ÉGLÉ, IRIS
ÉGLÉ
Le jour, à son déclin brûle encor ce rivage : Viens respirer le frais à l'ombre du bocage, Où ce ruisseau charmant précipite ses eaux.
Allons... avance un peu! les branches des ormeaux Me descendent sur le visage.
EGLE
Que ce ruisseau me plaît ! que son murmure est doux. De ces flots de cristal n'es-tu pas enchantée ? Quittons nos vêtements. Iris, et plongeons-nous Ay sein de son onde argentéç.
IRIS
Mais, Eglé, si l'on vient ? Si l'on nous apperçoit ?
ÉGLÉ
Aucun sentier ne mène à ce rivage étroit.
Et cette grotte de feuillage Répand autour de nous le plus épais ombrage.
Les bergères soudain quittent leurs vêtements Et l'onde les saisit d'un doux frémissement. Eglé disoit : j'éprouve une nouvelle vie !... Qpe ferons-nous Iris ? Sais-tu quelque chanson !
Bon ! rêve-tu ? quelle folie !
Pour nous faire entendre au vallon ?
ÉGLÉ
Ah ! je n'y songeais pas !... écoute mon envie ; Il faut que tour-à-tour chacune se confie Quelqu'histoire...
IRIS
Vraiment ! j'en sais une jolie ; Mais...
ÉGLÉ
Pourrois-tu douter de ma discrétion?
Suis-je pas ta meilleure amie ?
8o LE BAIN
IRIS
Tu le veux !... L'autre jour je menois mon troupeau Près du vieux cerisier planté sur ce coteau...
Mais je suis folle, quand j'y pense !
De mon plus grand secret te faire confidence !
EGLE
Eh ! bous dieux ! que crains-tu ? voilà bien des apprêts Ne dois-je point aussi te dire mes secrets ?
IRIS
Comme je descendais le sentier solitaire, J'entends mon nom chanté par une voix légère : Je m'approche ; la voix suit le même chemin : Je ne voyais personne : inquiète, étonnée, J'avance encor ; la voix s'est alors éloignée ; Je vis qu'elle partoit du cerisier voisin. Mais quoi ! dirais-je tout ?
ÉGLÉ
Oui, les jeunes bergères Ne se cachent rien dans le bain.
Et sous cette ombre épaisse, il n'est point de mystères,
IRIS
Je retourne au logis, jettant les yeux parfois Vers le lieu d'où sortoit la voix.
LE BAIN 8l
Je marchois lentement pour mieux prêter l'oreille. Enfin la nuit survint. Eglé ! tu peux juger Si dans l'inquiétude un instant je sommeille ! Bientôt j'entends la voix, et le même berger Auprès de ma fenêtre attache une corbeille : Son ombre, à le faveur du flambeau de la nuit Parraissoit s'allonger jusqu'au pied de mon lit. Oh ! le cœur me battoit!... ensuite...
ÉGLÉ
Eh bien ! achève !
IRIS
Quand je le vis se retirer,
Ne fallait-il pas m'assurer
Si tout cela n'étoit qu'un rêve ?
J'approche doucement ; j'apperçois le panier; J'ouvre, et tout en tremblant, je le vais délier :
Il était rempli de cerises D'un goût !... je n'en mangeai jamais de plus exquises
Mais ne vas pas me demander Qpel était ce berger...
ÉGLÉ
Voudrais-tu me le taire ?
Oui ! le beau secret à garder !
Tu ne dis pas que c'est mon frère !
IRIS
Qui ? ton frère !
EGLE
Sans doute.
IRIS
Et d'où vient ton soupçon ?
ÉGLÉ
Ce panier, n'est-ce pas un don Que dans ce même jour je venois de lui faire ? Et, tiens ! ne vois-je pas quelle vive rougeur Monte depuis ton sein ou la vague se joue Jusqu'à ces beaux cheveux qui caressent ta joue ? Tu regardes les flots ! pourquoi tant de pudeur ? Vas ! j'ai déjà pour toi l'amitié d'une sœur.
Hélas ! tu vois, Eglé, tu vois combien je t'aime ! Pour oser t'avouer le secret de mon cœur, Il faut t'aimer comme moi-même.
ÉGLÉ
Eh bien 1 Iris, écoute, et reçois à ton tour ,
L'aveu secret de mon amour.
Mon père au dieu des champs offroit une génisse : Daphnis, le beau Daphnis parut au sacrifice... Mais, chut ! j'entends du bruit !...
iftis
O ciel ! où nous cacher ?
ÉGLÉ
Le bruit croît ; il s'avance.
IRIS
Il sort de ce bocage :
ÉGLÉ
O nymphes ! sauvez-nous... on vient vers le rivage.
IRIS
Prenons nos vêtements et gagnons ce rocher.
Les bergères fuyaient comme deux tourterelles Qu'un avide épervier poursuit du haut des airs. Et ce n'était qu'un faon aussi timide qu'elles, Que la source attiroit sous ces ombrages verds.