L'ECOLIER-MAITRE
Lorsque l'étoile du matin Versait sa lumière dorée, Je vis en songe Cythérée Q.ui tenait son fils par la main.
L'enfant près de ma souveraine, Marchait d'un pas mal affermi :
Berger, dit-elle, mon ami 1 Voilà mon fils que je t'amène.
Dans l'art du chant, dans l'art des vers, Je viens te prier de l'instruire :
Alors me payant d'un sourire.
Elle s'éleva dans les airs.
Moi, d'abord, je me mets à dire Les hymnes du sacré vallon ; ''e montre au dieu comme Apollon Promène ses doigts sur la lyre.
l'écolier-maitre 53
Je me plais à l'entretenir Sur l'idylle, sur l'élégie, Sur tous les chants de l'Aonie :
C'était à ne jamais finir I
Bientôt ennuyé de m'entendre, Il me dit : tout cela n'est rien ; Mon savoir vaut mieux que le tien.
J'ai bien autre chose à t'apprendre 1
Puis d'une voix pleine d'attraits, Il m'enseigna comment on aime.
Dieux I avec qu'elle ardeur extrême J'étudiai tous ses secrets 1
Muses 1 pardonnez si j'oublie Ce que j'appris avant ce jour I Mais pour la leçon de l'Amour, Je ne l'oublierai de ma vie.
Le muguet et la prime-vere
Couronnent le front des coteaux ;
La rose embaume les berceaux
Couverts des feux de la lumière.
Et sur le bord de ces ruisseaux
Où le ramier se désaltère,
L'aubépine ouvre ses rameaux...
Noirs soucis ! un moment fuyez de ma pensée I Mes yeux contempleront ce tranquille Elysée, Tandis que le soleil s'élève radieux
Du sein de la mer écumante.
Et laisse flotter dans les cieux
Sa chevelure étincelante.
Comme à l'ombre des bois ce limpide canal
Promène sa nappe ondoyante 1
Comme la jonquille tremblante
S'incline auprès de son cristal l
O fleur aimable et passagère I Nous n'avons, comme toi, qu'un rapide destin ; Les ans viendront flétrir l'innocente Bergère
Dont tu vas parfumer le sein.
Moi-même, consumé d'une tristesse amère.
Je péris, je m'étcins sur des bords étrangers :
Bientôt peut-être aux vents légers
J'abandonnerai ma poussière.
Celle que j'adorais n'est plus :
Mes mânes, dans ces lieux, gémiront inconnus,
Et sur ma tombe solitaire.
Les pleurs d'aucun ami ne seront répandus.
Ah ! détourne de moi ta flèche meurtrière !
Mort cruelle, épargne mes jours 1 Ma sœur n'est pas ici pour fermer ma paupière
Je ne puis d'une tendre mère
Implorer les derniers secours.
Respecte ma frêle jeunesse I Quel crime ai-je commis ? Je révère les Dieux : Grâces à leur bonté, mon cœur religieux Ne s'est point écarté des lois de la sagesse : Je n'ai point exhalé le blasphème odieux. Si tu comptes mes ans, l'importune vieillesse Ne songe pas encore à blanchir mes cheveux. Quand l'âge dans mon cœur éteindra l'espérance, Quand de mes vieux récits j'amuserais l'enfance. Alors il sera tems de passer l'Achéron,
Et d'aller visiter l'empire de Pluton :
Mais j'ai quelques momens encore
A donner aux tendres amours ; Le feu qui dans mon sein recommence d'éclore,
Semble m'annoncer d'heureux jours.
Dieux 1 laissez un poète à sa douce manie I
Il en est tant parmi les morts 1
N'avez-vous pas aux sombres bords Le chantre de Corine et l'amant de Délie? Si vous me conservez, j'irai dans mes transports, Publier en tous lieux que je vous dois la vie :
C'est à l'auguste poésie
Que la gloire ouvre ses trésors ; Vous seriez moins fameux, dans les divins accords
De la Grèce et de l'Ausonie.
Si mon Eglé vivait, ranimé dans son sein,
Je n'aurais plus de vœux à faire :
Le rocher ténébreux m'appellerait en vain ; Retenu par Eglé, les arrêts du Destin, Ne m'empêcheraient pas de revoir la lumière. Mais vous l'avez frappée, impitoyables Dieux 1 Eh I qui la chantera, si je tombe avec elle ?
Qui peindra sa grâce immortelle
Sans cesse présente à mes yeux ?
Qui peindra le moment où sa tête penchée
Se précipitoit aux enfers :
Lorsqu'on vit du soleil la lumière cachée.
Les buissons de larmes couverts,
La fleur de sa tige arrachée ;
PROMENADE DU MATIM 57
Quand les vents aux bosquets apprirent mes malheurs Que les bosquets tremblants aux ruisseaux les redirent; Que de mes longs sanglots les rochers tressaillirent, Et que l'Olympe même en répandit des pleurs?
O santé bienfaisante I écoute ma prière : Mes chants attesteront ton appui salutaire !
Blonde Cérès I à tes autels
Je veux attacher des guirlandes;
Et vous, mes lares paternels,
Vous aurez aussi des offrandes.
Un lait pur épanché pour vous,
Coulera d'un vase d'Argile : *
O mes Dieux ! dans mon humble asyle,
Je n'ai point d'aliments plus doux.