CHANSON
Jamais en avril, à Nice, au matin, Je n'ai respiré sous les bois d'oranges Les parfums exquis, les fraîcheurs étranges Qui m'ont attiré dans ce beau jardin.
C^était sur la fin d'un terrible orage; Sur le sol gisaient par milliers des fleurs ; Longuement sur moi s'égouttaient des pleurs Lorsque j'écartais du bras le feuillage.
Mais, comme un croupeau bondissant de joie, Déjà les pics bleus crevaient le brouillard, Le ciel pur luisait comme un étendard Dont le satin vierge au vent se déploie.
Et, debout, au fond de l'enclos fatal, La rose d'amour, à peine sauvée, Doucement chantait, fraîche et ravivée, Son chant plus léger qu'un son de cristal :
« Cueille-moi, passant, cueille-moi, dit-elle, Ton baiser est doux et j'en veux mourir. — O fleur, tu vivras, car je sais guérir. Mais dis-moi d'abord, où suis-je> 6 ma belle!
— Ingrat, répondit la rose embaumée.
Ne connais-tu pas à ces verts débris, A cette lumière, à ce clair souris, Le cœur triste et doux de la bien-aimée?