‹ Idylles et poèmes champetres. Choisis et précédés d'une introdChapitre 9 sur 33 · ITHONA · texte numérisé non relu

ITHONA

Et si Morni n'est plus, Ithona vivra-t-elle ?

Mon cœur n'est point formé de ces sables mouvants ;

Il ne ressemble point à ce flot infidèle.

Qui monte et qui s'abaisse au gré de tous les vents.

Sous le glaive ennemi si mon amant succombe,

Je ne quitterai plus ce funeste rocher ;

Le même coup, Morni, m'étendra dans la tombe

Et mon cœur près du tien ira se dessécher...

Mais le voilà, ce monstre I il fend la vague sombre

Vois-tu tous ses guerriers ? Je frémis de leur nombre.

Marchons, dit le héros ; et plus prompt que l'éclair.

Déjà son bras terrible à fait briller le fer.

« Est-ce à moi de trembler quand mon rival approche 1

« Ithona 1 vas m'attendre au fond de cette roche ;

« Et nous, amis, bravons ces guerriers menaçants ;

« Leurs glaives sont nombreux, mais nos cœurs sont puissants.

Il dit ; sa tendre amante, à ces mots, s'encourage :

En quittant le héros, ses pleurs se sont taris ;

A travers ses douleurs s'échappe un doux souris.

Comme un sillon de feu luit au sein de l'orage.

Ij'orgueilleux Duromat descend sur le rivage ; La haine et le mépris sont marqués dans ses traits ; Son front s'est replié ; son œil rouge et sauvage Roule, à demi-couvert de ses sourcils épais. « Sur mes rochers, dit-il, quel destin vous envoie ?

Chant d un barde 57

« Est-ce mon Ithona que vous venez chercher ?

« Vil troupeau I dans le sang sais-tu que je me noie ;

« Qu'on a vu sous mes coups le brave trébucher ?

« Connais-tu le trésor qui fait ici ma joie ?

« De mes bras vainement tu voudrais l'arracher :

« Crois-tu fondre sur lui comme un loup sur sa proie ?

Superbe I dit Morni, ne te souvient-il pas Que tes pieds devant moi fuyaient dans les combats ? * Couvert de tes guerriers, tu fais voir ton audace : Mais montre toi; l'eiTet va tromper ta menace.

Duromat s'est caché sous un rempart de fers ;

Mais Morni, dans la foule, impatient s'élance :

II le poursuit, l'atteint, le frappe de sa lance.

Et le lâche, en tombant, pousse un cri dans les airs.

Sur ses guerriers épars la mort se précipite :

Dix, aux traits du vainqueur, succombent dans leur fuite :

Le reste, à pas pressés, remonte sur les mers.

Un jeune homme expirant est couché sur le sable ;

Ses yeux erroient encor sous son casque abattu

Des plantes, dit Morni, je connais la vertu ;

Guerrier ! puis-je t'offrir une main secourable ?

Je meurs, dit l'étranger ; ton secours serait vain :

Mais de ces bords cruels mon palais est voisin :

Tu peux en voir la tour : j'y vécus près d'un frère,

Fameux dans les combats par sa valeur guerrière ;

En lui donnant ce casque apprends-lui mon destin.

3^ Chant d*un barde

Morni frémit ; le casque échappe de sa main :

C'est Ithona mourante... elle s'était armée;

Des flots d'un sang vermeil jaillissent de son sein ;

Sa vue appesantie est pour jamais fermée.

Morni, dit-elle, adieu ! tu n'a plus d'Ithona !

J'ai cherché sous tes coups une mort salutaire :

J'avais perdu l'honneur, et la vie est moins chère.

Oh ! si j'étais restée aux bord de Duvrana,

Dans l'éclat de ma gloire, au sein de ma famille,

'''aurai coulé des jours tranquilles, sans remord ;

Les vierges, dans leurs chants, auraient béni mon sort ;

Mais je meurs, et Nuat rougira de sa fille.

Ainsi parle Ossian. Tous ses Bardes émus, A ce triste récit laissent tomber des larmes. Morni l'écoute ; il tremble, il agite ses armes, Et croit voir devant lui son rival qui n'est plus. Appuyé sur sa lance, il regarde la terre ; Et son corps gigantesque est pareil au vieux pin, Dont le sommet noirci par les feux du tonnerre, S'incline en murmurant sur l'abîme voisin. Au souvenir amer de la plus tendre amante. Il sort un long soupir de son cœur enflammé. C'est ainsi que les vents, dans leur course bruïante, Troublent encor les airs quand l'orage est calmé.

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