cœur.

Et du dehors, caressant à l'oreille, Glisse vers elle un doux gémissement Des tourtereaux qu'un écureuil éveille, Un inquiet bourdonnement d'abeille Qui se débat au fond d'un lis fumant.

SIESTE. çg

Son œil éteint qui par degrés se ferme, Vague, se perd aux fresques du plafond, Prés d'une eau bleue où se mire un dieu Terme, Tandis que Pan enlace d'un bras ferme Néra, qui lance au ciel un cri profond.

La Nymphe pâle aux baisers se refuse.

Le dieu s'obstine et sur sa gorge en sang Frotte sa barbe et sa face camuse :

Elle s'affaisse, effarée et confuse.

Vénus sourit dans la nue en passant.

'( Certe, il est beau de lutter de la sorte, « Pense Argina, sommeillant à demi, « Par un temps frais une femme est si forte! Moi, j'en ai peur; aujourd'hui je suis morte, Je me rendrais sans lutte à l'ennemi! »■

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