DAMON ET DAPHNE
DAMON
11 est passé, Daphné, ce ténébreux orage ;
Le tonnerre effrayant n'ébranle plus les airs,
Et nous ne voyons plus, sur les flancs du nuage.
En longs sillons de feu, serpenter les éclairs.
Viens ; tu peux sans danger sortir de ton asyle
Regarde autour de toi, comme l'air est tranquille !
Qu'attendons-nous encor ? les timides brebis,
Que la crainte assemblait sous un toit de feuillages,
Se dispersent déjà sur les frais pâturages,
Et de leur laine humide agitent les rubis.
« Le Berger prit la main de la jeune compagne,
« Qui promenait partout ses regards enchantés. »
Daphné, lui disait-il, vois combien de beautés
Le retour du soleil répand sur la campagne I
40 VUE DB LA CAMPAGNE APRÈS UNE PLUIE d'ÉTÉ
Comme déjà le ciel a repris son azur I
Ce verd en est plus doux, le jour en est plus pur.
Vois-tu, répondit la Bergère,
Ce rideau sombre qui s'étend
Sur les monts brillants de lumière?
Le voilà qui s'avance au bord de cet étang. Regarde ces forêts dans l'ombre ensevelies...
Voilà déjà l'ombre qui fuit,
Et le soleil qui la poursuit ; Vois, vois comme elle court à travers les prairies I
DAMON
Vois-tu l'arc éclatant, dont les vives couleurs S'impriment sur le fond de cet obscur nuage ? Il semble ramener la verdure et les fleurs, Et descendre au vallon qu'a respecté l'orage.
Daphné répondit à son tour.
En pressant le berger d'un de ses bras d'albâtre : Comme sur ces rosiers le papillon folâtre !
Vois le doux zéphir de retour,
Secouer les gouttes brillantes Dont la pluie a mouillé le calice des plantes 1 Vois jouer dans les airs ces vermisseaux ailés, Qu'agite le soleil par sa chaleur active ; Et cet étang voisin... Oh ! comme sur la rive Comme son cristal pur répète encor l'image Et des cieux azurés, et du prochain feuillage I