‹ Idylles et poèmes champetres. Choisis et précédés d'une introdChapitre 21 sur 33 · ÉGLÉ, IRIS · texte numérisé non relu

ÉGLÉ, IRIS

ÉGLÉ

Le jour, à son déclin brûle encor ce rivage : Viens respirer le frais à l'ombre du bocage, Où ce ruisseau charmant précipite ses eaux.

Allons... avance un peu! les branches des ormeaux Me descendent sur le visage.

EGLE

Que ce ruisseau me plaît ! que son murmure est doux. De ces flots de cristal n'es-tu pas enchantée ? Quittons nos vêtements. Iris, et plongeons-nous Ay sein de son onde argentéç.

IRIS

Mais, Eglé, si l'on vient ? Si l'on nous apperçoit ?

ÉGLÉ

Aucun sentier ne mène à ce rivage étroit.

Et cette grotte de feuillage Répand autour de nous le plus épais ombrage.

Les bergères soudain quittent leurs vêtements Et l'onde les saisit d'un doux frémissement. Eglé disoit : j'éprouve une nouvelle vie !... Qpe ferons-nous Iris ? Sais-tu quelque chanson !

Bon ! rêve-tu ? quelle folie !

Pour nous faire entendre au vallon ?

ÉGLÉ

Ah ! je n'y songeais pas !... écoute mon envie ; Il faut que tour-à-tour chacune se confie Quelqu'histoire...

IRIS

Vraiment ! j'en sais une jolie ; Mais...

ÉGLÉ

Pourrois-tu douter de ma discrétion?

Suis-je pas ta meilleure amie ?

8o LE BAIN

IRIS

Tu le veux !... L'autre jour je menois mon troupeau Près du vieux cerisier planté sur ce coteau...

Mais je suis folle, quand j'y pense !

De mon plus grand secret te faire confidence !

EGLE

Eh ! bous dieux ! que crains-tu ? voilà bien des apprêts Ne dois-je point aussi te dire mes secrets ?

IRIS

Comme je descendais le sentier solitaire, J'entends mon nom chanté par une voix légère : Je m'approche ; la voix suit le même chemin : Je ne voyais personne : inquiète, étonnée, J'avance encor ; la voix s'est alors éloignée ; Je vis qu'elle partoit du cerisier voisin. Mais quoi ! dirais-je tout ?

ÉGLÉ

Oui, les jeunes bergères Ne se cachent rien dans le bain.

Et sous cette ombre épaisse, il n'est point de mystères,

IRIS

Je retourne au logis, jettant les yeux parfois Vers le lieu d'où sortoit la voix.

LE BAIN 8l

Je marchois lentement pour mieux prêter l'oreille. Enfin la nuit survint. Eglé ! tu peux juger Si dans l'inquiétude un instant je sommeille ! Bientôt j'entends la voix, et le même berger Auprès de ma fenêtre attache une corbeille : Son ombre, à le faveur du flambeau de la nuit Parraissoit s'allonger jusqu'au pied de mon lit. Oh ! le cœur me battoit!... ensuite...

ÉGLÉ

Eh bien ! achève !

IRIS

Quand je le vis se retirer,

Ne fallait-il pas m'assurer

Si tout cela n'étoit qu'un rêve ?

J'approche doucement ; j'apperçois le panier; J'ouvre, et tout en tremblant, je le vais délier :

Il était rempli de cerises D'un goût !... je n'en mangeai jamais de plus exquises

Mais ne vas pas me demander Qpel était ce berger...

ÉGLÉ

Voudrais-tu me le taire ?

Oui ! le beau secret à garder !

Tu ne dis pas que c'est mon frère !

IRIS

Qui ? ton frère !

EGLE

Sans doute.

IRIS

Et d'où vient ton soupçon ?

ÉGLÉ

Ce panier, n'est-ce pas un don Que dans ce même jour je venois de lui faire ? Et, tiens ! ne vois-je pas quelle vive rougeur Monte depuis ton sein ou la vague se joue Jusqu'à ces beaux cheveux qui caressent ta joue ? Tu regardes les flots ! pourquoi tant de pudeur ? Vas ! j'ai déjà pour toi l'amitié d'une sœur.

Hélas ! tu vois, Eglé, tu vois combien je t'aime ! Pour oser t'avouer le secret de mon cœur, Il faut t'aimer comme moi-même.

ÉGLÉ

Eh bien 1 Iris, écoute, et reçois à ton tour ,

L'aveu secret de mon amour.

Mon père au dieu des champs offroit une génisse : Daphnis, le beau Daphnis parut au sacrifice... Mais, chut ! j'entends du bruit !...

iftis

O ciel ! où nous cacher ?

ÉGLÉ

Le bruit croît ; il s'avance.

IRIS

Il sort de ce bocage :

ÉGLÉ

O nymphes ! sauvez-nous... on vient vers le rivage.

IRIS

Prenons nos vêtements et gagnons ce rocher.

Les bergères fuyaient comme deux tourterelles Qu'un avide épervier poursuit du haut des airs. Et ce n'était qu'un faon aussi timide qu'elles, Que la source attiroit sous ces ombrages verds.

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