‹ Idylles et chansonsChapitre 9 sur 55 · VIEUX EPOUX · texte numérisé non relu

VIEUX EPOUX

Au fond du ravin sec où, dans les pierres blanches, Trois blêmes oliviers traînent leurs pieds poudreux. Sur la pente exposée au vent des avalanches, Une vieille, un vieillard, près d'une hutte en planches. Côte à côte, à .genoux, seuls, travaillent tous deux !

Ridés^ maigris, hâlés par les longues années, Ils travaillent, muets sous la rude chaleur. Ils fouillent de leurs mains jaunes et décharnées, Haletants, sans repos, ces glèbes obstinées Qui n'ont jamais livré le pain qu'à la douleur.

Couple autrefois superbe après les épousailles ! Comme ils marchaient alors, fiers dans les grands sillons, Lançant leur chanson fraîche au-dessus des broussailles ! Quels fracas de baisers, quelles folles batailles Effaraient devant eux les vols noirs d'oisillons !

Quatre enfants se roulaient nus dans l'herbe prochaine, Quand s'asseyant à l'ombre étroite du vieux mur, La jeune mère ouvrait encor sa robe pleine Au dernier-né si vif et qui, sans prendre haleine. Buvait, buvait, pendu des deux poings au sein mûr.

Cesenfants, où sont-ilsr^ Quand la grappeest bien blonde, Le vendangeur la coupe en chantant tra la la! O Destin matinal, que tu fais bien ta ronde! Les filsr^ Ils ont sombré sous la mer vagabonde. La fille? On l'a volée... Et les vieux restent là!

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