‹ Idylles et poèmes champetres. Choisis et précédés d'une introdChapitre 27 sur 33 · LES REGRETS · texte numérisé non relu

LES REGRETS

Pourquoi ne me rendez-vous pas

Les doux instants de ma jeunesse ?

Dieux puissants ! Ramenez la course enchanteresse De ce temps qui s'enfuit dans la nuit du trépas 1

Mais quelle ambition frivole î Ah 1 Dieux ! si mes désirs pouvaient être entendus Rendez- moi donc aussi le plaisir qui s'envole

Et les amis que j'ai perdus !

Compagne d'Arpajon ! solitude riante

Où l'Orge fait couler son onde transparente 1

Les vers que ma main à gravés Sur tes saules chéris ne sont-ils plus encore ? Le temps les a-t-il enlevés Comme les jeux de mon aurore ?

O désert î confident des plus tendres amours ( Depuis que j'ai quitté ta retraite fleurie, Que d'orages cruels ont tourmenté mes jours !

9é Les reôrets

Ton ruisseau dont le bruit flattait ma rêverie, Plus fidèle que moi, sur la même prairie,

Suit constamment le même cours :

Ton bosquet porte encore une cime touffue Et depuis dix printemps, ma couronne a vieilli Et dans les régions de réternel oubli

Ma jeune amante est descendue.

Quand irai-je revoir ce fortuné vallon

Qu'elle embellissait de ses charmes ?

Quand pourrai-je sur son gazon

Répandre mes dernières larmes ?

D'une tremblante main, j'écrirai dans ces lieux :

C'est ici que je fus heureux !

Amour, Fortune, Renommée

Tes bienfaits ne me tentent plus :

La moitié de ma vie est déjà consumée,

Et les projets que j'ai conçus

Se sont exhalés en fumée :

De ces moissons de gloire et de félicité Qu'un trompeur avenir présentait à ma vue

Imprudent ! qu'ai-je rapporté ?

L'empreinte de ma chaîne et mon obscurité :

L'illusion est disparue ; je pleure maintenant ce qu'elle m'a coûté ;

Je regrette ma liberté Aux dieux de la faveur si follement vendue. Ah ! plutôt que d'errer sur des flots inconstants Que n'ai-je le destin du laboureur tranquille !

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