DAPHNIS
Que l'hyvcr plait à mes regards !
Quelle clarté brillante et pure Le soleil prête à ces brouillards, Dont s'enveloppe la nature 1 Quel beau mélange offrent ces grains, Dont la pointe paraît à peine, Ces noires souches de sapins Coupant la blancheur de la plaine, Ces perles que le vent promène Sur les rameaux de nos buissons, Et cette neige éblouissante Sur qui la lumière naissante Fait étinceler les raïons !
Dans les étables enfumées.
Les troupeaux reposent en paix. Tandis qu'emportant des forêts
l'hyver 45
Sa lourde charge de ramées, Le bœuf, au milieu des frimats Imprime tristement ses pas.
Je n'entends plus sur sa musette
Le berger chantant ses amours,
Ni la matineuse fauvette
Qui me charmait dans les beaux jours :
Mais près de moi, je vois encore
Le roitelet et le moineau
Voler au lever de l'aurore,
Et becqueter le verd nouveau
Dont la campagne se colore.
Que j'aime à reposer mes yeux
Sur le toît de ma jeune amante.
D'où cette vapeur ondoyante
Monte, en noirs flocons vers les cieux !
Là, s'occupant de moi, peut-être.
Assise auprès de son foyer,
Lisis aspire à voir renaître
Le premier bouton printanier,
O ma Lisis ! que tu m'es chère !
Je t'aimai du jour que Glycère
Egara deux de ses agneaux :
Tu voyais sa douleur amère,
Et tu donnas à la Bergère
Deux de tes agneaux les plus beaux.
44 l'hyver
Pendant la saison orageuse, Je veux, sur ma flûte amoureuse, Former pour toi de tendres airs.
O Lisis I puissent mes concerts Etre aussi doux que ta pensée, Quand des malheureux que tu sers L'image à tes yeux s'est tracée !